La Vache En Liberté

23 novembre 2021

Pas de «greenwashing» pour sauver le nucléaire !

 

Un nombre croissant d’Etats de l’Union européenne (UE) appellent à inclure le nucléaire dans la taxonomie verte européenne. Huit d’entre eux mènent l’offensive pour obtenir un label vert pour l’atome, le faisant bénéficier de nouveaux financements. Plutôt que d’agir dans l’intérêt général, ils soutiennent une industrie dépassée qui coûtera des milliards aux contribuables européens sans préserver le climat. Nos associations dénoncent fermement cette opération de greenwashing et appellent à mettre fin aux clichés sur le nucléaire.

Le nucléaire, essentiel pour répondre au défi climatique ? Tout d’abord, qui peut croire à la sincérité de cet appel pour le climat venant de gouvernements qui, en parallèle, poussent pour un soutien européen au gaz fossile, transformant la taxonomie verte en outil de greenwashing (1) ?

Le nucléaire européen connaît un déclin inexorable

«Allons-nous faire appel à nos meilleures armes pour décarboner notre économie ?» s’interrogent nos ministres. Pourtant, miser sur la construction de nouveaux réacteurs serait le plus sûr moyen de rater nos objectifs climatiques. L’Union européenne doit réduire ses émissions d’au moins 55 % d’ici à 2030. Or la durée moyenne de construction d’un réacteur est de dix ans, et 2/3 des réacteurs en chantier en Europe sont en cours de construction depuis bien plus longtemps (de quatorze à trente-six ans !). Au regard de l’urgence climatique, tabler sur une technologie si lente et sujette aux retards serait une aberration et une erreur impardonnable, alors que d’autres options offriraient des réductions bien plus rapides. Rénovation énergétique, efficacité énergétique, sobriété, énergies renouvelables : ces leviers sont connus et fiables.

«[L’énergie nucléaire] représente déjà près de la moitié de la production européenne d’électricité décarbonée», plaident les gouvernements pronucléaires, inversant allègrement les faits. En réalité, le nucléaire européen connaît un déclin inexorable : en 2020, pour la première fois, les énergies renouvelables (hors hydraulique) ont produit plus que l’atome, et l’écart devrait s’accroître dans les années à venir.

Le nucléaire, abordable et garant de notre indépendance énergétique ? Sans surprise, nos gouvernements déroulent le cliché d’un nucléaire permettant de réduire la dépendance européenne aux importations. Faut-il rappeler qu’il n’y a plus de mines d’uranium en fonctionnement en Europe ? Prétendre qu’un minerai extrait au Niger ou au Kazakhstan assure notre indépendance est faux et perpétue un raisonnement néocolonial qui ne dit pas son nom.

Le nucléaire, propre, sûr et performant ?

Le nucléaire serait «abordable» et protégerait les consommateurs. Certes, le coût de l’électricité en France, pays surnucléarisé, est plus bas que la moyenne européenne… mais les contribuables ont largement financé le programme atomique. De plus, de fortes dépenses sont à venir : extension de la durée de fonctionnement des réacteurs, gestion des déchets, démantèlement… Surtout, l’électricité produite par de nouveaux réacteurs sera tout sauf abordable. La Cour des comptes chiffre l’électricité que produirait l’EPR de Flamanville (Manche) entre 110 € et 120 €/MWh. Pour les EPR de Hinkley Point, ce serait 105 €/MWh : presque deux fois plus que les montants évoqués dans les derniers appels d’offres pour l’éolien en France ! Et l’écart continue de se creuser. Engloutir des dizaines de milliards d’euros dans le sauvetage du nucléaire sous prétexte de lutter contre le changement climatique est malhonnête et représente un gaspillage d’argent public.

Le nucléaire, propre, sûr et performant ? Présenter le nucléaire comme «propre» relève d’un mensonge inacceptable de la part de représentant·e·s de l’Etat. Même le fonctionnement «normal» des installations nucléaires génère une pollution chimique, thermique et radioactive de l’environnement, dont on retrouve les traces jusque dans l’eau potable de millions de personnes. Ces ministres semblent aussi oublier les stériles et résidus issus de l’extraction de l’uranium, héritage radioactif dont la gestion pose problème même en Europe. Enfin, la question des déchets n’est pas «sous contrôle». Nous n’avons toujours pas de site opérationnel pour accueillir les déchets les plus dangereux. En France, l’Autorité environnementale a mis en évidence les nombreux défauts du projet Cigéo à Bure (Meuse).

L’existence de contrôles réguliers ne suffit pas à faire du nucléaire une industrie intrinsèquement sûre. Ce serait oublier les accidents de Tchernobyl et Fukushima. En Europe, la surveillance des autorités de sûreté n’empêche pas que se produisent régulièrement des incidents, des fuites radioactives, des malfaçons sur les chantiers, ni même des fraudes massives dans les usines, comme en France. Et si le nucléaire est si sûr, pourquoi l’autorité de sûreté française a-t-elle mis en place un programme sur le «post-accidentel» ?

La protection du climat exige des actions fortes et urgentes

Pour nos ministres, le nucléaire est «une industrie leader dans le monde, dotée de technologies de rupture uniques». Voilà qui relève de la méthode Coué. En réalité, cette industrie est en déclin et sans soutien public, elle serait déjà en faillite. Concernant les ruptures technologiques, citons simplement le Giec : «La faisabilité politique, économique, sociale et technique du solaire, de l’éolien et du stockage de l’énergie s’est spectaculairement améliorée ces dernières années, tandis que celle du nucléaire […] n’a pas connu d’amélioration similaire.»

Et d’où sortent ces «près d’un million d’emplois très qualifiés en Europe» ? Même la France et son parc surdéveloppé n’offrent que quelques centaines de milliers d’emplois directs et indirects dans ce secteur. Les millions d’emplois à créer en Europe sont dans les alternatives énergétiques, pas dans le nucléaire.

Dangereux, polluant, produisant des déchets dangereux pour des millénaires, trop lent et coûteux pour relever le défi climatique, le nucléaire ne peut absolument pas prétendre être «traité de la même manière que toutes les autres sources de production d’énergie décarbonée», comme le demandent nos ministres.

Alors que s’approche la décision sur la place accordée au nucléaire dans la taxonomie, nous dénonçons fermement cette alliance contre nature entre des gouvernements, censés protéger les populations, et une industrie dangereuse.

La protection du climat exige des actions fortes et urgentes. Il est révoltant que nos dirigeants en fassent un simple élément de langage pour la promotion du nucléaire, tout en refusant d’agir à la hauteur des enjeux.

(1) Lire l’analyse du Réseau Action climat : «La taxonomie verte européenne devient un outil de greenwashing», du 21 avril 2021.
Liste des signataires : Amis de la Terre Europe, Réseau Sortir du nucléaire (France), Réseau Action climat (France), Women Engage for a Common Future (France), Action des citoyens pour le désarmement nucléaire (France), Focus - Association pour le développement durable (Slovénie), Calla - Association pour la protection de l’environnement (République tchèque), Děti Země (République tchèque), Hnutí Duha - Amis de la Terre (République tchèque), Common Earth (Pologne), Femmes contre l’énergie nucléaire (Finlande), Femmes pour la paix (Finlande), Groupe des scientifiques et techniciens pour un futur sans nucléaire (Catalogne), Folkkampanjen mot kärnkraft-kärnvapen (Suède), Noah – Amis de la Terre (Danemark), Wise (Pays-Bas), Milieudefensie - Amis de la Terre (Pays-Bas), Global 2000 - Amis de la Terre (Autriche), Institut environnemental de Münich (Allemagne).

Les autres organisations signataires sur la page : https://www.sortirdunucleaire.org/Pas-de-greenwashing-pour-sauver-le-nucleaire-en

Posté par Luc Fricot à 22:20 - Permalien [#]

06 novembre 2021

Carlo Rovelli : «Notre perception du monde n’a pas besoin d’une réalité ultime et absolue»

Si la physique quantique est au cœur de la technologie moderne, on ne comprend pas encore ce qu’elle dit de la nature profonde du monde. Dans son dernier essai, le physicien italien décrit l’infiniment petit grâce à l’interprétation relationnelle, un monde où les objets n’ont plus de propriétés intrinsèques et seules compte les interactions. Un cheminement vertigineux et quasi «psychédélique».
par Erwan Cario
publié le 5 novembre 2021 à 20h26

Depuis sa découverte au début du XXe siècle, la physique quantique n’a cessé de faire les preuves de sa validité et de son efficacité. Elle est aujourd’hui au cœur du fonctionnement de toute la technologie moderne, des smartphones aux IRM en passant par Internet lui-même. Pourtant, on ne la comprend pas. Ou plutôt, on ne comprend pas ce qu’elle dit de la nature profonde de notre réalité. C’est le sujet de Helgoland, dernier livre du physicien italien Carlo Rovelli, auteur en 2018 de l’Ordre du temps. Pourquoi un électron n’a-t-il pas de position quand on ne l’observe pas ? Comment une particule peut-elle se trouver dans plusieurs états «superposés» ? Forcément, se dit-on, si tout ceci a un sens, ça ne va pas être simple à accepter. En introduction de son livre, Carlo Rovelli prévient : «Réfléchir aux implications de la mécanique quantique est une expérience quasi psychédélique qui nous force à renoncer, d’une manière ou d’une autre, à quelque chose qui nous semblait solide et inattaquable dans notre compréhension du monde.» C’est donc prévenus que nous avons lancé la visio et qu’il nous a expliqué tout cela depuis le Canada, où il habite aujourd’hui.

Décryptage

Vous commencez le livre par un retour au début du XXe siècle, quand ces jeunes scientifiques ont réussi, en l’espace de quelques années, à lever un voile sur la nature de la réalité grâce à la théorie des quanta… Ça vous fascine toujours, cette période ?

Hier soir, j’étais chez moi avec ma compagne, et je lui racontais les derniers éléments que je venais de trouver sur cette période. J’étais tout excité, à lui expliquer ce discours de Max Born que je venais de découvrir [rires]. Oui, ça me fascine toujours. Ce n’est pas seulement parce que c’est une période cruciale dans l’histoire des idées. C’est aussi que ce n’est pas encore tout à fait clair. Et retourner à cette époque, c’est aussi un désir de regarder dans le passé pour comprendre mieux. Pour voir si certains éléments dans le processus de découverte peuvent nous donner des clés aujourd’hui pour aller plus loin.

Helgoland, le titre de votre livre, c’est le nom de cette île de la mer du Nord sans arbre, balayée par les vents où le physicien Werner Heisenberg, l’un des pères de la mécanique quantique, a passé quelque temps à cause de ses allergies. Qu’a-t-il compris là-bas ?

Il a compris deux choses. La première, technique, c’est d’utiliser des tables de nombres pour décrire la nature. Et c’était finalement assez naturel parce qu’il étudiait la lumière qui vient des atomes, et il savait déjà que cette lumière venait du passage des électrons d’une orbite à l’autre autour du noyau. Et la fréquence de la lumière reçue dépend de l’orbite de départ et de l’orbite d’arrivée. Mettre ces informations dans une table semble alors assez naturel. Ce que Heisenberg a compris, c’est qu’on pouvait travailler directement avec ces tables, en les multipliant entre elles. C’est un coup de génie technique, et ça marche. La seconde chose qu’il a comprise est, elle, très conceptuelle et c’est, je pense, la vraie découverte. Heisenberg explique qu’il va introduire une nouvelle façon de décrire la nature où on ne parle que de ce qu’on observe directement. Dès lors, l’électron n’est plus un objet qui bouge dans l’espace, c’est quelque chose qui, de temps en temps, nous envoie des signaux. C’est l’énorme saut conceptuel. Il en est conscient et il l’écrit à son ami Pauli : «Tout cela est encore très vague et peu clair pour moi, mais il semble que les électrons ne se déplaceront plus sur des orbites.»

Vous expliquez qu’il y a quelque chose de très profond dans ce postulat de recherche…

Effectivement. D’une part, il ne s’agit pas d’un manque de connaissance. Ce n’est pas seulement qu’on ne décrit pas l’orbite de l’électron, c’est qu’il n’y a pas d’orbite de l’électron. Si on pense que l’électron est, malgré tout, quelque part, on fait des erreurs. Donc, c’est un fait, l’électron n’a pas de position. C’est radical et ça ne concerne pas que l’électron, mais tous les objets du monde, car tous les objets sont quantiques. Il y a une indétermination qui est intrinsèque et qui a été dévoilée par ces réflexions. D’autre part, ce n’est pas ce que nous les humains observons qu’on décrit. On décrit des choses qui n’ont pas de propriété propre, mais qui interagissent avec les autres et leurs propriétés sont toujours relationnelles.

Si ce qui compose l’univers, ce sont les relations entre objets, la physique quantique nous dit donc que lorsqu’une particule n’interagit avec rien, elle n’a pas de propriété…

Oui, c’est subtil. Je peux toujours dire qu’il y a une particule, mais celle-ci n’a plus de propriété. Mais c’est quoi, une particule sans propriété ? Elle n’a même pas de position. Elle n’est pas quelque part. Elle n’a pas de vitesse. Si on cherche à penser à ce qu’est une particule sans ses propriétés, ça n’a pas de sens en soi. Les particules ne prennent donc leur sens qu’au moment où elles interagissent avec quelque chose d’autre. La disparition des objets, c’est la disparition des objets avec des propriétés. On continue à parler d’objets. La physique quantique nous parle des systèmes, de l’atome, des électrons, etc. On ne fait pas sans, mais ils deviennent les nœuds de propriétés relationnelles.

Cette interprétation relationnelle prend tout son sens quand vous abordez le phénomène étrange de l’intrication, quand deux particules qui ont interagi par le passé restent corrélées malgré la distance…

Quand on est étonné par l’intrication, c’est qu’on imagine en quelque sorte un observateur qui pourrait tout voir en même temps, et savoir comment les choses sont «vraiment». Dans les faits, nous n’avons que la façon dont les choses se manifestent l’une à l’autre. Si on regarde toutes les interactions, entre les particules, entre les observateurs, entre les observateurs et les particules, tout est cohérent, il n’y a aucun mystère. Ça devient incohérent seulement si on cherche à imaginer des faits objectifs, absolus.

Il y a eu, dans les années 30, un âge d’or de la discussion sur l’interprétation de la physique quantique, pour essayer de comprendre ce qu’elle dit du fonctionnement profond de notre monde. Cette discussion n’est-elle pas un peu passée depuis à un second plan, occultée par les innombrables succès applicatifs issus de la théorie ?

La théorie quantique, c’est la seule théorie générale en physique pour laquelle on n’a jamais trouvé de contradiction. Ce n’est peut-être pas la théorie ultime, mais on n’en voit pas les limites aujourd’hui. Durant toute ma vie, j’ai suivi toutes les découvertes, et il y a eu de grands résultats de mécanique quantique expérimentale et applicative. Il y a eu des prix Nobel, en France notamment. Mais tout ce qui a été découvert et expérimenté était déjà écrit dans les livres. La seule surprise, finalement, c’est que tout correspond à la théorie. Il y a eu effectivement un âge d’or de la discussion sur le sens de cette physique. Qu’est-ce que ça veut dire, d’affirmer qu’il n’y a pas de description de la position de l’électron quand on ne l’observe pas. De Broglie, Einstein, Bohr, Heisenberg ou Schrödinger et beaucoup d’autres ont participé à ce débat, surtout dans les années 30. Et cette discussion s’est ensuite un peu arrêtée. Effectivement, pour toutes les applications, dans un transistor ou un laser, on n’en a pas besoin. On a donc en quelque sorte arrêté de se poser des questions et on est allé de l’avant.

Mais, petit à petit, à partir des années 60, la discussion a repris, et de nos jours, elle est de nouveau très vive. Aujourd’hui, la plupart des scientifiques acceptent le fait qu’il y a ici une grande question ouverte. Et tant mieux, parce que la science, ce n’est pas une question de mesures, d’équations et de résultats. Il faut se faire une idée de ce qui se passe. Au début de la révolution scientifique moderne, quand Copernic a conçu son système en expliquant que la Terre tourne sur elle-même et autour du Soleil, on lui a répondu que ça n’avait aucun sens. Pour les autres, il y avait des calculs qui nous disaient où se trouvaient les planètes dans le ciel, et tout le reste, l’interprétation de ces calculs par Copernic, ce n’était pas de la science. Ils avaient tort. La discussion de savoir si la Terre est ou non au centre de l’univers, c’est une discussion philosophique. Mais si on affirme que oui, on ne comprend rien. A l’époque de Copernic, un autre astronome, Tycho Brahe, avait imaginé un système où le Soleil tournait autour de la Terre, et les autres planètes autour du Soleil. C’était conforme aux équations, mais ça ne tenait pas la route. Changer d’interprétation, ça revient à comprendre. Avec la mécanique quantique, peut-être qu’on n’a pas encore bien compris. Le discours de Max Born que je lisais hier, c’est quand il a eu le prix Nobel en 1954. Il termine en disant qu’on a l’impression que quelque chose nous échappe, qu’on pense peut-être à la mécanique quantique en utilisant une notion qui nous semble évidente, comme la Terre qui ne bouge pas, mais qui n’est pas correcte. Et cette notion trop évidente, c’est peut-être ça, que les objets ont des propriétés propres.

Si on enlève les objets, il nous manque quelque chose à nous, humains. Il nous manque la substance originelle de l’univers tel qu’on le pense. C’est la base de notre interprétation de la réalité. Et vous nous expliquez qu’il n’y en a pas besoin, que l’univers est un immense jeu de miroirs…

J’explique aussi qu’on retrouve ce genre d’idées similaires ailleurs, dans la philosophie occidentale, dans la philosophie orientale… Je parle par exemple dans mon livre de Nagarjuna, ce penseur bouddhiste du IIe siècle, parce qu’on y retrouve des notions, une façon de penser très utile pour effectuer ce saut conceptuel de la perception relationnelle de la nature. Selon ce philosophe, il est possible de penser au monde, non pas comme étant fait d’objets avec une réalité intrinsèque, mais d’objets qui dépendent des autres. Et cette dépendance fondamentale des choses les unes par rapport aux autres peut nous aider dans la démarche intellectuelle nécessaire pour penser la mécanique quantique. Je peux penser à l’électron, mais je peux le voir comme sa manifestation par rapport à d’autres choses, pas comme un objet en soi. Et la pensée de Nagarjuna est très radicale. Pour lui, la réalité n’existe pas, mais pas dans le sens où la réalité usuelle n’existe pas, dans le sens où quand je parle de la réalité, il s’agit toujours d’une réalité relative. Quand je dis qu’une chose est réelle, c’est toujours dans son contexte. Notre perception du monde n’a pas besoin, en fait, d’une réalité ultime et absolue.

L’humanité a mis longtemps à accepter le fait que la Terre tourne autour du Soleil, et nous n’avons pas encore tout à fait intégré dans notre intuition que le temps n’est pas le même partout… Est-ce que vous pensez qu’un jour, on pourra assimiler le fait que le monde n’est pas fait d’objets, mais de relations ?

C’est une question de temps. Si on arrive à ne pas s’autodétruire avant, je pense qu’on y arrivera. Pour le temps, c’est en train de changer. C’est le thème du film Interstellar par exemple et c’est présenté comme un fait réel accepté par le public. On s’y habitue. Et on peut s’habituer à l’étrange vision du monde que nous propose la physique quantique. Pour y arriver, il faut comprendre que, malgré la radicalité de la proposition, ça ne remet pas en question notre perception du monde. Même si on a compris que les objets n’ont pas de propriétés propres, le crayon que je tiens dans la main reste un crayon. Comme quand on regarde une forêt de loin. On ne voit pas tout ce qui s’y passe, mais ça ne veut pas dire que ce que je vois est faux. La forêt existe, elle est là, verte, uniforme, comme une sorte de velours qui recouvre la montagne, même si je ne vois pas tous les arbres, les animaux, les insectes, toute la complexité de l’écosystème.

Il y a aussi un côté politique très fort, je trouve, dans le fait d’interpréter la réalité en termes de relations plutôt qu’en termes d’entités. Si je pense à l’humanité en tant qu’ensemble d’interactions entre les êtres, si je pense à la société en général, au niveau mondial, comme des interactions entre les pays au lieu de voir les pays comme des entités, ça amène de façon naturelle à penser en termes de collaboration plutôt qu’en termes de compétition. Et je pense que c’est une urgence aujourd’hui. Si on cherche d’abord qui sont nos adversaires sur la scène internationale, on perd de vue cet aspect relationnel si fondamental. C’est malheureusement la direction que nous prenons en ce moment.

Helgoland de Carlo Rovelli éd. Flammarion 272 pp., 2

Posté par Luc Fricot à 12:01 - Permalien [#]

29 octobre 2021

42 raccourcis clavier Windows indispensables

Les 10 raccourcis clavier de base sur Windows

Ces raccourcis mythiques fonctionnent sur toutes les versions de Windows. Du fait de leur popularité, ils sont également disponibles sur de nombreux logiciels de bureau.

  • Ctrl+C : copier
  • Ctrl+X : couper
  • Ctrl+V : coller
  • Ctrl+Z : annuler
  • Ctrl+Y : rétablir
  • Ctrl+A : tout sélectionner
  • Ctrl+P : imprimer
  • F1 : afficher l’aide
  • Ctrl+Alt+Suppr : pour ouvrir le gestionnaire de tâche ou verrouiller l’ordinateur
  • Windows ou Ctrl+Echap : ouvrir le menu démarrer/basculer sur le bureau (Windows 8)

Les raccourcis Windows les plus+ utilisés par les professionnels

Pour améliorer votre productivité au travail, vous pouvez utiliser ces raccourcis clavier.

  • Ctrl+Roulette de la souris : pour zoomer/dé-zoomer.
  • Windows+P : pour changer le mode d’affichage (pratique avec un rétroprojecteur) : déconnecter le rétroprojecteur, dupliquer, étendre, ou rétroprojecteur uniquement.
  • Windows+F : pour lancer une recherche rapide sur un ordinateur
  • Windows+Maj+Clic : pour lancer une nouvel instance d’un programme. Exemple : cliquez sur l’icône Microsoft Word de votre barre de tâche pour ouvrir un nouveau document.
  • Windows+L : un raccourci clavier pour verrouiller son ordinateur.
  • Ctrl+Flèche gauche/droite : pour placer le curseur au début du mot ou du prochain mot.
  • Shift+Flèche gauche/droite : pour sélectionner du texte.
  • Ctrl+Shift+Flèche gauche/droite : pour sélectionner un mot entier.
  • Ctrl+Backspace : pour supprimer un mot entier.
  • Ctrl+F4 : pour fermer une fenêtre. Ou un ordinateur, si aucune fenêtre n’est ouverte.
  • Windows+E : un raccourci clavier pour afficher le poste de travail.
  • Maj à l’insertion d’un CD : ce raccourci permet d’empêcher la lecture automatique.
  • Ctrl+Windows+F : pour rechercher un ordinateur sur un réseau.
  • Echap pendant un processus : pour annuler le processus en cours (transfert, copie…).
  • Ctrl+Maj+Clic : pour ouvrir un programme en tant qu’administrateur.

Les raccourcis clavier Windows pour gérer les fenêtres

Windows fonctionne avec des fenêtres… d’où son nom. Il existe de nombreux raccourcis clavier pour passer d’une fenêtre à l’autre où les masquer facilement.

  • Alt+Tab : passer d’une fenêtre à l’autre. Maintenez la touche Alt enfoncée et appuyez une ou plusieurs fois sur la touche Tab pour accéder à la fenêtre de votre choix.
  • Alt+Shift+Tab : passer d’une fenêtre à l’autre (dans l’ordre inverse). Cette fois-ci, vous devez maintenir les touches Alt et Shift, et appuyer sur la touche Tab une ou plusieurs fois.
  • Windows+Tab : même principe qu’Alt+Tab, mais sous une forme plus visuelle. Fonctionne depuis Windows 7 lorsque la fonctionnalité Aero est supportée.
  • Windows+D : masquer toutes les fenêtres. Pratique pour afficher brièvement le bureau. Il suffit d’appuyer à nouveau sur les touches Windows+D pour récupérer les fenêtres.
  • Windows+Flèche vers le bas : si la fenêtre occupe tout l’écran (fenêtre agrandie), elle retrouve une taille classique. Un deuxième clique sur Windows+Flèche vers le bas minimise la fenêtre.
  • Windows+Flèche vers le haut : une raccourci clavier pour agrandir la fenêtre active.
  • Windows+Flèche vers la gauche : pour placer la fenêtre sur la moitié gauche de l’écran.
  • Windows+Flèche vers la droite : pour placer la fenêtre sur la moitié droite de l’écran.
  • Windows+Shift+Flèche droite ou gauche : permet de déplacer une fenêtre d’un écran à l’autre. Ce raccourci clavier ne fonctionne que si vous utilisez plusieurs écrans.

D’autres raccourcis Windows à connaître

  • Ctrl+N : ouvrir une nouvelle fenêtre.
  • F5 ou Ctrl+R : actualiser la fenêtre active.
  • Ctrl+Maj+Echap : affiche le gestionnaire de tâches, qui permet de fermer une application, afficher les processus ou les performances de votre PC en temps-réel.
  • Ctrl+clic : pour sélectionner plusieurs éléments (des fichiers ou des dossiers par exemple).
  • Shift+clic : pour sélectionner tous les éléments compris entre le premier et le second clic. Fonctionne avec du texte, des fichiers et des dossiers, et peut être combiné avec Ctrl+clic.
  • Maj (5 fois) : pour désactiver les touches rémanentes (ou les activer).
  • Alt+Maj : pour repasser le clavier en Français, si par mégarde votre clavier est passé en anglais. Ce raccourci ne fonctionne qu’avec la touche Alt gauche, et si plusieurs langues sont activées.
  • Maj+Suppr : pour supprimer définitivement un fichier ou un dossier. Vous ne passez pas par la corbeille et ne touchez pas 20 000 francs.c

Posté par Luc Fricot à 18:50 - Permalien [#]
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26 octobre 2021

Moi, le cochon-greffon

par Luc Le Vaillant
publié le 26 octobre 2021 à 5h26

Je suis le cochon-greffon qui vient à la rescousse de l’humaine nature, quand celle-ci dépérit. Je sauve les plus faibles d’entre vous quand vos frères bipèdes renâclent au don d’organe ou vivent trop vieux pour être de la moindre utilité. Je suis le porc-salut qui n’en fait pas un fromage de cet échange de bons procédés, de ce transfert de compétences, de cette alliance des vivants.

Voici quelques jours, j’ai fourni un rein à un patient new-yorkais. Ma machinerie a fait son office, avant que le receveur, déjà en état de mort cérébrale, ne décède. Les perspectives d’avenir sont vertigineuses et il est assez clair que nous n’avons pas fini de profiter les uns des autres. Il y a compatibilité certaine entre nous, et je vous ai déjà fourni des valves aortiques. Cousins germains, nous avons les mêmes petits cœurs tendres, les mêmes foies dodus sans oublier nos rognons mignons et autres rogatons.

Notre interdépendance se boutonne désormais élégamment et revêt la blouse blanche du progrès scientifique quand elle fut longtemps fangeuse comme une souille, égrillarde comme une fin de banquet et sanglante comme une tue-cochon. J’étais le nettoie-tout de vos déchets et je prenais vos épluchures pour de la confiture. J’étais un vidangeur sur pattes, un compost animal, un recycleur à jarrets replets. Je me roulais dans la boue et vous vous pinciez le nez. Je n’étais pour vous que de la chair à saucisse et vous me tailliez le bout de gras, sans souci de mon fors intérieur et de ma sensibilité de fort des Halles. Bientôt, je vais grandir en chambre stérile pour éviter aux végans, que vous êtes en train de devenir, de finir légumes.

Vous et moi, nous sommes cannibales, du moins omnivores. Nous avions en partage une même ardeur de basse-cour, une même dégueulasserie d’arrière-boutique, qui sentait l’ail et le purin, l’oignon et l’étron. Et voilà que je me fais angelot, que je deviens votre bébé-médicament. J’accepte d’être cloné et génétiquement modifié pour vous complaire quand je ne pensais qu’à me goinfrer de vos horreurs. J’étais souillon de bas étage, Thénardière de vos viscères, receleuse de vos colombins. On me reconfigure blanche colombe et infirmière dévouée, donnant d’elle-même jusqu’au sacrifice de ce qu’elle a de plus cher, sa chair.

Fragiles contemporains, dont j’entreprends de sauvegarder l’espèce, je compte sur vous pour redorer mon blason et me rendre justice. Vu mon dévouement à votre cause, il serait bon que les religions qui continuent à me mettre à l’index rendent enfin hommage à mes mérites nourriciers et hospitaliers. Il est temps que les stricts observants musulmans, juifs, adventistes ou autres qui me passent au hachoir de leurs préceptes au lieu de me bichonner dans les saloirs, réhabilitent mes services. S’ils continuent à régenter les estomacs de leurs fidèles, juste pour affermir leur emprise et générer les frustrations qui déclenchent les génuflexions, j’envisage de devenir le chaînon manquant, au lieu du greffon charmant. Je m’interroge également sur la manière de répondre à la philosophie légumière qui prospère et pourrait me débarquer des linéaires. A interdit alimentaire, rétorsion sanitaire…

J’en ai autant après les initiatrices du mouvement «Balance ton porc !». Je ne vois pas pourquoi ce serait moi qui prendrais pour tous les malappris et autres bestiaux de la jungle des villes et des campagnes. Le bouc mal odorant pourrait faire office d’émissaire, c’est sa fonction coutumière, non ? Ou alors le cerf en rut pourrait écoper d’un blâme pour cause de brame ? Et que dire du gorille sans égards pour les commères du canton ? Il se trouve que cela me retombe toujours sur la couenne. Longtemps, je m’en suis contrefoutu, tout occupé à me laisser mener à la braguette par ma queue en tire-bouchon. Mais désormais que j’ai charge d’âmes, j’aimerais qu’on applaudisse ma bienveillance empathique et mon care charcutier. Je suis d’ailleurs candidat à la «légion donneur» que je placerais en rosette sur mon plastron.

Je me réjouis enfin de ne plus être le grand méchant loup de la fable hygiéniste. J’étais rat d’égout et bonne à tout faire. J’étais le cochon dans lequel tout est bon, j’en deviens encore meilleur. Je suis le symbole d’une hybridation réussie quand la chauve-souris de Wuhan en est le répulsif putride. Au panthéon des êtres composites, je copine désormais avec le centaure altier et la licorne ailée. Et tandis que le culte de l’ensauvagement et du séparatisme incite les parlementaires à remettre en liberté dauphins et lions, orques et tigres, j’accomplis le chemin inverse. Tandis qu’on ferme cages et bassins et qu’on renvoie vers le lointain les fauves de proximité, je m’immisce plus encore au cœur de ce voisin hautain qu’a toujours été l’homme. J’ose même ajouter que je me régale à sonder les reins de cette humanité avec laquelle je suis de plus en plus copain comme cochon.

Posté par Luc Fricot à 23:06 - Permalien [#]

08 octobre 2021

Facebook & Co : le Hold-up planétaire

par Olivier Ertzscheid, Enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes

Facebook est en panne. Et avec lui Instagram, Messenger et WhatsApp. Une erreur humaine qui a eu lieu pendant «une opération de maintenance de routine». Une erreur, une panne et pendant sept heures, 2,8 milliards d’utilisateurs Facebook, 2 milliards d’utilisateurs WhatsApp, 1,3 milliard d’utilisateurs de Messenger et 1,2 milliard d’utilisateurs Instagram sont privés… de quoi d’ailleurs ?

Une «infrastructure sociale» est en panne. C’est cela que Zuckerberg, selon ses propres termes, voulait faire de sa firme. Il est compliqué de lui contester ce succès. Lorsque cette infrastructure sociale majeure tombe, une partie tout sauf négligeable du monde tel que nous le connaissons et l’habitons, se fige. Comme lors d’une grève dans un service public majeur. On observe que lorsque les gens viennent ailleurs se plaindre, se moquer ou s’énerver de cette panne (sur Twitter surtout), ou tenter de la contourner (sur Telegram ou Signal), ils en parlent presque comme d’une grève.

Un service est en panne. L’occasion de mesurer ce qu’il nous rendait vraiment comme service. Et de revenir au problème et à la question fondamentale de Facebook et des autres : ils sont une partie aujourd’hui déterminante de notre espace public commun, une place centrale, une centralité exacerbée. Mais ils n’ont rien de public. Ni dans leur gouvernance, ni dans leurs objectifs, ni bien sûr dans leur modèle économique.

«Dark Social»

Les conversations sont en panne. C’est de cette panne qu’il s’agit. Le Web des origines a toujours été celui de ces conversations entre des gens qui ne parlaient, ni ne «se parlaient» pas avant mais qui restèrent longtemps, dans leur nombre, une forme de marge, de périphérie, mais de périphérie reliée. Ces conversations ont grossi en volume, en intensité, en nombre, en dynamique. La conversation publique, ce «café du commerce» hier si méprisé par une éditocratie qui n’envisage plus aujourd’hui de parler d’autre chose que de ce qui s’y dit en bord de zinc, cette conversation publique est tout entière captée, potentialisée, mais modelée et fabriquée aussi, par Facebook. Et l’ensemble des trois autres services tombés (Instagram, Messenger et WhatsApp) sont l’autre conversation : la conversation privée, intime, celle qui rythme nos quotidiens, le covoiturage de nos enfants, l’organisation des prochaines vacances, le groupe où l’on s’envoie les photos de famille. Mais souvent ces espaces de conversations intimes redeviennent politiques ou idéologiques. Ce qui se dit et se trame dans ces ensembles qui forment un «Dark Social» est déterminant. Or toutes les influences et tentatives de désinformation s’y exercent aussi sans que jamais il ne soit possible de les y observer en train de se nouer ou de s’y dénouer. Sauf pour Facebook.

La démocratie est en panne ? On peut au moins se demander ce qu’il reste de la démocratie lorsque la société privée faisant fonction d’infrastructure sociale conversationnelle s’effondre. Il reste une béance pour toutes celles et ceux qui n’auront ni le temps, ni l’envie, ni l’énergie de sortir de cet habitus qui norme nos pratiques et celles de nos enfants depuis déjà tant d’années.

Quelques jours avant la panne, le Wall Street Journal commençait à révéler les documents fournis par Frances Haugen, une ancienne salariée de Facebook devenue lanceuse d’alerte. Frances Haugen témoignait devant le Congrès quelques minutes à peine après le début de la panne. Elle y révélait et documentait ce que beaucoup d’observateurs et d’universitaires expliquaient et dénonçaient depuis longtemps : la réalité d’une firme cynique, dissimulatrice, et désormais fondamentalement toxique.

En pleine panne, Zuckerberg une nouvelle fois apparaît bien en peine de justifier l’injustifiable. L’impact délétère d’Instagram sur la santé mentale des plus jeunes, l’instrumentalisation des discours de haine dès lors qu’ils demeurent rentables économiquement, le réglage des algorithmes qui renforcent les effets de polarisation, la modération arbitraire et discrétionnaire des comptes «influents» dispensés des règles s’appliquant à la plèbe… A chaque fois, Facebook savait, à chaque fois, Zuckerberg mentait. Facebook est en panne. Zuckerberg est en peine.

Il nous reste le Web

La panne réparée, il nous faut encore écouter le dépanneur en chef. Face aux révélations accablantes de Frances Haugen, Mark Zuckerberg est venu tenter de se défendre. De manière presque pathétiquement scolaire, il a commencé par nier l’évidence, puis a tenté de discréditer la lanceuse d’alerte en laissant entendre qu’elle était manipulée, et enfin il a réclamé… de la régulation. «Dites-nous à partir de quel âge il faut autoriser les enfants à accéder à nos services, contraignez-nous à vérifier leur âge, ordonnez-nous d’arbitrer entre la préservation de leur vie privée et la possibilité pour leurs parents de surveiller leurs activités.» On aurait dit un adepte des pratiques SM mandiant la bastonnade.

Oui, Facebook est en panne. Mais la panne dont il s’agit n’est cette fois pas réparable. Panne de confiance, panne de crédibilité. Cela ne suffira probablement pas à faire tomber Facebook mais il est tout à fait certain que cela continue d’abîmer durablement nos démocraties et les conversations dont elles sont faites.

La démocratie numérique n’est pourtant pas une chose si compliquée. Elle nécessite que chacun puisse s’exprimer s’il le souhaite. Que cette expression et sa visibilisation puissent se faire en toute transparence. Que des collectifs plutôt que des singularités organisent l’éditorialisation de ces expressions publiques. Et que l’espace public où s’expriment des opinions comme des faits soit exempt de toute forme de publicité garantissant sa possibilité même d’existence. Quatre conditions que revêt, par exemple, l’encyclopédie Wikipédia.

Facebook est en panne mais il nous reste le Web. Il nous faut investir et inventer d’autres espaces, d’autres conversations, d’autres expressions qui soient sincèrement publiques. La régulation demeure un vrai sujet et s’il est un point sur lequel Zuckerberg à raison d’appuyer, c’est sur l’hypocrisie fondamentale des Etats qui rivalisent de cynisme dilatoire en la matière, l’auditionnant d’une oreille, mais gardant l’autre à l’écoute du lobbying constant de la firme qui les infiltre.

La privatisation totale, par une firme monopolistique, des infrastructures conversationnelles permettant quotidiennement à presque 3 milliards d’individus de se parler, de s’informer et d’en parler, est au mieux une aporie et plus vraisemblablement une menace pour toute forme de démocratie ou d’aspiration à fabriquer du commun. Il nous faut parler d’autre part. Il nous faut habiter ailleurs. Retourner sur le Web. Car pendant que Facebook était en panne, il nous restait le Web.

Olivier Ertzscheid est l’auteur de : le Monde selon Zuckerberg. Portraits et préjudices, chez C & F Editions, 2020.

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07 octobre 2021

Travailler. La grande affaire de l’humanité,


Pourquoi sommes-nous des fous de boulot ?
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Notre obsession pour la productivité nous fait bosser toujours plus. Au point que le travail perd peu à peu de son sens, estime l'anthropologue James Suzman dans son dernier livre.

Avec la quatrième révolution industrielle, celle des nouvelles technologies numériques, biologiques et physiques, on est loin de moins travailler. (Westend61/Getty Images)

par Lucas Sarafian
publié le 6 octobre 2021 à 5h10

En 2013, Miwa Sado, journaliste japonaise, est morte subitement à 31 ans dans l'exercice de ses fonctions, téléphone encore en main. Une enquête du ministère du Travail a conclu que cette tragédie devait être classée en tant que «mort par surmenage». En effet, le mois précédent son décès, ses relevés informatiques et téléphoniques ont révélé qu'elle avait effectué au moins 209 heures supplémentaires. Comment en est-on arrivé là ? Dans Travailler. La grande affaire de l'humanité (Flammarion, 2021), l'anthropologue James Suzman remonte aux origines du travail et de nos vies et arrive à ce constat : aujourd'hui, nous travaillons trop.

Cet épuisement lié au travail, la tribu des Bushmen Ju/'hoansi, que l'auteur a étudiée pendant de nombreuses années, ne peut pas le connaître. Eux qui mènent une vie de chasseurs-cueilleurs, dans le désert de Kalahari en Namibie, travaillent exclusivement dans un seul but : répondre à leurs besoins matériels immédiats. Pour Suzman, le mode de vie de cette communauté nomade prouve bien qu'il n'est pas dans notre nature d'être obsédé par le travail. Se pose alors une question : pourquoi dédions-nous toute notre journée au travail alors que quelques heures seraient suffisantes comme le faisaient les chasseurs-cueilleurs ?

Sa réponse est de dire que le travail a été détourné de sa fonction initiale. Alors que son temps s'allonge sans cesse, il ne cherche plus à répondre à nos besoins essentiels. Aujourd'hui, dans les sociétés occidentales, le travail a effectué un mitage insidieux dans nos quotidiens. Les personnes que l'on fréquente et qui nous influencent le plus sont celles que l'on côtoie au boulot. «Ce que nous accomplissons définit aussi ce que nous sommes», souligne Suzman.
L'obsession de produire toujours plus

Une tendance, qui s'est accentuée au tournant du XXIe siècle, mais qui est née de l'obsession des sociétés pour la croissance et la productivité, et de l'héritage de deux évolutions essentielles que sont l'adoption de l'agriculture comme mode majoritaire de production et le rassemblement des hommes dans les villes. Résultat ? Le travail n'est plus consacré «directement à l'acquisition des ressources énergétiques dont [la population] avait besoin pour survivre». Une pensée qui sèmera ses graines au point de donner naissance à la peur de ne plus produire assez et l'envie d'accumuler toujours plus de richesses. Un cercle vicieux s'installe et il devient impossible de s'arrêter de travailler.

Aujourd'hui, l'heure est à la quatrième révolution industrielle : celle des nouvelles technologies numériques, biologiques et physiques. Si des inquiétudes émergent quant à l'arrivée des robots ou des machines nées de l'intelligence artificielle sur le marché du travail, James Suzman regrette que ces progrès techniques n'allègent pas «le poids de notre obsession pour la croissance économique» et ne nous permettent pas de moins travailler. Ce recul du travail, d'autres en avaient rêvé : Adam Smith imaginait au XVIIIe siècle que des «machines ingénieuses» allaient abréger et faciliter le travail. John Maynard Keynes y croyait fermement, jusqu'à imaginer une semaine de quinze heures. Une chose est sûre : tous se sont trompés. Pour l'instant ?
Travailler. La grande affaire de l'humanité, James Suzman, Flammarion, 480 pp., 23,90 €.

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05 octobre 2021

Emilie Aubry, au-dessus des cartes

La journaliste-télé et animatrice d’émissions sur Arte se passionne pour la géographie et les relations internationales.

par Thibaut Sardier

«Arrêtez de sourire !» Lorsqu’elle a entendu ces mots dans l’oreillette – ceux de Jean-Pierre Elkabbach – elle a craint d’avoir «l’air d’une cruche» en direct. C’était en 2006, lors du premier débat de primaires jamais diffusé à la télévision française, celui du PS. Propulsée à la présentation peu après être devenue mère, Emilie Aubry était un peu déboussolée et en garde peu de souvenirs. La suite est plus claire : un succès inattendu installe dans le PAF ce visage toujours souriant mais plus décontracté. Le genre de tête discrète dont on se souvient sans toujours savoir où on l’a vue. Entrée chez Arte en 2008 après sept ans de journalisme politique sur la Chaîne parlementaire (LCP), elle présente désormais les soirées reportage Thema du mardi, et le Dessous des cartes, emblématique rendez-vous qui anime les mappemondes pour décrypter les relations internationales. Contrairement à de nombreux animateurs, elle n’a ni boîte de prod ni contrat renouvelé chaque saison, mais un CDI de rédactrice en chef de l’émission qui lui vaut d’être directement salariée d’Arte. Belle-fille du producteur Pierre-André Boutang, qui anima sur la même chaîne l’émission culturelle Metropolis, elle ne lui doit pas sa place. «Il m’avait même dissuadée d’y venir !» dit-elle. Elle lui doit en revanche son goût pour la télévision. «Nous l’avons beaucoup regardée ensemble. Le meilleur et le pire : Palace et les Nuls comme MetropolisAujourd’hui, elle oscille entre Columbo sur TMC et les JT de 20 heures qu’elle continue de regarder, attentive à l’inhabituelle multiplication des sujets internationaux du fait de la situation en Afghanistan.

L’animatrice «incarne» donc (comme on dit à la télé) la géopolitique. La fonction suscite généralement peu de vocations chez les journalistes télé, qui préfèrent l’info pure et dure. Mais elle assume. En juin, elle a même choisi d’arrêter la présentation de l’Esprit public sur France Culture, rendez-vous emblématique (et un peu ronronnant) du dimanche matin 11 heures consacré au débat d’actualité. Tant pis pour l’année électorale. Elle souhaite avoir du temps pour souffler avec sa fille collégienne et ses deux beaux-fils vingtenaires. Mais elle veut aussi se consacrer à fond au Dessous des cartes, ce qui lui vaut de courir de festival de géopolitique en Fête de l’Huma pour promouvoir l’atlas papier très réussi tiré de l’émission, cosigné avec le géographe Frank Tétart.

«Depuis juin, on me demande si c’était vraiment mon choix d’arrêter.» Interrogée même à la piscine, elle répète qu’elle n’a pas été évincée par son successeur Patrick Cohen, rescapé d’une Europe 1 en pleine «bollorisation». «C’est fou comme dans ce milieu, les gens ne comprennent pas qu’on puisse ne pas vouloir toujours plus», commente-t-elle. La directrice de France Culture, Sandrine Treiner, voulait qu’elle continue. Elle se veut aujourd’hui magnanime : «Il n’y a que les hommes pour considérer qu’on est définitivement propriétaire de ce que l’on fait. […] Mieux vaut s’arrêter lorsqu’on a encore une envie plutôt que quand on n’en peut plus.» Aubry a souvent fonctionné comme ça : «A LCP, je regardais les journalistes seniors, qui en étaient à leur énième remaniement. Je les enviais un peu, mais j’ai eu très vite l’impression de redoubler.» En 2006, après le succès des primaires PS, les propositions pleuvent pour faire de l’actu en plateau, de LCI à M6. Voulant s’enraciner dans le métier sans devenir femme-tronc, elle n’y va pas.

Ses rentrées n’ont pas toujours été tranquilles. En 2017, elle reprend en même temps le Dessous des cartes et l’Esprit public. «Elle a dû remplacer à la fois un mort et une statue vivante», commente Sandrine Treiner. Le premier, c’est Jean-Christophe Victor, disparu fin 2016, ethnologue, enseignant-chercheur et spécialiste de géopolitique, à la tête de l’émission depuis 1990. N’ayant pas le même cursus, elle assume : «J’ai mis 200 000 pancartes en disant : “Je ne suis ni universitaire, ni chercheuse.”» Elle mise sur un rôle de «passeuse» qu’elle destine à une jeunesse en perte de repères géopolitiques. «Je me retrouve à expliquer à mes enfants la différence entre un Etat de droit et un Etat autoritaire, à leur dire en quoi la Chine est une dictature !» s’anime-t-elle. S’offusquant quand on lui demande pour qui elle vote – une journaliste n’aurait pas à le dire – elle fait une exception à la neutralité pour se dire engagée pour les valeurs démocratiques et pour l’Europe.

La statue vivante, c’était Philippe Meyer. Le fondateur de l’Esprit public a été pourtant déboulonné par Radio France. Il est parti fâché fonder un Nouvel Esprit public sur Internet. Le soutien d’auditeurs fidèles a valu à Aubry un petit déluge de commentaires sur les réseaux sociaux. «Une fois passées les remarques misogynes d’usage, tout s’est bien passé», résume Sandrine Treiner. Même avis du côté d’Aubry, dans son élément avec cette émission policée, qualifiée de «terrain d-émilie-tarisé» par le chroniqueur Thierry Pech. Elle clame sa «détestation de la culture du clash» et son attachement à «produire du consensus». Sa façon à elle de pratiquer le soft power.

Elevée dans les livres, Emilie Aubry est la fille de l’éditrice de littérature Martine Boutang. Elle a pour sœur et demi-sœur deux normaliennes et universitaires. «J’ai fait des études de lettres par tradition familiale, dit-elle. Mais après la prépa, j’ai fait de mon mieux pour rater Normale sup !» Traçant sa propre voie à Sciences-Po, elle n’a pas les diplômes du géographe. Mais elle en a les brevets symboliques : une collection de mappemondes et de guides du routard, des leçons inculquées par son grand-père maternel sur «la Loire qui prend sa source au mont Gerbier de Jonc»… et une capacité d’observation qu’elle exerce dans la baie de Somme où elle a un pied-à-terre avec son compagnon amoureux des Hauts-de-France. «Les baies, c’est intéressant car ce sont des mondes en soi que l’on saisit d’un regard» :vraie phrase de géographe. Il faut ajouter un goût pour le voyage. «Je n’ai pas été d’emblée une grande voyageuse. Mon enfance ayant été un peu compliquée, j’ai d’abord eu envie d’ancrage», dit-elle après avoir évoqué son père François-Xavier, juriste touché par une psychose maniaco-dépressive auquel sa sœur Gwenaëlle a consacré un livre remarqué, Personne. Le déclic est venu il y a quelques années, à Oman. «Elle me racontait son plaisir de découvrir ce mélange entre Moyen-Orient et Asie. Cela lui a fait pousser les murs, y compris dans sa tête», se souvient Sophie Des Déserts, journaliste et amie proche. Cet hiver, elle ira en vacances en Ethiopie, voir «ce pays d’Afrique qui s’en sort, sa capitale sous dépendance chinoise, un territoire riche en mythologies, de Lucy à la reine de Saba». Logiquement, elle rêve désormais d’une émission de reportage. En bonne géographe, elle sait que le dessous des cartes, ce sont les réalités du terrain.

1975 Naissance à Paris

2006 Anime le débat des primaires PS sur LCP

2017 Reprend le Dessous des cartes sur Arte et l’Esprit public sur France Culture

2021 Publie l’atlas du Dessous des cartes



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26 septembre 2021

Pour les Français, être handicapé, c’est d’abord souffrir

Cindy Lebat, sociologue : « L’accent mis sur la déficience et la souffrance qu’elle induit entraîne une vision parcellaire de la personne en situation de handicap. » © DR

 

Une enquête, aussi intéressante que rare, montre à quel point les Français associent le handicap au malheur et à la souffrance. Ils perçoivent les personnes handicapées comme moins capables d’être membres à part entière de la société. 36 % estiment même qu’il est juste de leur restreindre l’accès à certains droits.

Une grande campagne nationale de sensibilisation. Emmanuel Macron l’avait promise, lors de la conférence nationale du handicap de février 2020. Elle arrivera sur les écrans à la mi-octobre pour contribuer à « changer le regard » de la société sur le handicap.

Il y a du boulot, à en croire les résultats d’une étude commandée par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sur les représentations et les préjugés. Le Gouvernement a, en effet, confié à cette autorité indépendante la mission de l’éclairer sur la préparation de la campagne.

Un échantillon de 2 000 répondants

La sociologue Cindy Lebat a réalisé cette étude pour le compte de la CNCDH. ©DR

En avril 2021, plus de 2 000 femmes et hommes ont répondu à un questionnaire en ligne. « Globalement, les jugements exprimés sont peu souvent radicaux », analyse la sociologue du handicap Cindy Lebat, consultante auprès de la CNCDH. Ce qui n’a rien d’étonnant, les personnes interrogées ont tendance à exprimer des avis jugés socialement acceptables.

Exemple : 89 % déclarent se sentir prêts à travailler avec une personne en situation de handicap (ce qui signifie quand même qu’un sur dix ne le souhaite pas).

Le handicap, un obstacle au bonheur

Mais passées les déclarations de bonnes intentions, les questions plus ciblées dévoilent l’image négative associée au handicap. Un tiers des Français estiment qu’un collègue devenant handicapé risque de « troubler les clients ».

Plus généralement, 64 % des personnes interrogées pensent que le handicap est un obstacle au bonheur et à une vie épanouie. Et près d’une personne sur deux déclare qu’elle serait inquiète si son enfant se mariait avec un conjoint handicapé.

« Conscience du manque d’adaptation de la société »

« Ces réponses peuvent être le reflet d’une conscience du manque d’adaptation de la société face aux situations induites par les différentes déficiences », précise Cindy Lebat.

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« Toutefois il semble difficile d’imaginer, pour une grande partie de la population, que le handicap puisse être lié à une identité positive, poursuit-elle. Il est d’abord ramené à la déficience fonctionnelle et aux difficultés que cette déficience engendre. »

Un mouvement de rejet du handicap

Plus inquiétant, certains chiffres témoignent même d’un phénomène de rejet. 31 % des Français pensent, en effet, qu’il « vaut mieux éviter que les personnes en situation de handicap aient des enfants ». Et si elles en ont, 19 % jugent préférable de les confier à une autre personne ou à une institution.

« Et si un de vos enfants se retrouvait handicapé sévèrement suite à un accident ou à une maladie ? » 23 % avouent alors qu’ils auraient des difficultés à être fiers de lui.

Le handicap, un incident à vite réparer ou une tragédie pour la vie

« Le handicap n’est globalement pas perçu comme une étape marquant une transition dans un parcours de vie, et pouvant potentiellement ouvrir à la construction d’une identité positive, analyse Cindy Lebat. Il apparaît davantage soit comme un incident, qu’il importe de vite réparer pour revenir à une vie normale, soit comme une tragédie marquant le début d’une vie de souffrance et de tristesse. »

Cette perception laisse peu de place à la possibilité de voir la personne en situation de handicap comme capable de trouver une place dans la société, avec son handicap. 36 % des Français estiment ainsi qu’il est justifié de restreindre l’accès à certains droits du fait de certains handicaps.

Le regard, aussi une affaire de droits

« On ne peut pas demander aux Français de changer de regard sur le handicap sans, dans le même temps, rendre la société plus accessible aux personnes handicapées, pointe Cindy Lebat. Les deux vont de pair. » Communiquer, oui, mais pas sans agir pour les droits.

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20 septembre 2021

Velléitaire ou volontaire?

 

Cinq mots que nous confondons presque systématiquement

● Velléitaire ou volontaire?

Le mot décrit les paresseux; ceux qui ont de grands projets dont on ne voit pas le jour; «celui qui se voit déjà gardien de but mais qui ne s’inscrit pas à un club de foot». L’adjectif «velléitaire» s’emploie pour qualifier celui «qui n’a que des intentions fugitives, qui est incapable de prendre des décisions et de passer aux actes». Ces indécis qui, plutôt que d’affronter un éventuel échec, préfèrent ne pas agir. Le «volontaire», lui, est une personne «qui fait preuve d’une volonté ferme, d’obstination».

Posté par Luc Fricot à 16:40 - Permalien [#]

06 septembre 2021

Nouvelle édition (2021) de référentiel de logiciels libres (SILL)


Source : SILL 2021

Dans le cadre d’un usage plus général l’État recommande les logiciels libres suivants :

  • authentification : KeePass comme gestionnaire de mots de passe et VeraCrypt (en observation) pour le chiffrement de disques ;
  • suites bureautiques : LibreOffice ;
  • éditeur de texte : Notepad++ ;
  • lecteur multimédia : VLC ;
  • courrielleur : Thunderbird ;
  • client de messagerie : Roundcube ;
  • client de messagerie instantanée : Jitsi ;
  • client FTP : Filezilla ;
  • navigateur : Firefox ESR ;
  • logiciel de compression : 7zip ;
  • systèmes d'exploitation serveur : les distributions GNU/Linux CentOS, Ubuntu (écoles) et Debian ;
  • etc.

 

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10 juillet 2021

Seoir

SEOIR (ou soir)/ est un verbe. défectif, donc qui n'a que quelque conjugaisons.:

  • séant, seyaient, seyait, seyant, sied, siée, siéent, siéra, siéraient, siérait, siéront

 

Convenir.

3 courts extraits du WikWik.org

  • seoir  v. (Soutenu) Aller bien, pour un vêtement ; être convenable.
  • seoir  v. Être assis, bien établi.
  • seoir  v. Être installé ou établi.

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07 juin 2021

Delphi 7, Winhlp32 sous Windows 10

Solutions ?

Enabling Winhlp in Windows 10

 

To enable Winhlp to work in Windows 10, follow these simple instructions.

 

  1. Download the updated Winhlp32 installation files, which are compressed into a zip file (winhlp32-windows-7-10-x86-64.zip) from the following link:  https://drive.google.com/open?id=0B_tSrOg4FLp1T0dyTEppaW9SYm8 
  2. Extract the contents of of the file you just downloaded (winhlp32-windows-7-10-x86-64.zip)
  3. Run the Install.cmd as Administrator by right-clicking on Install.cmd, then select Run as Administrator.
  4. Acknowledge any privilege warnings and allow Install.cmd to proceed.

 

That is all there is to it.  You now you have Winhlp working in windows 10!

Everything worked fine except the "Search" function. Is there a way to activate that?

 

FAQ Delphi, le club des développeurs et IT Pro

Les nouveaux Windows ne gèrent plus, par défaut, le format hlp, considéré par la société comme obsolète.

Citation Envoyé par Microsoft Corporation
Cependant, le programme d'aide de Windows n'a pas été mis à jour depuis un certain temps et ne répond plus aux normes de Microsoft. À compter de la publication de Windows Vista et de Windows 7, ce programme d'aide de Windows ne fera dès lors plus partie des fonctions de Windows.

S'il est encore possible d'installer le programme permettant de lire ce format (compatibilité descendante oblige) ce dernier n'est pas encore proposé (à la rédaction de cette FAQ) pour Windows 10.
Ainsi qu'il l'est expliqué Le programme d'aide de Windows (WinHlp32.exe) ne fait plus partie de Windows
Déjà, toutefois, l'installation (d'expérience) ne fonctionne pas toujours  !
(?? Pour utiliser le système d’aide, vous devez installer WinHlp32.exe. Microsoft ne vous fournit pas de package d’installation, mais vous pouvez le télécharger ici)

/
Voici une méthode qui s'est avérée efficace sur sur Windows 10 64 bits  :
Téléchargez le package proposé à cette adresse

Modifiez le fichier Install.bat en rajoutant les deux lignes suivantes (mise en rouge) :

Code batch : Sélectionner tout
1
2
3
4
5
6
7
8
9
@echo off
:: ---------------------------------------------------------------------------
:: Settings
set MuiFileName=winhlp32.exe.mui
set ExeFileName=winhlp32.exe
set WindowsVersion=7
goto :BypassVersionError


Exécutez ensuite le fichier en tant qu'administrateur.

Une fois ces trois étapes faites, vous pourrez profiter pleinement des fichiers d'aide de vos anciennes versions de Delphi.

Charly190 propose une mise à jour des fichiers utilisables pour Windows 10 (testé sous Windows 64) : ici

Il suffit d'exécuter le cmd en mode administrateur.

Pour installer Delphi 7 sur les OS récents (Windows 8 et 10) :

- lancer l'installation en mode administrateur (clic droit sur le programme d'installation puis "exécuter en tant qu'administrateur"
- installer D7 dans un répertoire non protégé par Windows. Par exemple C:\Borland\Delphi7. Ne pas utiliser Program Files ni Program Files x86.

Avant de lancer Delphi 7, faire le clic droit sur son raccourci et ensuite clic sur propriété puis onglet compatibilité :

- Cocher "Exécuter ce programme en mode de comptabilité sur" : Windows XP (Service pack 3)
- Cocher "Exécuter ce programme en tant qu'administrateur

Delphi7 peut alors être lancé sans problème, même si un message d'avertissement apparaît.

La première fois et à chaque mise à jour de Windows : installer ou réinstaller l'aide au format Hlp (Voir la FAQ : "Comment utiliser les fichiers d'aide au format hlp sous les nouveaux OS Windows (7 et plus) ?". La touche F1 sera alors active.

Pour le développement d'applications :

Si l'installation de l'application se fait dans Program Files (x86) ne pas mettre de fichier ini (ni aucun fichier de données) dans ce répertoire (il faut utiliser les répertoires spéciaux de Windows).

Posté par Luc Fricot à 12:36 - Permalien [#]

01 juin 2021

Pour les diabétiques de type 1, le cauchemar d’une vie sans pompe

Sophie GUIRAUD

L’arrêt de la fabrication du dispositif bouleverse le quotidien des malades au diabète instable, que les pompes régulent depuis 30 ans. Le collectif de patients, né dans l’Aude, témoigne de leur détresse.

Sur le site du Collectif des diabétiques implantés, les témoignages affluent depuis quelques jours. Le 1er mai, Frédéric, diabétique de type 1 qui vit avec une pompe à insuline implantée depuis dix ans, a "du mal à envisager un retour en arrière". "Que ferions-nous sans ce traitement ?", s’interroge encore Véronique. Sylvie, implantée en 2019, se sent "condamnée à des complications catastrophiques".

"J’ai des retours de malades qui me disent que le jour où leur pompe s’arrêtera, ils arrêteront de se soigner", témoigne Sabine Guérin. Il y a deux ans, alors que la menace d’un arrêt de fabrication des pompes se précise, l’Audoise crée le collectif pour tenter de changer le cours des choses.

J’ai des retours de malades qui me disent que le jour où leur pompe s’arrêtera, ils arrêteront de se soigner

Depuis, l’unique fabricant, le géant irlando-américain Medtronic, a stoppé la production. Le stock s’amenuise, et la quinzaine de dispositifs encore disponibles est déjà réservée. Les deux jeunes sociétés susceptibles de relancer la fabrication sont loin du compte, a confirmé la dernière réunion organisée le 30 avril au ministère de la Santé.

Pour 250 Français au diabète de type 1 instable équipés depuis parfois trente ans du dispositif, il va falloir apprendre à vivre autrement.

Il y a deux choses : la survie de ces patients, et on va trouver des solutions, et leur quotidien. Il est clair que les systèmes alternatifs qui existent aujourd’hui ne leur offriront pas la même qualité de vie. Il faudra faire avec

"Il y a deux choses : la survie de ces patients, et on va trouver des solutions, et leur quotidien. Il est clair que les systèmes alternatifs qui existent aujourd’hui ne leur offriront pas la même qualité de vie. Il faudra faire avec", admet le professeur Éric Renard, endocrinologue au CHU de Montpellier, qui a mené le combat pour Evadiac, l’association qui réunit les médecins spécialistes de pompes implantées.

Au pied du mur

En distribuant directement de l’insuline à l’intérieur du corps, ces pompes ont changé la vie de malades au diabète instable qui enchaînaient hypo et hyperglycémies, ainsi que ceux qui sont résistants aux injections d’insuline par voie externe, sous-cutanée.

"On est au pied du mur", dit laconiquement Sabine Guérin, sortie dépitée de la dernière réunion avec les autorités de santé : "On a eu la confirmation qu’il n’y aurait pas de nouvelle pompe avant 2024", au mieux, explique-t-elle.

"Les premiers essais n’auront pas lieu avant début 2024", confirme Éric Renard. Dans une interview au Quotidien du médecin, le 23 avril dernier. Le diabétologue indique aussi qu’une centaine de patients (sur 250 implantés) devraient avoir des problèmes de pompe en 2023. Avec quelle alternative immédiate ? La greffe d’îlots de Langherans, les cellules du pancréas qui sécrètent l’insuline. "On prend des traitements immunosupresseurs à vie, c’est lourd et ce n’est pas sans risque", insiste Sabine Guérin.

Avenir incertain

Autre option : un système existant permettant une perfusion continue d’insuline dans la cavité péritonéale. "On régule le risque, mais on a déjà vécu avec un cathéter intrapéritonéal qui sort du ventre, c’est invivable et il y a un risque infectieux", rappelle Sabine Guérin. Le professeur Renard confirme : "Il y a des risques infectieux."

Il n’y aura pourtant pas d’autre choix que de s’adapter pour des malades doublement meurtris. "Les autorités de santé "comprennent" mais ne font rien", regrette Sabine Guérin.

Les diabétiques se sentent aussi "abandonnés" par un industriel puissant à l’insolente santé financière qui a choisi de ne plus parier sur une solution à l’audience confidentielle, un marché de niche pour quelques centaines de malades.

Le 29 avril, Danièle, une Lilloise membre du collectif, ne voulait toujours pas se projeter : "La fin des pompes implantées serait désastreuse, des complications irréversibles en suivraient. " L’avenir est incertain.

Un géant solide, des petits fragiles

Medtronic, leader mondial des technologies, solutions et services médicaux, a annoncé en juin 2017 qu’il cesserait en 2019 la fabrication de la pompe Minimed, posée en 1990 chez un premier patient au CHU de Montpellier. La société, présente dans 150 pays, avec 90 000 employés et 2,3 milliards d’investissements annuels en recherche et le développement, justifie sa décision par "des problèmes de qualité", des "difficultés d’approvisionnement". L’échéance est repoussée d’un an, en juin 2020. Mais les repreneurs potentiels, auxquels Medtronic cède l’accès au mécanisme de la pompe, sont fragiles : on ne parle plus aujourd’hui du Hollandais Ipadic et on évoque à peine une autre société des Pays-Bas candidate, Baat Medical, en grande difficulté. Reste l’Américain PhysioLogic Devices.

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13 avril 2021

Education : en finir avec la théorie des intelligences multiples

Certains sont doués pour les maths, d’autres pour la plomberie ou le dessin, c’est comme ça. Derrière cet apparent bon sens se cache la «théorie des intelligences multiples», développée dans les années 80 par Howard Gardner. Mais malgré son succès mondial, elle n’a pas de fondement scientifique.

publié le 12 avril 2021 à 20h07

«Ce que vous faites s’apparente à de l’acharnement thérapeutique», m’a expliqué un homme d’une soixantaine d’années assis au premier rang. Il a fait le chemin depuis le village voisin jusqu’à cette librairie avignonnaise pour assister à la présentation de mon premier livre, les Incasables, dans lequel j’évoque mon expérience d’enseignant auprès de jeunes élèves en grande difficulté scolaire. Ses grimaces et ses gesticulations persistantes contrastaient avec la bienveillance affichée du reste de mon auditoire, et après une dizaine de minutes, c’en était trop pour ce contrôleur de gestion fraîchement converti en sophrologue : «Ces jeunes-là dont vous parlez, ils ont vraiment besoin d’apprendre à conjuguer et à poser des divisions ? Peut-être qu’ils sont bons ailleurs, dans la plomberie, le hip-hop ou le dessin… Ne seraient-ils pas mieux dehors ?» Selon mon interlocuteur, l’école se trompe lourdement en tentant de faire acquérir les mêmes savoirs à tout le monde. Certains ne sont tout simplement pas faits pour l’étude des éléments constitutifs de la langue dans laquelle ils s’expriment. C’est comme ça, c’est la science qui le dit. «Chacun son intelligence», conclut-il.

Des bases scientifiques absentes

J’aurais pu parier dix années de prime informatique que le spectre d’Howard Gardner allait s’inviter parmi nous. C’est lui qui, en 1983, a développé la théorie selon laquelle chaque être humain est doté d’un ensemble d’intelligences indépendantes les unes des autres. Dans Frames of Mind (1), il en détaille sept : linguistique, musicale, corporelle, visuelle, logique, interpersonnelle et intrapersonnelle. Il y ajoute, en 1993, l’intelligence naturaliste qui consiste à reconnaître et à classer les espèces naturelles. L’être humain les posséderait toutes, mais il y aurait, en chacun de nous, une ou plusieurs intelligences prédominantes qu’il conviendrait de stimuler pour favoriser les apprentissages.

Tout au long de Frames of Mind, Howard Gardner prend de manière claire et affirmée ses distances avec la dimension scientifique, ne cherchant pas de validation ou de vérification pour ses hypothèses. Cela mène l’enseignant belge Didier Goudeseune à ranger la théorie des intelligences multiples plutôt du côté du développement personnel. De ce fait, explique-t-il, «elle souffre des maux habituels et propres à ces théories : manque de bases, absence régulière de validation scientifique, caractère pseudoscientifique, absence de prise en compte de l’expertise des enseignants et de leur professionnalisme, ou absence de régulation».

Un «s», et Howard devint une icône

La théorie des intelligences multiples n’a jamais été clairement réfutée et pour cause, le flou qui l’entoure la rend irréfutable. Paradoxalement, c’est là sa principale faiblesse car, comme l’explique l’épistémologue autrichien Karl Popper (2), «une théorie qui n’est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique». Et on peut difficilement reprocher à Howard Gardner d’avoir menti à ce sujet : dès la vingtième page de Frames of Mind, il concédait que «la notion d’intelligences multiples n’est pas une donnée scientifique prouvée».

Mais validée ou pas, la théorie a rencontré un succès monstrueux, inspirant des dizaines de livres, des articles de revues et autres conférences TED. Il existe même une «Howard-Gardner Escuela» à Quito, la capitale de l’Equateur, et à 77 ans, le professeur à l’université Harvard continue de donner des conférences partout dans le monde pour expliquer comment il a eu l’idée de mettre un «s» à intelligence.

Aux élèves en difficulté sur qui on collait une étiquette d’invariables cancres, la théorie des intelligences multiples a distribué des permis de rêver.

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Pour comprendre l’origine d’un tel succès, il faut s’intéresser au contexte. Le livre de Gardner a débarqué dans les librairies au moment où les éducateurs américains étaient critiqués pour n’avoir pas enseigné correctement la lecture, l’écriture et les mathématiques. Les scores aux évaluations nationales chutaient et les théoriciens de l’éducation traditionnelle demandaient des jours d’école plus longs, plus de devoirs et plus de tests. Face à Gardner se trouvait une flopée de psychanalystes boursouflés de certitudes ennuyeuses parmi lesquels Richard Herrnstein. On s’amuse bien avec lui, il estime que le quotient Intellectuel régit chaque aspect de l’existence des individus, et qu’il est en grande partie hérité en plus d’être immuable.

L’enseignant Bruno Hourst, le premier en France à avoir présenté la théorie des intelligences multiples et ses applications, s’en défend vingt ans plus tard dans son blog en arguant qu’on juge un arbre à ses fruits. Et il a raison. La théorie des intelligences multiples de Howard Gardner a percé la grisaille ambiante avec l’effet d’un pet au milieu d’une réunion de travail trop sérieuse sur Zoom. Aux élèves en difficulté sur qui on collait une étiquette d’invariables cancres, elle a distribué des permis de rêver. Et elle a redonné une dignité aux incasables, aux paresseux, aux vaincus qui s’emmerdent à l’école et même aux maîtres zen et aux gourous de tout acabit qui cassent des briques à mains nues ou marchent sur des braises, ne devant leurs prouesses, selon Gardner, qu’à une intelligence kinesthésique prédominante. Le réconfort face à l’humiliation, même au prix des libertés prises avec la démarche scientifique, est toujours bon à prendre.

La «start-up nation» en robe de hippie

Au fond, la théorie des intelligences multiples a rencontré le succès pour la même raison que l’Alchimiste de Paulo Coelho s’est écoulé à 150 millions d’exemplaires : les deux laissent croire à une «légende personnelle» innée qu’il s’agirait de découvrir, puis de chérir et cultiver. Howard Gardner raconte à qui veut bien le croire l’idée lénifiante selon laquelle l’échec n’est dû ni à un manque de travail ni au fait que l’école est un immense centre de tri régi par les lois de la naissance et du sang. C’est juste une question de connaissance de soi. La «start-up nation» en robe de hippie.

Effectivement, si l’on suit ces préceptes vagues et réconfortants, ce que je fais avec mes élèves relève bien de l’acharnement. Mais l’idée selon laquelle certains seraient «faits» pour comprendre la grammaire et d’autres non a beau être réconfortante, elle est néfaste. Elle enferme, et pour se détourner de l’obstination, elle incite au renoncement et à la lâcheté. Ses implications politiques sont évidentes : il devient parfaitement inutile de s’efforcer de réduire les inégalités scolaires. Du côté de l’éducateur, elle pousse, comme l’explique si bien Philippe Meirieu, à «rechercher ce que l’enfant serait “en amont de toute activité éducative” pour pouvoir, en quelque sorte, se mettre au service de sa réalisation. […] Or, cette naturalisation, en plus d’être arbitraire, est dangereuse : elle enferme le sujet dans un mode de fonctionnement quand il faudrait, au contraire, lui permettre de s’appuyer sur celui-ci pour en explorer et découvrir d’autres».

Alors ces jeunes-là dont je parle, est-ce qu’ils ont vraiment besoin d’apprendre à conjuguer et à poser des divisions ? Oui.

(1) Frames of Mind : The Theory of Multiple Intelligences, Basic Books, 1983.

(2) Conjectures et réfutations : la croissance du savoir scientifique, Payot, 1994.

Posté par Luc Fricot à 16:30 - Permalien [#]

11 avril 2021

Désinformation médicale : l’autre pandémie

par Anaïs Moran

Noémie Zucman, réanimatrice à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes (Hauts-de-Seine), aurait bien du mal à les hiérarchiser. Dans cette crise sanitaire, les fake news médicales n’ont fait que pulluler. Par où commencer ? «Je pense que l’affaire de l’hydroxychloroquine est le point de départ de tout. Cela a aussitôt créé une scission dans la médicale, entre ceux qui voulaient tempérer et ceux qui ont plongé la tête dedans, retrace-t-elle. Toutes les autres désinformations ont reposé sur ce principe. Je ne sais pas laquelle est la plus nuisible. Mais ce dont je suis sûre, c’est que je me demande tous les jours comment on a pu en arriver là.»

Remèdes miraculeux, dangerosité des masques, bénignité de la maladie, relativité des saturations hospitalières, négation des flambées épidémiques… En un an, le Covid-19 a fait apparaître une multitude de discours et de théories infondées qui ont «totalement stupéfait» la médecin de 32 ans. «Les désaccords et les fausses informations ont toujours existé dans notre milieu. Malheureusement, 2020 nous a fait basculer dans une toute nouvelle dimension», dit-elle. Ou comment les dérives médicales, incarnées sur la scène médiatique par une minorité de confrères, ont ébranlé, l’espace d’une année, toute une profession. Entre malaise et exaspération.

De toutes les épreuves endurées depuis l’apparition du Sars-CoV-2, le professeur Romain Sonneville, médecin réanimateur à l’hôpital Bichat, à Paris, reconnaît que les «monologues d’inepties médicales» ont probablement été «les plus déstabilisants» et difficiles à vivre. «Dans cette crise, on a quand même vu beaucoup de confrères qui se sont révélés être de grandes épidémiologistes, de grands virologues, de grands médecins de catastrophe, alors qu’on ne les avait jamais vus dans ces rôles-là, grince-t-il. Jamais je n’aurais pu penser que des gens de science puissent avoir le culot de s’exprimer sur des sujets dont ils ne sont pas experts. Ces déclarations chocs, pour faire le buzz, sont des autoroutes de malhonnêteté qui ont tout brouillé.»

«Atterré, navré et honteux»

Des notions de spécialité, d’humilité, de prudence, de rationalité, totalement malmenées en direct sur les plateaux télé, sur les réseaux sociaux, dans des vidéos ou à travers des sites alternatifs de «ré-information» : l’an 1 du Covid a tout secoué. «Il y a eu une perte de sang-froid inédite de certains collègues, concède Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins. La France est confrontée à un péril individuel et collectif extraordinaire. Dans ce cadre, toute la communauté médicale devrait redoubler d’efforts pour garder la tête sur les épaules et ne dire que des choses fiables et stabilisées. Au lieu de ça, des gens sont sortis du champ scientifique pour dérouler leurs convictions personnelles… Des médecins se sont métamorphosés en débatteurs. Je le déplore.» Pierre-Louis Druais, médecin généraliste dans les Yvelines et membre du Conseil scientifique, 72 ans dont 43 d’expérience professionnelle, cingle : «Je suis atterré, navré et honteux de voir ma médecine dans cet état. Je trouve que c’est une injure à la science.»

Onze médecins font actuellement l’objet de plaintes du Conseil national de l’ordre (Cnom) pour manquements au code de déontologie – certains étant poursuivis pour «charlatanisme» (article 39), «déconsidération de la profession» (article 31) et prescription au détriment des «données acquises de la science» (article 8). Les plus connus s’appellent Didier Raoult, Christian Perronne, Patrick Bellier. Mis en cause mais pas encore jugés, ils devraient voir les chambres disciplinaires de leur région d’exercice statuer sur leur cas dans les prochains mois. L’avocat du médiatique microbiologiste marseillais a balayé une «procédure [qui] n’apporte absolument rien».

Les intéressés risquent un simple avertissement jusqu’à la radiation, en passant par l’interdiction d’exercer durant trois années. S’y ajoutent «une quinzaine de dossiers à l’étude au niveau de la section santé publique du Cnom, en plus du dossier Hold-up (film documentaire à succès aux multiples contre-vérités, ndlr) dans lequel intervenaient un certain nombre de médecins» et qui pourrait également aboutir à de potentielles sanctions,fait connaître le Conseil national à Libération. A l’échelle locale, les premières audiences ont déjà commencé, la chambre disciplinaire de grande instance du Grand Est ayant radié, le 15 janvier dernier, la généraliste anti-masque Eve Engerer, connue pour avoir délivré des certificats permettant de s’exonérer de cette protection.

«On leur a aussi tendu le micro»

Peu nombreuses mais très bruyantes, plusieurs figures contestées par la communauté ont su profiter d’une importante tribune médiatique durant cette première année de crise. Au grand regret du professeur rennais Pierre Tattevin, président de la Société de pathologie infectieuse de langue française. «La Spilf compte plus de 700 membres, pour la plupart très impliqués dans la crise. Les débats ont laissé peu d’espace à ces collègues de terrain. Certains médias ont choisi de mettre au premier plan les figures de proue des quelques rares professionnels totalement hors sol, et ça a fait beaucoup de dégâts», déplore-t-il.

«Ils ont eu de l’influence car on leur a aussi tendu le micro, soupire Elise Jammet, médecin urgentiste à l’hôpital Edouard-Herriot, à Lyon (Rhône). Certains racontent des âneries sous le feu des projecteurs et décrédibilisent toute une prise en charge. Pendant que sur le terrain, les autres triment.» Julie Oudet, consœur de la même spécialité au Samu de Toulouse, renchérit : «Ils incarnent une figure messianique qui ne sert qu’eux et pourtant, cela pollue toute la profession. Finalement, on est dans le même bateau. Alors, quand un médecin donne un grand coup de barre dans un sens complètement délirant, derrière il y en a 200 qui rament à contre-courant.»

Car la désinformation médicale n’a pas seulement remué le socle éthique de la communauté. Elle s’est aussi invitée dans les cabinets et les services hospitaliers. Jesabelle (1), généraliste installée dans le XIe arrondissement de Paris, confie par exemple que le sujet de l’hydroxychloroquine a pourri ses jours et ses nuits lors de la première vague. «Des patients me demandaient pourquoi je ne voulais pas en prescrire, c’était très tendu avec certains d’entre eux. Un jour, un homme m’a même traitée de criminelle. Vous imaginez, pour une soignante, d’entendre ça pour la première fois de sa vie ?»

Jusqu’au 27 mai 2020 et le coup d’arrêt officiel à la molécule, prononcé par décret gouvernemental, la médecin n’a fait que ruminer, et beaucoup culpabiliser. «J’essayais de garder en tête que la raison était de mon côté. C’était rude, parce qu’il y avait la pression de tous ces médecins qui clamaient qu’on ne voulait rien faire pour nos patients, qu’on préférait les laisser se dégrader et donc les laisser mourir. Cela a créé de la confusion et du doute, insupportables dans ma tête», développe-t-elle. Jesabelle, 50 ans, parle de cet épisode comme du «plus douloureux» de sa carrière.

«Les gens sont perdus, à juste titre»

A Toulouse (Haute-Garonne), Julie Oudet prend aujourd’hui encore en «pleine figure» les effets concrets de ces fake news. «Quand vous emmenez directement un grand-père en réanimation, et que la famille brisée vous dit : “Ah bon, carrément une intubation ? Mais le Dr X à la télé disait que le virus n’était plus dangereux.” Ça fait très mal, raconte l’urgentiste. La parole médiatique des médecins n’est pas anodine. Derrière, ce sont de vrais gens qui sont malades pour de vrai, hospitalisés pour de vrai et morts pour de vrai.» Elise Jammet, la Lyonnaise : «Oui, ça nous arrive de voir des familles complètement déboussolées par la gravité de la situation de l’un de leurs proches. Qui nous disent des choses comme : “On ne comprend pas, la cousine du médecin de quartier nous avait pourtant dit que le masque ne servait à rien.” Je suis écœurée devant l’irresponsabilité de ces collègues.» L’urgentiste précise que ces cas ne sont pas devenus la norme. Néanmoins, jamais auparavant elle n’avait assisté à une telle défiance, voire agressivité envers les blouses blanches. «Je n’en voudrai jamais à ces patients, assure-t-elle. Les gens sont perdus, à juste titre.»

Les médecins interrogés sont sur ce point unanimes : dans le circuit de diffusion d’informations mensongères, les responsabilités sont multiples, mais aucune n’est citoyenne. «Dans une société en souffrance, vulnérable, c’est tout à fait normal que les gens aient besoin d’avoir très vite des réponses, des vérités gravées dans le marbre, pour tenter de combler le vide de l’irrationalité. C’était justement à la communauté médicale de ne pas tomber dans ce piège et de tenir bon, ensemble», analyse le président du conseil de l’Ordre, Patrick Bouet. «Les médecins gourous ont surfé sur la peur des gens, en se précipitant pour asséner des discours qui redonnent espoir, qui relativisent. C’est bien la population qui a été trahie par certains professionnels», tacle Pierre-Louis Druais, le généraliste du Conseil scientifique.

Dans son cabinet au Port-Marly (Yvelines), ce médecin de famille a passé «des heures entières» à rétablir le lien de confiance avec des patients passés en «mode défensif». Un travail harassant, mais bienfaisant. Même constat du côté de la réanimation de Bichat : «Dans notre service, corriger les désinformations sur le triage et les médicaments nous prend un temps de dingue auprès des patients. Fort heureusement, les gens ne restent pas bloqués, décrit le médecin Romain Sonneville. En revanche, cet effort supplémentaire est extrêmement délétère pour des équipes déjà à bout…»

Des réponses suffisantes ?

L’émergence médiatique d’électrons en roue libre aurait-elle pu être évitée ? Avec un an de recul, le professeur Sonneville s’interroge, forcément. «On ne fait peut-être pas assez de bruit collectivement pour les contrer», avance-t-il. Sa consœur Noémie Zucman, membre de la commission jeune de Société de réanimation de langue française (SRLF), trouve «sain» de se poser la question. «A chaque débordement, on en parle entre nous, mais la prise de position est hyper difficile à ajuster, explique-t-elle. Dénoncer une fausse information, c’est quelque part donner de l’intérêt aux propos de cette personne. A la SRLF, notre position est plutôt de relayer des études et recommandations validées par les sociétés savantes, et non à l’inverse, de condamner certains propos. Je peux entendre que certains ne trouvent pas cela suffisant.»

Dans la boîte mail de la Spilf aussi, les mails abondent de messages du type «vous devriez réagir, vous devriez répondre, vous devriez communiquer», raconte Pierre Tattevin, son président. Pour répondre à la spirale d’intox du début de crise, le bureau s’est organisé à l’été pour monter une cellule communication dédiée. Mais «chaque nouvelle intox reste encore source de longues réflexions», complète l’infectiologue: «On ne peut pas réagir à chaque connerie qui circule. Cela décrédibiliserait nos interventions. On essaie de monter au créneau quand on voit un risque que la chose soit dite et répétée.»

Terreau populiste

Julie Oudet estime que les instances qui représentent son métier font au mieux. Selon elle, s’insurger contre chaque «théorie fumeuse» servirait dangereusement la cause des émetteurs. «Ces médecins jouent totalement la carte du subversif, du style : “Vous voyez bien, ils veulent me faire taire, c’est la preuve que j’ai raison.”» Ce qu’elle craint, au fond, c’est que sa science se transforme en terreau populiste. Elle n’est pas la seule. «Le gros danger se cristallise vraiment sur cette idéologisation, cette politisation autour des questions de santé. On se sent tous concernés par cette problématique», exprime Noémie Zucman.

La réanimatrice veut croire que la force collective du corps médical sortira gagnante de cette crise. Les parallèles inquiétants ne sont néanmoins jamais loin : «Vous avez vu la saison 3 de Baron noir ? Moi, je l’ai regardée il n’y a pas longtemps, et je peux vous dire que ça m’a fait froid dans le dos. Un prof de bio, devenu star des réseaux grâce aux fausses infos, qui joue les trouble-fête pour la présidentielle… Sur le coup je me suis dit : “Oh mon dieu, est-ce qu’on va finir dans ce scénario, nous aussi ?”»

(1) Le prénom a été modifié.

Posté par Luc Fricot à 11:44 - Permalien [#]

19 mars 2021

Les scientifiques découvrent les mystères du plus ancien « ordinateur » du monde,

Le mécanisme d'Anticythère, une ancienne calculatrice astronomique grecque

Les scientifiques se sont longtemps efforcés de résoudre l'énigme du système d'engrenage situé à l'avant du mécanisme dit d'Anticythère, un dispositif vieux de 2000 ans, souvent considéré comme le plus ancien "ordinateur" du monde. Selon un article publié dans la revue Scientific Reports, une équipe interdisciplinaire de l'University College London (UCL) a mis au point un modèle informatique grâce à la modélisation 3D. Elles ont recréé l'intégralité du panneau avant et espèrent maintenant construire une réplique grandeur nature de l'Anticythère en utilisant des matériaux modernes.

Le mécanisme d'Anticythère, une ancienne calculatrice astronomique grecque, a défié les chercheurs depuis sa découverte en 1901. Aujourd'hui divisé en 82 fragments, il ne reste qu'un tiers de l'original, dont 30 roues dentées en bronze corrodées. En 2005, la tomographie assistée par ordinateur (TAO) à rayons X a permis de décoder la structure de l'arrière de la machine, mais l'avant est resté en grande partie non résolu. La tomographie par rayons X a également révélé des inscriptions décrivant les mouvements du Soleil, de la Lune et des cinq planètes connues dans l'antiquité, ainsi que la manière dont elles étaient utilisées.


« Le nôtre est le premier modèle qui se conforme à toutes les preuves physiques et correspond aux descriptions des inscriptions scientifiques gravées sur le mécanisme lui-même », a déclaré l'auteur principal Tony Freeth, ingénieur en mécanique à l'UCL. « Le Soleil, la Lune et les planètes sont représentés dans un impressionnant tour de force de l'éclat de la Grèce antique ». « Nous pensons que notre reconstruction correspond à toutes les preuves que les scientifiques ont glanées à partir des vestiges existants à ce jour », a déclaré le coauteur Adam Wojcik, spécialiste des matériaux à l'UCL.

La résolution de ce puzzle 3D complexe révèle une création de génie combinant les cycles de l'astronomie babylonienne, les mathématiques de l'Académie de Platon et les théories astronomiques de la Grèce antique. De nombreuses tentatives infructueuses avaient été faites pour réconcilier les preuves avec la représentation du Cosmos de la Grèce antique. Il a fallu des décennies rien que pour nettoyer le dispositif, et en 1951, un historien des sciences britannique nommé Derek J. de Solla Price a commencé à étudier le fonctionnement théorique du dispositif.

Sur la base de photographies aux rayons X et gamma des fragments, Price et le physicien Charalampos Karakalos ont publié en 1959 un article de 70 pages dans The Transactions of the American Philosophical Society. Sur la base de ces images, Price a émis l'hypothèse que le mécanisme avait été utilisé pour calculer le mouvement des étoiles et des planètes, ce qui en faisait le premier ordinateur analogique connu.

Seuls 82 fragments, soit environ un tiers du dispositif ont survécu, ce qui a obligé les scientifiques à reconstituer l'image complète à l'aide de données radiographiques et d'une méthode mathématique de la Grèce antique. Les 82 fragments "survivants" de l’appareil étaient à l'origine logés dans une boîte en bois de la taille d'une boîte à chaussures, avec des cadrans à l'extérieur, contenant un assemblage complexe de roues dentées à l'intérieur. La plus grande pièce est connue sous le nom de fragment A, qui comporte des roulements, des piliers et un bloc. Une autre pièce, le fragment D, comporte un disque, un engrenage à 63 dents et une plaque. Voici, ci-dessous, quelques détails sur ces deux fragments :

  • Fragment A : cadre essentiel pour la reconstruction, la roue motrice principale possède quatre rayons avec des trous proéminents, des zones aplaties et des piliers endommagés sur sa périphérie. Preuve évidente d'un système épicycloïdal complexe. Dans le Mécanisme original, il y avait quatre courts piliers et quatre longs piliers avec des épaulements et des trous pour les goupilles de retenue. Ces éléments impliquent que les piliers portaient des plaques : une plaque rectangulaire sur les piliers courts, la Sangle et une plaque circulaire sur les piliers longs, la Plaque Circulaire. C'est l'ossature essentielle de toute reconstitution fidèle, les quatre rayons représentant quatre fonctions différentes ;
  • Fragment D : composantes épicycloïdales pour Vénus, des études antérieures ont suggéré qu'il y avait deux engrenages dans le fragment D, mais il s'agit d'une illusion créée par la division de l'arbre. Le nombre de dents d'origine peut être déterminé de manière fiable comme étant 63 dents, étant donné que toutes les dents sauf trois ont survécu. Les composants de base du Fragment D sont un disque, un engrenage et une plaque, appelée ici plaque D, et un arbre reliant ces trois éléments. Le disque et l'engrenage sont rivetés l'un à l'autre et présentent en leur centre des trous carrés correspondant à des sections carrées à l'une des extrémités de l'arbre.

 


L'existence même de ce mécanisme prouve que cette technologie existait déjà entre 150 et 100 avant J.-C., mais que le savoir s'est perdu par la suite. Des machines similaires d'une complexité équivalente ne sont réapparues qu'au XVIIIe siècle. Bien qu'elle ait été trouvée sur un cargo romain, les historiens pensent qu'elle est d'origine grecque, peut-être de l'île de Rhodes, connue pour ses impressionnantes démonstrations d'ingénierie mécanique.

« Après une lutte considérable, nous sommes parvenus à faire correspondre les preuves des fragments A et D à un mécanisme pour Vénus, qui modélise exactement sa relation de période planétaire de 462 ans, l'engrenage à 63 dents jouant un rôle crucial », a déclaré le coauteur David Higgon. L'équipe a ainsi pu dériver les cycles des autres planètes et créer des mécanismes permettant de calculer les cycles astronomiques tout en minimisant le nombre d'engrenages afin que tout tienne dans l'espace restreint du dispositif.

En 2002, Michael Wright, alors conservateur de l'ingénierie mécanique au musée des sciences de Londres, a fait la une des journaux en présentant de nouvelles images radiographiques plus détaillées de l'appareil, prises par tomographie linéaire. Seuls les éléments situés dans un plan particulier sont mis en évidence, ce qui permet de les examiner de plus près et de déterminer l'emplacement exact de chaque engrenage.

L'analyse approfondie de Wright a révélé un engrenage central fixe dans la roue principale du mécanisme, autour duquel d'autres engrenages mobiles pouvaient tourner. Il en conclut que le dispositif a été spécifiquement conçu pour modéliser le mouvement "épicycloïdal", conformément à la notion grecque antique selon laquelle les corps célestes se déplacent selon des schémas circulaires appelés épicycles.


Le dispositif était suffisamment bien conçu pour reproduire assez fidèlement le mouvement du Soleil et de la Lune, ainsi que des planètes Mercure et Vénus. Mars, Jupiter et Saturne, qui étaient également connues dans l'Antiquité ne sont pas concernées. Wright a émis l'hypothèse qu'il y avait peut-être une couche supérieure au mécanisme, avec des engrenages supplémentaires pour modéliser les planètes manquantes. Il a également émis l'hypothèse que le cadran inférieur arrière aurait pu être utilisé pour prédire les éclipses.

L’ancien conservateur de l'ingénierie mécanique au musée des sciences a finalement construit une reproduction du mécanisme d'Anticythère, en empilant les engrenages comme les couches d'un sandwich. En tournant un bouton sur le côté, on pouvait faire avancer et reculer les différents corps célestes pour déterminer leur position à n'importe quelle date.

L’article s'appuie sur les travaux de Wright dans le cadre du projet de recherche en cours sur le mécanisme d'Anticythère, il a entrepris une imagerie radiographique 3D plus avancée avec l'aide de X-Tek Systems au Royaume-Uni et de Hewlett-Packard (HP), entre autres. Rappelons qu’en 2005, HP a construit un dispositif d'imagerie de surface en 3D, le PTM Dome, qui entoure l'objet à examiner. Un facteur essentiel étant la fragilité du mécanisme d'Antikythera, la contribution de X-Tek a été un tomographe informatisé de 12 tonnes. Celui-ci a été utilisé pour examiner les fragments originaux, ainsi que des pièces supplémentaires découvertes en octobre 2005.

Le mécanisme d'Anticythère reste cependant entouré de nombreux mystères, notamment celui de savoir si cette dernière version a réellement pu être construite à l'aide des techniques de fabrication antiques.

Source : Nature

Et vous ?

Posté par Luc Fricot à 19:38 - Permalien [#]

16 mars 2021

Robert Tombs : «Il n’y a jamais eu de système aussi démocratique que la Commune»

 

Paris, une histoire populairedossier

Xavier Vigna : «L'effacement de l’histoire ouvrière reproduit un mépris de classe»

A l’occasion de la diffusion sur Arte de la série documentaire «le Temps des ouvriers», l’historien Xavier Vigna revient sur le peu de place accordée dans les médias à l’histoire populaire.
Opinions21 avr. 2020

«Le Temps des ouvriers», usine à grèves

Opinions20 avr. 2020

Pendant un siècle, la raffinerie Lebaudy cassait du sucre à La Villette

Opinions12 oct. 2019
L’historien britannique, professeur émérite au St John’s College de l’université de Cambridge, est l’un des plus grands spécialistes de l’insurrection de 1871. Il explique à «Libération» les dessous d’une aventure politique sans équivalent, et n’hésite pas à briser des légendes solidement ancrées.

par Gabriel Pornet

publié le 15 mars 2021 à 18h00

Auteur notamment d’une thèse sur l’armée versaillaise (1) et d’un ouvrage très remarqué, traduit en français et mis à jour en 2014 sous le titre Paris, bivouac des révolutions (2), Robert Tombs est souvent considéré, avec Jacques Rougerie, comme l’un des deux meilleurs historiens de la Commune. Le chercheur a remis en cause un certain nombre de mythes associés à l’événement, provoquant parfois la polémique, comme lorsqu’il a revu à la baisse le bilan de la Semaine sanglante (3). Il revient pour Libération sur différents aspects de la révolte parisienne.

Peut-on, en quelques mots, décrire la nature de la Commune de 1871 ? C’est une révolution ?

C’est la grande question. Disons qu’il s’agit d’une insurrection spontanée, inattendue. Comme l’a dit Jacques Rougerie, on peut l’interpréter comme le «crépuscule» d’une tradition révolutionnaire parisienne, beaucoup plus que comme une «aube». Cette tradition remonte évidemment à 1789, mais revient notamment pendant les années 1830, ou lors des journées de juin 1848. Avec la fin de la Commune, c’est aussi la fin d’une pratique révolutionnaire organisée, en un sens, autour de la barricade. Il y a également la vision marxiste, décrivant l’événement comme le prototype d’un nouveau genre de révolution et d’Etat révolutionnaire. Marx, Engels et Lénine ont beaucoup contribué à élaborer cette idée et le Parti communiste a, pendant longtemps, fait sienne cette interprétation. Donc il y a ces deux visions et d’une certaine manière, on peut dire que les deux détiennent une part de vérité : si la Commune marque effectivement la fin d’un type d’insurrection «sans culotte», il faut aussi considérer qu’elle a pu inspirer de nouvelles générations. Cependant, jamais une nouvelle insurrection parisienne de ce type n’a été à nouveau tentée. Avec la mort de la Commune, c’est aussi la naissance d’un «socialisme légal». La tradition de la barricade est remplacée par la gauche parlementaire.

La Commune est, encore aujourd’hui, revendiquée par la gauche, même modérée.

Oui, elle est restée une source d’inspiration très forte. Par ailleurs, comme elle n’a pas duré, et je ne crois pas être cynique sur ce point, il n’y a jamais eu le moment de la désillusion. La plupart des révolutions, après tout, finissent par décevoir leurs partisans.

Il y a l’idée, dans une partie du monde politique, que Thiers a sauvé la République.

On ne sait pas ce que serait devenue la République : il est plausible de penser que si la Commune avait gagné, si l’armée versaillaise avait été battue aux portes de Paris, si l’Assemblée nationale s’était dispersée, alors on aurait peut-être eu une restauration monarchique. Donc on peut considérer qu’en ce sens-là, Thiers a «sauvé la République». C’est un gouvernement républicain qui a restauré l’ordre, et il a pu dire au reste de la population, en province : «Vous voyez, la République ne risque rien, je suis le sauveur, je vais faire partir les Allemands, et si la Commune avait gagné, ça aurait été le chaos.»

Mais la Troisième République n’était pas du tout la même que celle voulue par les communards…

Absolument. C’est intéressant de voir que la Troisième République, qui a longtemps été vilipendée par les communistes comme étant un régime bourgeois, est devenue pour beaucoup le grand moment de la République. Je pense que lorsqu’on dit «les valeurs de la République» aujourd’hui, il s’agit surtout des valeurs de la Troisième. C’est évidemment quelque chose de difficile à accepter. La Commune, elle, voulait un gouvernement beaucoup plus démocratique, par la base, dans lequel les citoyens eux-mêmes seraient chargés de l’administration. On peut supposer que ça n’aurait pas duré longtemps, mais c’était leur idéal. Il n’y a jamais eu de système aussi démocratique. La Commune était peut-être unique, elle a repoussé les limites de ce qui était possible.

Au sein de la Commune, il y avait des divisions.

Oui, les communards avaient toutes sortes d’idées et pourtant, ils ont réussi à gouverner la ville. On parle souvent du «chaos» de la Commune, mais ils ont résisté et la vie a pu continuer assez normalement. Il y avait des socialistes, souvent membres de l’Internationale, plutôt proudhoniens, encourageant l’idée de coopération ouvrière ; une tendance néo-jacobine avec des idées plus «politiques» que «sociales» ; et puis le petit groupe des insurrectionnels blanquistes. Ces derniers avaient pris notamment le pouvoir dans la police et constituaient la tendance la plus radicale, certainement la plus violente.

Vous avez démonté un certain nombre d’idées reçues. Avez-vous un exemple de mythe encore vivace ?

Il me semble que l’idée de la Commune comme une sorte de mouvement féministe ne tient pas la route. Personne n’a donné le droit de vote aux femmes. Elles ont joué un rôle important, mais c’était déjà le cas en 1848 et même en 1789. La Commune n’a pas été quelque chose de très nouveau pour les droits des femmes.

Leur présence n’a pas été plus importante sur les barricades, comparé aux révolutions précédentes ?

Il y a une difficulté ici. A l’époque, ce sont les versaillais qui ont voulu faire croire que les femmes s’étaient battues sur les barricades. Le signe, pour eux, que la Commune était quelque chose d’atroce : «Les femmes se battent, qu’est-ce qui pourrait exister de plus extrême ?» J’ai essayé de regarder d’assez près les archives, et il existe peu de preuves du fait qu’elles se soient battues en masse. Elles étaient présentes, c’est sûr, mais la plupart étaient des infirmières, des cantinières, etc., qui remplissaient des rôles assez traditionnels. Donc il me semble que ce côté-là est un peu exagéré.

Les hommes communards n’étaient pas féministes ?

La gauche en général n’était pas féministe. On pensait que les femmes étaient plutôt à droite, qu’elles étaient catholiques, qu’elles voteraient pour les royalistes.

Quel a été le rôle du patriotisme ?

La défense de la France révolutionnaire et républicaine était absolument centrale pendant la guerre de 1870-1871 et pendant la Commune, ainsi que la défense de Paris comme foyer de la Révolution et avant-garde de la République. Etre patriote voulait dire qu’on était prêt à se battre contre les Allemands, puis contre les royalistes de Versailles. On aimait s’habiller en uniforme, porter les ­armes. Il y avait une sorte de militarisme populaire au sein de la garde nationale.

Qu’est-ce que la garde nationale ? Etait-elle aussi formée militairement que l’armée versaillaise ?

C’était une milice composée de citoyens armés. Elle qui avait été, sous l’empire et la monarchie de Juillet, une sorte de police bourgeoise chargée de maintenir l’ordre, est devenue une immense armée populaire pendant la guerre contre les Allemands. Beaucoup avaient fait leur service militaire et étaient formés au combat. A l’inverse, une grande partie de l’armée de Versailles était composée de jeunes conscrits, qui n’avaient pas beaucoup d’expérience militaire, parfois même aucune. Donc les troupes versaillaises ne constituaient pas forcément une «armée de métier» et la garde nationale celle «des civils». Cette dernière était un pilier très important de la révolution.

Vous avez revu à la baisse le nombre de communards tués pendant la Semaine sanglante (3). Comment interpréter ce nouveau bilan ?

Il ne faut pas oublier qu’il s’agit de toute façon de la plus grande tuerie du XIXe siècle. J’ai longtemps hésité à faire cette recherche, parce que je savais que ça allait être un peu controversé. En fait, j’ai travaillé d’abord sur les versaillais, en essayant de comprendre ce qu’ils avaient fait ; pourquoi et comment ils l’avaient fait. Les histoires décrivant la ville jonchée de cadavres ne reflétaient pas exactement ce que je trouvais dans les documents. Ça n’a pas été une sorte de «massacre sans discrimination». Les versaillais ont cherché les gens qu’ils considéraient comme les plus coupables : les étrangers, les chefs, les officiers de la garde nationale…

Il s’agit donc d’une répression plus ciblée et plus organisée ?

Exactement, et considérée comme légale. Il y a eu évidemment des massacres dans les rues, des gens pris les armes à la main et fusillés, mais on ne disait pas «on va tuer tous les communards», ce n’était pas du tout ça. Des prisonniers passaient devant des tribunaux, car il fallait découvrir qui étaient les meneurs.

Certains contestent votre comptage.

Vous savez, les recherches historiques sont toujours prêtes à être corrigées. Ce qu’on disait sur la Semaine sanglante était basé presque entièrement sur des écrits de l’époque, souvent de gens qui n’étaient même pas à Paris et qui parlaient de 50 000 fusillés, etc. J’ai donc essayé d’y voir un peu plus clair en regardant dans les archives. Si quelqu’un a trouvé d’autres preuves ou un argument pour réviser à la hausse le chiffre des tués, ce n’est pas quelque chose qui me froisserait. Je serais très intéressé.

Vous dites que la violence des communards était rare et brève (2) ?

Oui. La plupart des élus de la Commune étaient des démocrates qui croyaient en la liberté, qui n’aimaient pas les arrestations arbitraires, la censure (les blanquistes, eux, avaient des idées beaucoup plus dictatoriales). Ils ont utilisé très peu de violence, que ce soit contre leurs ennemis ou contre leurs partisans. Ce doit d’ailleurs être une des seules armées de l’histoire qui n’ait jamais utilisé la force contre ses propres hommes. A la fin, c’est vrai, lorsque la Commune était sur le point d’être détruite, qu’on savait que des communards étaient fusillés en grand nombre, qu’il n’y avait plus d’autorité dans Paris, il y a eu des actes de vengeance sur les otages : des dizaines… à comparer avec les milliers de personnes exécutées sur ordre par les versaillais. C’étaient des actes de désespoir, jamais validés par la Commune ou par les commandants de la garde nationale.

A quelle époque l’étude de la Commune s’est-elle libérée du militantisme ?

C’est clair : ce sont les travaux de Jacques Rougerie dans les années 60 et 70, à l’époque extrêmement controversés, qui ont changé les choses. Il est allé contre l’orthodoxie du Parti communiste et est le premier à avoir travaillé avec les archives. C’est lui qui a révolutionné l’histoire de la Commune.

Votre nationalité a-t-elle joué un rôle dans votre vision de l’événement ? C’est tout de même significatif qu’un livre de référence sur la Commune ait été écrit par un Britannique.

(Rires). Etre étranger fait qu’on est souvent vu comme neutre, on est moins soupçonné d’avoir des intentions politiques ou idéologiques. Donc j’ai bénéficié, je pense, de cette indulgence de la part de mes collègues français, qui ont considéré mon travail comme étant sans parti pris, ce qui j’espère est le cas. Evidemment, ce n’est pas «mon histoire», ce n’est pas l’histoire de mon pays. J’ai pu avoir beaucoup de sympathie pour les communards, j’ai une certaine affection pour pas mal d’entre eux, qui me semblent être des gens honnêtes ayant essayé de faire de leur mieux dans une situation atrocement difficile. Et je ne dirais pas que j’ai eu de la sympathie pour les versaillais, mais je comprends aussi comment ils ont vu la chose. C’est quand on vient de l’extérieur qu’on peut, dans un sens, avoir de l’«empathie» pour des positions très différentes. J’ai essayé de comprendre pourquoi les versaillais avaient tant détesté la Commune, et pourquoi les communards avaient fait cette révolution.

Récemment, vous vous êtes positionné en faveur du Brexit. Est-ce que vos collègues vous l’ont reproché ?

Certains oui. C’est un peu comme la Commune en France dans les années 70, c’est une question qui provoque des émotions.

Est-ce que cette prise de position a un lien avec votre vision de l’histoire ? Avec la Commune ?

Quand on est historien, on ne peut pas faire autrement, on est toujours obligé de regarder les causes, la longue durée… Je ne sais pas si les communards auraient aimé l’Union européenne (rires). Est-ce que ma sympathie pour eux m’a amené à avoir des soupçons vis-à-vis de cette grande structure bureaucratique… ? C’est possible.

(1) La Guerre contre Paris, Aubier, 1997 (1e éd. The War Against Paris 1871, CUP, 1981).
(2) Paris, bivouac des révolutions, Libertalia, 2014 (1e éd. The Paris Commune 1871, Longman, 1999).
(3) How Bloody Was La Semaine sanglante of 1871 ? A Revision, dans The Historical Journal, 2012. Il estime le nombre des tués entre 5700 et 7400 morts. Certains chercheurs ont contesté ses résultats, mais «il n’existe toutefois pas de contre-expertise documentée qui propose une nouvelle révision à la hausse», explique l’historien Quentin Deluermoz dans le dernier «Maitron», paru en février 2021. Dans un livre sorti le 4 mars (la Semaine sanglante, Libertalia), l’autrice Michèle Audin conclut à un bilan supérieur à 10 000 morts.

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11 mars 2021

Quelle mouche a piqué les soignants ?

Lettre aux médecins et infirmiers qui traînent à se faire vacciner, en une impossible tentative d'expliquer leurs réticences.

par Luc Le Vaillant (publié dans Libération le 8 mars 2021 à 22h27)

Cher soignant,

Je n'en reviens pas. Il paraît que tu répugnes à te faire vacciner. Tu hésites, tu tergiverses, tu remets à plus tard. Tu es médecin, infirmier, aide-soignant. Tu croises ces malades intubés qui encombrent les salles de réa, ces résidents d'Ehpad à la fragilité vertigineuse, ces bien portants qui se retrouvent cisaillés du jour au lendemain. Tu montes au front depuis une année et tu es très au fait de la situation dégradée dont les plus bruyants de tes collègues se font l'écho avec force tambourinades excédées. Tu te prends chaque jour en pleine face les dommages irréversibles causés par cette pandémie. Mais il semblerait que tu fasses ta mijaurée.

Les bras m'en tombent. La grande majorité de tes concitoyens se damnerait pour une des doses que tu laisses dormir dans les frigos des armoires à pharmacie. Et toi qui es censé savoir que la vaccination est la seule solution pour retrouver une vie normale et faire retomber la surcharge sanitaire, tu fais la moue, tu tortilles, tu procrastines. Cette défausse m'afflige tant que j'ai essayé de trouver quelques bonnes raisons à cette abstention débilitante.
Sentiment d'invulnérabilité ?

La fréquentation de la maladie et de la mort te donne peut-être un sentiment d'invulnérabilité. A braver la fatalité, tu te sens épargné à jamais. Au quotidien, tu remontes des enfers en Orphée sanguinolent et exalté, certain de ne jamais te retourner sur l'amour sauvé, assuré de préserver l'existence de ta patientèle sous le charme. Il y a chez toi une assurance de pare-feu antivirus, un cœur de bronze qui jamais ne se brise, une immunité gagnée après aspersion au Kärcher par tous les microbes de la Terre. Tu serais mithridatisé à force de gober des pilules empoisonnées au petit déjeuner et ton talon d'Achille serait ressemelé automatiquement. L'ennui, c'est que si ta jeunesse et ta bonne nature te font passer entre les gouttes, tu sais pertinemment que tu peux colporter cette mauvaise came qui mettra sur le flanc les plus faibles. Tu me feras valoir qu'on n'est pas certain qu'un vacciné ne soit pas porteur sain. Je te rétorquerai qu'un infecté qui s'ignore a plus de risques de plomber la compagnie.
Réticence surinformée ?

Le plus délicat à imaginer serait que ta réticence à te faire poinçonner le biceps vienne d'une surinformation biaisée qui déboucherait sur un scepticisme aux aguets. Vu la difficulté à élucider les stratégies du Covid-19, qui est à la fois Machiavel et baron de Münchhausen, je me garderai bien de te traiter de suppôt du complotisme. Je conçois que tu regardes la variation AstraZeneca avec suspicion, tant ce candidat malheureux a vu sa campagne de promotion entachée d'incertitudes. Comme tout le monde, tu préfères t'éviter tout effet secondaire, réel ou fantasmé. Mais si le savoir n'est pas encore stabilisé, les grandes lignes sont tracées. Cela devient assez ahurissant de nier l'évidence. Je vois mal comment tu peux trafiquer à ta guise la devise médicale et te raconter que d'abord il ne faut pas nuire... à soi-même. La médecine qui est un art tout d'exécution avant d'être une science, est souvent une urgence humaine et toujours un soin à prodiguer.
Refus d'exemplarité ?

Il est envisageable que cela te chagrine d'être porté aux nues. Je peux comprendre que ces applaudissements du printemps dernier, qui résonnaient dans les cours d'immeuble et roulaient leurs tourbillons d'admiration en fleuves d'empathie, aient fini par te fatiguer. Il est possible que tu estimes ne pas les mériter, pas plus que tu ne supportes l'exigence d'exemplarité qui va avec. Tu ne te vois ni en sauveur de la nation ni en héros de la patrie. Tu ne la joues pas rebouteux appelé au chevet du pouvoir ou de la littérature, comme Clemenceau, Allende, Che Guevara, Tchekhov ou Céline. Tu voudrais juste pouvoir faire ton boulot tranquillement et être considéré comme un type banal, avec son courage en peau de lapin et ses limites très humaines. Certains de tes collègues se régalent à élaborer des tutos détaillant les gestes barrières, afin de débarbouiller la supposée ignorance crasse des populations à l'hygiène maussade. D'autres hantent les plateaux télé et font la leçon au bas peuple, Cassandres avides que le drame perdure, et leur récente notoriété avec. Tu t'épargnes volontiers cette pédagogie pour les nuls et ce mépris de sachant.

Grand bien nous fasse, mais difficile de te tenir sur la réserve plus longtemps. Entre Zorro et zéro, il y a de la marge. Le moment est venu d'accepter ce que tu prescris aux autres. Pour éviter d'en passer par une obligation légale, il te faut remonter la manche et accepter la piqûre. Ou comme Véran, ton ministre, tomber la chemise cintrée, au risque de dévoiler ton téton sous le corsage dégrafé.

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13 février 2021

Sophie Wahnich: «Exercer son aptitude à l’utopie est une nécessité absolue quand l’avenir paraît avoir disparu»


Sophie Wahnich «Exercer son aptitude à l’utopie est une nécessité absolue quand l’avenir paraît avoir disparu» Comment nous projeter dans l’avenir et imaginer un monde meilleur alors que la crise sanitaire nous donne l’impression de faire du sur-place ? Pour l’historienne, spécialiste de la Révolution française, la pensée utopique constitue une source d’émancipation plus que jamais nécessaire. Même si elle se heurte au réel.

Quand elle était en sixième, sa professeure de français demandait à ses élèves d’imaginer des mondes utopiques. L’historienne de la Révolution française Sophie Wahnich n’a finalement jamais interrompu cet exercice, que ce soit dans sa vie de citoyenne engagée, ou en scrutant les archives et les imaginaires sociaux de son époque de prédilection. Que deviennent les utopies aujourd’hui quand chacun éprouve la désolante impossibilité de se projeter, qui d’ordinaire est le propre de la dépression ? L’impression généralisée de vivre une journée sans fin anéantit-elle notre capacité à concevoir des organisations sociales aussi inédites qu’impérieuses ? Contre toute attente, Sophie Wahnich, directrice de recherche au CNRS, autrice notamment de la Révolution n’est pas un mythe, et longtemps chroniqueuse dans ces pages, dissocie l’aptitude à inventer des utopies, qui lui semble le propre de l’humain, de la possibilité du futur. Selon elle, s’il y a des périodes plus propices que d’autres à leur floraison, les utopies, leur dur désir de durer, et la faculté d’en imaginer de nouvelles, persistent même et surtout dans les moments qui paraissent le plus sans issue.

En quoi l’impossibilité actuelle de se projeter met à mal la construction d’utopies ?

L’utopie n’est pas forcément une projection dans le temps. Elle est une construction imaginaire qui se développe avec le plus de nécessité dans les périodes les plus entravées. Elle naît d’ailleurs avec Thomas More, qui écrit Utopia en 1516 en pleine Renaissance, période où l’essor du capitalisme met à mal certaines vies communautaires et lors de laquelle l’affirmation d’un nouvel art de gouverner est perçue comme tyrannique. Il ne me paraît donc pas contradictoire de soigner la dimension utopique de l’humain, dans les époques particulièrement sombres, despotiques, où, effectivement, on a le sentiment qu’on ne peut que se retirer dans ce «hors lieu» qu’est étymologiquement l’utopie. Produire ce lieu imaginaire permet de continuer à penser. Exercer son aptitude à l’utopie est une nécessité absolue quand l’avenir paraît avoir disparu. Sinon, effectivement, la mort est au rendez-vous : la mort sociale et la mort individuelle et psychique.

Mais la solitude obligée et l’absence de réunion collective ne compliquent-elles pas la construction d’utopies dans la période immédiate ?

Aujourd’hui, des petits groupes s’organisent pour fabriquer des utopies concrètes, dans de petits lieux, où ils expérimentent ce qu’ils estiment être bon pour eux et pour la société. L’utopie prend forme, mais dans une certaine fragilité, sans régime hégémonique, sans attendre d’avoir toutes les conditions idéales pour pouvoir tenter l’expérience. C’était le cas hier aussi. Je pense à Saint-Just et à ses fragments d’institution républicaine, qui écrit depuis l’expérience des impasses révolutionnaires, l’épreuve des vicissitudes de la Terreur, pour mettre en œuvre un art de faire société fondée sur des affects sociaux, l’amitié, la fraternité et l’hospitalité. Dans ce texte utopique, chacun déclare chaque année qui sont ses amis, et ceux qui ne le sont plus, on prend soin de ne pas censurer les femmes, de sanctionner ceux qui les battent ou les trahissent, on veille sur les enfants des amis, on libère les esclaves africains dans les colonies et on s’assemble pour délibérer.

Pourriez-vous donner des exemples d’utopies concrètes dont on a oublié qu’elles l’étaient avant de se généraliser ?

L’abolition de l’esclavage, le vote des femmes, l’absence de roi, autant d’utopies du XVIIIe siècle qui se sont réalisées. Il faut imaginer en 1789, combien paraît abracadabrante l’idée qu’il y ait des règles de droit que tout le monde devra respecter même les aristocrates ! L’idée d’un gouvernement populaire est évidemment considérée comme une utopie dangereuse. Plus tard, lorsque le suffrage universel masculin est rétabli en 1848, on considère qu’il est juste et normal que les femmes en soient exclues. Là encore la demande des femmes au droit de vote paraît utopique donc inconcevable. Or, pendant la Révolution, le suffrage des femmes était une revendication formulée. Il faut se souvenir de la fameuse Déclaration des droits de la femme, rédigée par Olympe de Gouges, où tous les énoncés débutent par «la femme et l’homme sont…». Quant à la fin de l’esclavage, elle commence dans une plantation puis dans plusieurs, puis dans l’île de Saint-Domingue rebaptisée de son nom amérindien, Haïti, à l’indépendance du pays proclamée en 1804, ce qui en fait la première république noire libre du monde. Il y a des allers et retours, mais même aux Etats-Unis, l’abolition entre dans un cadre légal en 1808.

Vous évoquez des mouvements universels. Y a-t-il des utopies plus mineures ?

«L’homme est un animal utopique et pas seulement politique», disait le philosophe Miguel Abensour, qui a écrit trois gros volumes sous ce titre, où il analyse les conditions d’émergences d’utopies qu’on pourrait qualifier de modestes, montre leur lien avec les moments révolutionnaires et comment le totalitarisme assassine leur percée. On peut prendre l’exemple des jardins d’enfants, développés en URSS dans les années 20, qui font écho à l’idée de dette sacrée en 1793 de la société à l’égard des femmes, des enfants, des infirmes et des vieillards. On a aujourd’hui tout à fait oublié que ces systèmes de garde collectifs ont été une utopie féministe et sociale considérée comme aberrante. Longtemps, on a naturalisé le principe que l’enfant devait rester auprès de sa mère jusqu’à l’âge de raison et qu’il ne devait pas en être autrement. Ces jardins d’enfants soviétiques portaient l’idée que la socialisation commençant plus tôt, elle serait plus aisée pour l’enfant et que l’émancipation plus forte des femmes contribuerait à une société plus égalitaire. Ils n’ont pas résisté au stalinisme qui les a liquidés.

Qu’est-ce qui différencie une utopie d’autres types de projet ?

L’enjeu de toute utopie est de démontrer que l’énoncé «ça a toujours été comme ça» est faux. «Ça peut être autrement» est une pensée réformiste. «Ça doit être différent» est une pensée révolutionnaire. Mais «ça pourrait être différent» est une pensée utopiste. Tout d’un coup l’imaginaire est ouvert. Nul besoin de faire exister l’utopie immédiatement, elle peut se transmettre au-delà de votre temps de vie. Ce qui a été lancé, n’est jamais perdu pour l’histoire.

D’où vient l’idée commune que l’utopie porte en elle son propre cauchemar lorsqu’elle prend forme ?

L’utopie est vouée à rencontrer l’impossible. Il y a une butée du réel sur laquelle elle achoppe. Dès lors, soit le mouvement cesse, soit il chute, se relève, réinvente des procédures pour à nouveau trouver une percée émancipatrice. J’appelle cela l’utopie des lignes brisées. Mais l’obstacle ne vient pas de l’utopie elle-même, mais bien de ceux qui la récusent. Si on regarde les révolutions du printemps arabe dont on fête les 10 ans aujourd’hui, on peut conclure qu’elles n’ont pas été à la hauteur des espérances. Mais les révolutionnaires savaient que leur mouvement allait se briser puisqu’ils ont inventé très tôt en Tunisie le Haut Conseil pour la protection des objectifs de la révolution, constitué de toutes sortes de gens qui essayaient de maintenir le cap. Je m’inscris en faux contre la pensée que la négativité serait incluse au sein des révolutions. La position du philosophe Claude Lefort au sujet de la fragilité des révolutions démocratiques qui impliquent que la place du pouvoir reste vide, me semble plus intéressante. En démocratie explique-t-il, du fait qu’on ne peut plus s’en remettre à un protecteur, la situation d’incertitude est anxiogène. C’est l’ensemble du peuple qui a charge de se protéger. Dans la période révolutionnaire française, cela s’appelle le salut public où chacun est responsable devant tous. Le mouvement des gilets jaunes avait une dimension utopique en maintenant le refus raisonné de s’en remettre à une figure tutélaire et même à une organisation. Cependant, dans ces moments de grande inquiétude, certains désirent à nouveau, d’une manière irréfragable, une figure de chef. C’est alors que la démocratie s’effondre dans une fin tragique. Car chacun dans sa fragilité est responsable de la démocratie.

Durant le premier confinement, il y a eu un énorme espoir de changement. On parlait du «monde d’après». Cela s’est fracassé. Y a-t-il eu un moment d’utopie ?

Oui, mais il a été suscité par un malentendu : le «quoi qu’il en coûte» a été entendu comme si on allait enfin faire payer les détenteurs du capital. Emmanuel Macron, depuis sa position de président de la République, a affirmé que le monde d’après serait différent, mais il l’a affirmé au même titre qu’il nous a parlé de «révolution» pendant la campagne présidentielle de 2017. Autour de ce malentendu est apparu «un violent désir de bonheur» pour reprendre le titre d’un beau film de Clément Schneider. Ce désir était latent, tout prêt à surgir, malgré le désespoir indéniable dû à une gestion cruelle de la crise du Covid – je pense à la situation des étudiants maintenus devant un écran, aux lieux culturels fermés. Le refus de penser ce qui nous ferait du bien n’a en soit rien de démocratique. Car l’un des principes démocratiques, c’est justement de retenir la cruauté.

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12 février 2021

Quand une agricultrice écrit à Yann Arthus Bertrand !

http://www.lagri.fr/tribune-quand-une-agricultrice-ecrit-a-yann-arthus-bertrand

Claire juillet est agricultrice en Saône et Loire à l’Earl du Paquier (élevage bovins allaitants, porcs plein air, maraîchage, agriculture biologique). Elle adresse ici un message “nécessaire” au photographe dont le discours à charge contre une certaine agriculture est devenu inacceptable.

Monsieur Arthus Bertrand,
La presse unanime annonce avec enthousiasme la diffusion imminente de votre dernier (?) film “Legacy” qui sera projeté sur M6 dans quelques jours. Avant tout, je tiens à préciser que je conserve précieusement dans ma bibliothèque votre magnifique livre “Bestiaux”, acquis dès sa parution et que je feuillette régulièrement avec le plus grand plaisir, tant les portraits qu’il contient montrent toute l’humanité des éleveurs et le lien particulier qui les unit à “leurs bêtes”.
Au vu de la bande annonce de votre film, bien que je comprenne qu’il s’agit d’une mise en bouche destinée à appâter le spectateur, j’ai d’abord été prise de colère, puis d’indignation. Depuis quand vous sentez-vous pousser des ailes de procureur ? Qui vous permet, apôtre de la décroissance sur le tard, familier des milliardaires, utilisateur compulsif des moyens de locomotion les plus polluants, de donner des leçons au reste de l’humanité ? Certes, personne n’est irréprochable, mais votre commentaire en voix off dans ce petit teaser est un ramassis d’approximations qui viendra, une fois de plus, alimenter l’infime minorité agissante de ceux qui veulent la peau des agriculteurs en général et celle des éleveurs en particulier. Où avez-vous filmé les images terrifiantes de ces concentrations de bovins ? Pas en France, bien sûr, mais le film ne le dit pas. Vous laissez croire que tous les bovins seraient soumis à un régime d’injections chimiques de toutes sortes. Ignorez-vous que c’est interdit chez nous ? Vous semblez trouver scandaleux que la consommation mondiale de viande ait été multipliée par 3 en 40 ans. Avez-vous bien réalisé que, dans le même temps, la population mondiale a doublé et qu’elle se répartit comme suit : 59,5 % en Asie et 17,2 % en Afrique, loin devant l’Europe qui représente moins de 10 % ?
Laissez-moi vous apprendre que dans cette même période la consommation de viande en Chine a été multipliée par 12, celle du Brésil par 2 et que, depuis 2004, l’Inde est devenu le premier producteur mondial de lait. Je vous suggère sur ce point la lecture du rapport de 2006 de la FAO sur l’élevage, dans lequel vous pourrez découvrir que le centre de gravité des activités liées à l’élevage se déplace inéluctablement du Nord vers le Sud depuis 1995. Que vous en soyez désolé n’y change rien : il se trouve que les populations des pays émergents ont aussi envie d’avoir accès à une nourriture autrefois réservée aux “riches” et qu’ils en acquièrent peu à peu les moyens. Au nom de quel principe vous sentez-vous autorisé à leur faire la morale ? Auriez-vous le toupet de proposer que, pour lutter contre le réchauffement climatique, il conviendrait que le Botswana mette fin à une politique agricole qui tend à l’autosuffisance alimentaire de sa population ?

Que n’utilisez-vous votre entregent considérable pour aller faire, pourquoi pas, la leçon à Xi Jinping ou à Bolsonaro ? Il est vrai que c’est un poil plus risqué que de culpabiliser la ménagère de moins de cinquante ans, de cajoler la vegane trentenaire ou de désigner comme tant d’autres avant vous, les agriculteurs comme boucs émissaires.
Venons-en au passage le plus ridicule de votre texte. Vous prétendez qu’un hectare cultivé peut nourrir deux carnivores ! De quels carnivores parlez-vous ? Je crois comprendre que vous faites allusion à l’être humain dans une pirouette sémantique destinée à flatter vos amis animalistes. Car vous ne pouvez pas ignorer que, d’une part, Homo Sapiens est omnivore (sinon il ne pourrait pas choisir de devenir végétarien) et, d’autre part, qu’on ne verra pas de si tôt vos chers lions brouter la savane. Au passage, vos deux carnivores ont un solide appétit car un hectare, c’est à peu près ce qu’il faut sous nos climats pour élever un bovin. Dans mon entourage, je ne connais personne d’assez affamé pour avaler la moitié d’un bœuf (soit 200 kg) par an.
Vous semblez par ailleurs réellement croire que le même hectare pourrait nourrir 50 végétariens. Ah bon ? C’est dommage, mais votre optimisme vous égare ou alors vous n’avez pas beaucoup pratiqué l’agriculture. 50 végétariens, c’est peut-être possible dans le cadre d’une agriculture ultra intensive chère aux industriels de la chimie, mais sûrement pas en agriculture biologique que vous prétendez défendre et en respectant les cycles nécessaires à la rotation des cultures. Une hypothèse plus raisonnable n’aboutirait alors qu’à la possibilité de nourrir 4 à 5 personnes sur cette surface. Mais bien sûr, asséner un slogan, ça marque davantage le spectateur qu’une leçon d’agronomie.
Cher Monsieur, il est possible que la bande annonce de votre film ne reflète pas avec exactitude le contenu de celui-ci. Ce ne serait pas la première fois que la pub ne correspondrait pas à la réalité du produit proposé. Mais, voyez-vous, il devient de plus en plus insupportable de recevoir, à longueur de journée et par trop de canaux médiatiques, ces incessantes leçons de morale, surtout lorsqu’elles viennent d’écologistes de salon dont les modes de vie sont aux antipodes de ce qu’ils exigent du citoyen lambda. Et vos récents efforts de soit disant “compensation carbone” visant à annuler l’impact écologique de vos déplacements dans les transports les plus polluants du monde ne sont rien d’autre qu’une version moderne du commerce des indulgences. C’est ce qu’on appelle s’acheter une conscience pour pas cher.

Soyez aimable Monsieur et quittez ce costume paternaliste passé de mode qui fleure la naphtaline néocoloniale. Nous sommes fatigués des discours de cette génération qui, après avoir profité sans réserve des Trente glorieuses, s’autorise à vouloir imposer à tous une prétendue sagesse acquise bien tardivement. Vous nous assurez que vous avez un cœur. À la bonne heure.
À l’avenir, servez-vous aussi de votre cerveau pour éviter de raconter n’importe quoi. Vos images sont plus éloquentes que vous. Vous feriez bien de vous en contenter ou d’employer vos talents et votre influence à mettre un terme à la dérégulation sauvage des échanges commerciaux qui est la véritable responsable du saccage de notre belle planète.

Claire Juillet

Posté par Luc Fricot à 15:57 - Permalien [#]