La Vache En Liberté

03 juin 2022

Calcul à la main d'une Racine, méthode Héron...

Méthode de calcul à la main (à l'ancienne)
Calculer la racine carrée n'est pas plus compliqué qu'effectuer une division.
C'est tout aussi fastidieux. Mais ce fut le seul moyen avant l'arrivée des calclatrices.


 
Méthode par dichotomie
 Cette méthode est générale à beaucoup de calcul. Il s'agit de cerner la valeur recherchée en encadrant la réponse de plus en plus finement.
Méthode qui est pratique lorsqu'on dispose d'une calculette sans la fonction racine carrée.

Formule pour approcher une racine carrée.




Algorithme de Babylone ou Algorithme de Héron

Trouver la racine carrée d'un nombre n'est pas si facile ! Les Anciens (Héron d'Alexandrie – Livre I des Métriques) avaient déjà un truc assez performant, et, qui est encore utilisé=aujourd'hui.

On trouve facilement deux nombres encadrant la racine cherchée. La moyenne de ces deux nombres est une bonne approximation de la racine. Une +meilleure valeur est obtenue en recommençant l'opération…

 

Étape 1

Littéral

exemple

    Soit un nombre A:

A

A = 10
A = 3,16

    Si A est une valeur supérieure à la racine de A.

√A < A

/3,16 < 10

    Considérons la valeur du ratio

A / A

10 / 10 = 1

    La valeur de ce ratio est inférieure à la racine de A

A / A < √A

1 < 3,16

    Bilan

 A/A<√A<A

1 < 3,16 < 10

    Ayant trouvé deux valeurs encadrant la solution, il est tentant d'en prendre la moyenne, en pensant que la nouvelle valeur est une meilleure approximation..

r = 1/2 (A + A/A)

r = 1/2 (10 + 1)
= 5 + 0, 5
= 5, 5

Étape 2

 

 

    Reprenons le procédé avec cette nouvelle racine

r1 = 1/2 (r + N/r)

r1 = 1/2 (5,5 + 10/5,5)
= 2,75 + 0,909
= 3,659

    Etc. Nous allons converger vers la racine

 

 rk = 3,16 …

       


Exemple tableur


Exemple Pascal

Function RacineCarre(n : extended) : extended; {formule de Héron}
const
  precision = 0.00000000000001;
var
  x1, x2 : extended ;
begin
  x2 := n/2;
  repeat
     x1 := x2;
     x2 := x1 - (x1*x1-n)/(2*x1)
  until abs(x1-x2)<=precision
  RacineCarre := x2;
end;
  Et aussi...  Racine cubique

ge

/http://villemin.gerard.free.fr/ThNbDemo/Heron.htmv

Posté par Luc Fricot à 23:43 - - Permalien [#]
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23 mai 2022

Calcul de pi avec polygones et théorème de Pytagore.(Luc Fricot)

Dès le début du collège, j'ai pressenti que toute représentation du cercle révèle ses défauts à a l'agrandissement.
De mème, un cercle est toujours plus court à la corde.
Influencé ou non par Archimède, je considère le cercle comme un polygone infini. un polygone infini.

Je pars d'un carré de diagonale 1 et donc un cercle de diamètre 1.
Le coté du carré est donc racine(1/2) = 0.7071
Le rayon = 0.5
Périmètre du cercle = Pi x 2 x r = Pi
Périmètre du carré = 2.8284

Pour dédoubler les polygones, il faut 
prendre la moitié de la longueur du côté du polygone actuel, puis
porter le rayon du cercle en passant par ce point.

Ici, par exemple, pour le carré de départ, on prend le point M qui est à la moitié du côté AB et on trace un rayon allant du centre O vers le point E (la ligne passe par M et est de la longueur du rayon).
On a donc un triangle AMO dont AM est connu (1/2 AB), AO est le rayon.,
MO se déduit avec la formule de Pythagore AM² + MO² = AO², soit racine(1/2).
ME = EO (=le rayon) – MO.
AE sera déduit par la formule AM² + EM² =AE².

Voir shéma ci-dessous


Ceci permet de faire une fonction récessive qui double le nombre de côtés du polygone et d'affiner la valeur de Pi.

Exemple Excel

 
A3=A2*2
B3=RACINE((0,5*0,5)-(C3*C3))
C3=E2/2
D3=0,5-B3
E3=RACINE((C3*C3)+(D3*D3))
F3=A3*E3

Cette méthode hyper simple ne nécessite que l'utilisation des racines carrées.
N'importe quel élève de 5ème peut réaliser les calculs, même à la main.

Cependant, j'arrive vite à saturation, car si le tableur gère des valeurs infimes telles que "1E-20", en revanche, "1 - 1E-20" est arrondi à 1. l


Exemple en Pascal

procedure TForm1.Calcul_pi(Sender: TObject);
var  SEG,AM,ME,OM,PERI:Extended;
  NB:int64;
  S:string;
const rayon = 0.5;
begin
NB:=4;
  SEG:=power(2,0.5)/2;
  repeat
    nb:= nb+nb;
    am:=seg/2;
    om:=power(( (rayon*rayon)-(am*am) ),0.5);
    me:=rayon-om;
    seg:=power(( (me*me)+(am*am) ),0.5);
  until (nb>Power(10,14)) or (seg=0);
  peri:=seg*nb;
  Edit1.Text:=IntToStr(nb);
  Edit2.Text:=FloatToStrf(peri,ffGeneral,18,0);
end;


Toutefois on ne pourra pas affiner PI, au-delà de 18 chiffres après la virgule, du moins avec Excel 2003. Mais l'essentiel est d'avoir la taille du segment, quitte à faire les calculs à la main. Car le numérique permet l'automatisation  de grands calculs complexes, mais il ne permet pas toujours les opérations de très grands nombres (>15 chiffres), notamment les racines carrées, alors que manuellement il n'y a pas  de limites même

 

 

si fastidieux.

Je ne trouve pas de références à ma méthode (ou similaire), ce qui ne veut pas dire  que les  Babyloniens  par exemple, n'eussent pu l'utiliser sans qu'une trace écrite ne nous soit parvenue.

En fait, PI est très simple à mesurer : si la roue d'un char fait 1 mètre de diagonale, celui-ci parcoure 3 mètres 14 en 1 tour, 314 m 15 en 100 tours, etc.

Mais sa description mathématique est plus ardue mais indispensable pour les calculs astronomiques. La précision de PI dès la 18ème décimale ne peut plus être calculée juste arithmétiquement, mais nécessite des stratégies mathématiques élaborées.

PI est une constante inutile à recalculer, plutôt  à mémoriser:

Quatrain édité en 1898 dans une publication mathématique (longueur des mots)

  • Que j'aime à faire apprendre un nombre utile aux sages
  • Immortel Archimède, artiste ingénieur,
  • Qui de ton jugement peut priser la valeur ?
  • Pour moi, ton problème eut de pareils avantages.

3.14 15 92 65 35 89 79 32 38 46 26 43 38 32 79

-Voir aussi http://villemin.gerard.free.fr/Wwwgvmm/Geometri/PiCalcul.h

Posté par Luc Fricot à 15:59 - - Permalien [#]
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14 avril 2022

Raccourcis clavier de l'application Calculatrice dans Windows 10

 

Cet article détaille les raccourcis clavier pour l'application Calculatrice Windows 10.

Alt + 1 Passer en mode standard
Alt + 2 Passer en mode scientifique
Alt + 3 Passer en mode programmateur
Alt + 4 Passer en mode de calcul de date
Esc Effacer toutes les entrées (sélectionnez C)
Effacer Effacer l'entrée de courant (sélectionnez CE)
Ctrl + H Activer ou désactiver l'historique des calculs
Ctrl + M Stocker en mémoire
Ctrl + P Ajouter à la mémoire
Ctrl + Q Soustraire de la mémoire
Ctrl + R Rappel de mémoire
Ctrl + L Mémoire claire
Ctrl + Maj + D Histoire claire
Flèche vers le haut Monter dans l'historique
Flèche vers le bas Descendre dans l'historique
F9 Sélectionnez ±
R Sélectionnez 1 / X
@ Calculer la racine carrée
% Sélectionnez%
F3 Sélectionnez DEG en mode scientifique
F4 Sélectionnez RAD
F5 Sélectionnez GRAD
Ctrl + G Sélectionnez 10x
Ctrl + O Sélectionnez cosh
Ctrl + S Sélectionnez sinh
Ctrl + T Sélectionnez tanh
Maj + S Sélectionnez sin-1
Maj + O Sélectionnez cos-1
Maj + T Sélectionnez tan-1
Ctrl + Y Sélectionnez y? X
Sélectionnez mod
L Sélectionnez le journal
M Sélectionnez DMS
N Sélectionner dans
Ctrl + N Sélectionnez ex
O Sélectionnez cos
P Sélectionnez Pi
Q Sélectionnez x2
S Sélectionnez le péché
T Sélectionnez le bronzage
V Sélectionnez FE
X Sélectionnez Exp
Y, ^ Sélectionnez xy
# Sélectionnez x3
! Sélectionnez n!
% Sélectionnez le mode
F2 Sélectionnez DWORD en mode de programmation
F3 Sélectionnez MOT
F4 Sélectionnez BYTE
F5 Sélectionnez HEX
F6 Sélectionnez DEC
F7 Sélectionnez OCT
F8 Sélectionnez BIN
F12 Sélectionnez QWORD
UN F Sélectionnez AF
J Sélectionnez RoL
K Sélectionnez RoR
< Sélectionnez Lsh
> Sélectionnez Rsh
% Sélectionnez Mod
| Sélectionnez Ou
^ Sélectionnez Xor
~ Sélectionnez non
Et Sélectionnez et

Posté par Luc Fricot à 12:36 - Permalien [#]

05 mars 2022

James Bridle: «Nous accordons une confiance aveugle aux informations que nous donnent nos appareils électroniques»

L’afflux de données nous donne l’illusion de connaître notre environnement et nous fait croire à des choix éclairés. Dans son essai «Un Nouvel Age de ténèbres», l’artiste, écrivain et éditeur britannique met en garde contre une «pensée computationnelle» qui veut agréger en vain toujours plus d’informations.

Nous nous noyons sous un déluge d’informations auxquelles nous ne sommes plus capables de donner du sens pour comprendre le monde : voilà ce que ça fait, d’avoir essayé de transformer nos cerveaux en ordinateurs. D’après l’artiste, écrivain et éditeur britannique James Bridle, vivre aux côtés des supercalculateurs a profondément changé notre manière de réfléchir. Dans un ouvrage stimulant, riche et souvent drôle, Un Nouvel Age de ténèbres. La technologie et la fin du futur (Allia, 2022), il explore cette nouvelle forme de pensée, la «pensée computationnelle» comme il l’appelle, qui consiste à concevoir le monde comme une série de problèmes que l’on pourrait résoudre si l’on avait à notre disposition les jeux de données nécessaires.

Il met en garde contre deux effets pervers de ce schéma de pensée : d’abord, il oublie le fait que le monde ne peut se réduire à un ensemble de variables qu’il suffirait de calculer pour déterminer ce que sont l’amour, la haine ou la poésie. Ensuite, et surtout, il nous paralyse : puisque nous n’aurons jamais l’ensemble des données d’un problème, nous continuons à attendre une improbable certitude absolue avant de nous décider à agir. Plutôt que la «pensée computationnelle», Bridle appelle à adopter une pensée «nébuleuse», «qui admet l’inconnu et le transforme en une pluie fertile».

D’après vous, «tout est éclairé mais nous ne voyons rien». Il y aurait un problème à pouvoir utiliser une très grande quantité d’informations ?

La croyance selon laquelle davantage d’informations rend le monde plus clair et plus facile à comprendre est fausse. Le monde ne peut pas être réduit à une série de faits et d’éléments informationnels : il est fait de paradoxes, de points de vue divergents, de situations sociales opposées. Pourtant, nous avons construit notre technologie et nos sociétés sur cette idée que nous pourrions le comprendre si seulement nous avions toutes ces informations. Et le plus grave, c’est que nous sommes aujourd’hui dans une forme de déni : nous ne voulons pas admettre que nous n’obtenons pas les résultats escomptés. Alors, nous continuons à essayer de rassembler toujours plus de données, même si, manifestement, cette méthode ne fonctionne pas.

Pourtant, la médecine a fait des progrès, la science aussi, nous comprenons mieux le dérèglement climatique

Notre conception du progrès nous amène à croire que les choses vont toujours devenir plus puissantes, plus utiles et plus bénéfiques. On l’illustre souvent avec la «loi de Moore», qui n’est, en fait, pas une loi physique mais une observation : plus nos capacités technologiques ont progressé, plus nous avons été capables de miniaturiser les composants électroniques. Mais des chercheurs parlent aujourd’hui plutôt de «loi d’Eroom» pour désigner le phénomène inverse : alors que les industries pharmaceutiques ont recours à des puissances de calcul de plus en plus importantes, elles sont devenues de moins en moins capables de découvrir de nouveaux médicaments.

Concrètement, le nombre de nouveaux médicaments approuvés par milliards de dollars dépensés dans la recherche et le développement (R et D) a été divisé par deux tous les neuf ans depuis 1950. De plus en plus, ces entreprises abandonnent les grands processus informatisés pour revenir à des formes de recherches menées par des petits groupes d’êtres humains. Cette observation est utile pour rappeler une chose : il existe plusieurs manières de penser différentes. L’une d’elles est la pensée computationnelle, qui consiste à croire que le monde est réductible à une série de problèmes mathématiques, et donc l’envisage en termes de 1 ou de 0, de noir ou blanc, de vrai ou faux – autant de certitudes qui ne correspondent pas au monde réel, lequel contient des incertitudes. Et, dans bien des situations, cette pensée computationnelle n’est pas la meilleure.

Pourquoi accordons-nous une telle confiance aux ordinateurs ?

Des biais cognitifs nous amènent à considérer les réponses automatisées comme intrinsèquement meilleures que celles qui ne le sont pas. Ce phénomène est aussi appelé «biais d’automatisation» : en somme, cela désigne le fait que nous accordons une confiance aveugle aux informations que nous donnent nos appareils électroniques. Les rangers des parcs américains en sont venus à parler de «mort par GPS» pour désigner les tragédies qui surviennent chaque année lorsque des personnes se fient uniquement aux informations données par le GPS plutôt qu’à ce que voient leurs yeux, et conduisent à travers des déserts, des rivières ou des lacs. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ce n’est pas une série de gens bêtes faisant des trucs bêtes : cela tient dans le fait que notre cerveau aime prendre des raccourcis, aller à l’option la plus simple.

Cet instinct nous pousse alors à accorder une confiance excessive aux systèmes automatisés. Même des pilotes d’avion de chasse, extrêmement entraînés, qui ont volé des milliers d’heures et sont habitués à faire des tâches simultanées, ne sont pas protégés contre ce biais. On a pu l’observer au cours d’expériences qui les plongeaient dans des situations d’urgence. Les pilotes ont correctement suivi toutes les étapes indiquées par la procédure qu’ils ont apprise. Mais si, à un moment donné, un système automatique (l’autopilote de l’avion) leur suggère une action qui va pourtant aggraver la situation, ils vont presque systématiquement effectuer cette action. Ce biais d’automatisation rend notre comportement extrêmement facile à influencer par les machines.

Cette volonté de traiter un grand nombre d’informations est aussi au cœur des programmes de surveillance. Pourtant, vous soulignez que celle-ci est aussi rendue inefficace parce qu’elle capte un trop grand nombre de données. Pourquoi ?

Toutes les études sur la surveillance montrent qu’elle est très peu efficace pour empêcher les crimes et les délits. Plusieurs raisons expliquent cela ; l’une d’elles, c’est qu’elle génère un surplus d’informations que personne n’est en mesure de traiter. En commentant l’attentat du 11 septembre 2001, un responsable français de la lutte antiterroriste a déclaré : «Au moment même où nous sommes submergés par l’envie et l’admiration devant l’étendue et la profondeur de la capacité de renseignements des Américains, nous commençons à nous estimer vraiment chanceux de ne pas avoir à traiter l’impossible masse d’informations qu’elle génère.» Les Etats-Unis étaient confrontés à un problème insoluble : l’information était là, mais au milieu d’une telle masse de données que personne n’était en mesure d’en tirer un enseignement pertinent. Ce problème est le résultat d’une forme computationnelle de surveillance.

Les révélations d’Edward Snowden concernant les pratiques illégales de la NSA aux Etats-Unis n’ont-elles pas permis d’adopter des pratiques de surveillance plus raisonnables, plus ciblées ?

Je me suis longuement demandé quelles conséquences pouvaient avoir ces «révélations» – la plupart de ce que Edward Snowden a mis au jour était, en réalité, déjà bien renseigné plusieurs années auparavant. A mon sens, leur effet principal, c’est que ces pratiques, qui auparavant étaient illégales, sont aujourd’hui conduites de manière complètement légale. Elles n’ont donc pas stoppé la surveillance, mais l’ont fait entrer dans le droit commun.

Autre chose m’a frappé : les lanceurs d’alerte comme Edward Snowden ou WikiLeaks fonctionnent exactement selon la même logique que les agences d’espionnage dont ils dénoncent les pratiques. Ils partagent une même croyance qu’une information est cachée, et qu’il suffirait de la révéler à la lumière pour que tout redevienne normal. C’est la même logique que partagent les associations environnementales, qui sont persuadées qu’il suffirait de générer toujours plus de données sur les perturbations du climat pour faire changer la société.

Cela ne semble pas très bien marcher, à ce stade. Ce qui est la vérité et ce qui est scientifiquement connaissable, ce sont des questions d’épistémologie. Et c’est très différent de la quantité d’informations nécessaire pour agir – qui est le stade que nous aurions dû avoir franchi il y a bien longtemps. C’est encore une fois une manifestation de la pensée computationnelle, qui nous fait penser comme des machines et vouloir connaître l’ensemble des informations d’un problème avant d’agir.

Ce qui signifie qu’il faudrait accepter plus d’incertitudes, à l’égard du monde comme à l’égard de la technologie ?

Il s’agit de reconnaître que notre compréhension du monde est toujours limitée, qu’il faut donc introduire des nuances dans les certitudes que l’on proclame. Cela change notre relation les uns aux autres, notre modèle politique mais aussi notre relation au monde. Parce que dans ce cas, on arrête de voir le monde comme une série de «problèmes» que l’on pourrait «résoudre», et on commence à l’envisager comme des situations que l’on pourrait essayer d’améliorer.

Un élément de la technologie que l’on peine à comprendre est le «cloud». Vous soulignez que cette métaphore peut être trompeuse… Mais aussi qu’elle est féconde.

Je déteste en même temps que j’adore ce terme. Le réseau informatique est appelé «nuage» parce que ainsi, vous n’avez pas besoin de réfléchir à ce qu’il est vraiment : cela sous-entend qu’il est le problème de quelqu’un d’autre. Or croire que l’infrastructure la plus essentielle dans la vie quotidienne de la plupart d’entre nous serait quelque chose dont nous n’avons pas à nous soucier me semble extrêmement dangereux. Elle ne fait que masquer le pouvoir de ce réseau, sa réalité environnementale, sociale, économique, et le fait qu’il ne s’agit pas d’un nuage mais d’usines d’ordinateurs qui pompent de l’électricité.

D’un autre côté, il y a quelque chose d’incroyablement beau dans le fait que nous avons choisi d’appeler, de manière inconsciente, l’entité la plus puissante de nos vies quotidiennes d’après les nuages, qui sont nébuleux et inconnaissables. C’est un bon rappel que malgré toutes nos idées sur l’efficacité et l’infaillibilité des ordinateurs, ils sont aussi un peu comme les conditions météorologiques : ils vont et viennent, font des choses que l’on ne comprend pas, et on ne peut pas tout prévoir de leur fonctionnement.

Un Nouvel Age de ténèbres. La technologie et la fin du futur, de James Bridle, aux éditions Allia, 320pp., 20€.

Posté par Luc Fricot à 11:12 - Permalien [#]

26 janvier 2022

Design: «On est tous capables de fabriquer des choses et de les réparer»

 

Designer lui-même, David Enon propose dans un manifeste de s’interroger sur la nécessité de produire des objets. Il invite chacun à réinvestir son environnement matériel, prend la défense des matériaux dits pauvres et en appelle au bon sens.

par Florian Bardou

publié le 25 janvier 2022 à 23h11

David Enon a une conception assez do-it-yourself du design. Du genre à réaliser des objets à partir de matériaux «pauvres»,modestes ou de récupération. L’un des projets passés du designer consistait ainsi à se fabriquer un siège trépied, d’un seul tenant, à partir d’un tronc trouvé dans une forêt de frênes malades. Autre exploration faite à la Réunion : fabriquerdu mobilier très simple grâce à l’accrétion minérale dans l’océan. A l’intérieur de structures métalliques immergées, un faible courant électrique permet de favoriser un dépôt minéral que viennent coloniser les organismes vivants. Ce procédé, écolo, participe alors à restaurer les récifs coralliens en danger puisque ces animaux se greffent facilement sur ce «ciment marin».

Car ce que cherche le designer David Enon, c’est «la pertinence plutôt que l’effet». Une «éthique» dont l’enseignant à l’Ecole supérieure d’art et de design Talm-Angers défend les contours dans la Vie matérielle : mode d’emploi, qui vient de paraître (1). «Ce n’est pas vraiment un essai, pas vraiment un guide pratique», précise son éditrice Amélie Petit. Un manifeste ? A partir de «cas pratiques» (construire une assise en carton récupéré par exemple), David Enon aspire en tout cas à ce que ses lecteurs, qui sont aussi des consommateurs souvent ignorants des procédés de fabrication des objets, reprennent en main leur vie matérielle. Du moins qu’ils y ­réfléchissent en les bricolant. Explications.

Pourquoi publier un mode d’emploi sur«la vie matérielle» ?

Mon travail consiste à dessiner des formes qui vont venir constituer notre environnement matériel. Je suis frappé par le fait que bon nombre de gens se sentent désarmés dès qu’il s’agit de construire, monter, accrocher ou réparer quelque chose. Nous avons perdu l’habitude de participer à la mise en forme de notre espace domestique. Il est souvent plus simple de faire comme si la vie matérielle n’existait pas, de l’ignorer purement et simplement. Si l’école nous enseigne énormément des savoirs fondamentaux (la parole et l’écrit, l’histoire et la géographie, les mathématiques, la physique et la chimie, etc.), peu de choses apprises sont en prise directe avec notre quotidien. Je plaide pour que la culture matérielle soit reconnue comme une vraie partie, noble, de la culture générale pour répondre à des questions simples : qu’est-ce qui détermine les formes des objets, des bâtiments, des villes ? Le titre de mon livre est bien sûr aussi un clin d’œil amusé à la Vie matérielle de Duras, qui est un contrepoint absolu à la vie matérielle, ainsi qu’à la Vie mode d’emploi de Perec, qui n’a pas grand-chose à voir avec un quelconque mode d’emploi.

Nous aurions perdu notre rapport aux objets et à leur fabrication ?

La mécanisation et l’automatisation ont apporté énormément de progrès et de confort à tous. L’industrie s’est prise à son propre jeu. On s’est mis à produire pour produire en oubliant, parfois, la raison même de la production. Cela nous a apporté le tout-jetable ou l’obsolescence programmée que les designers n’ont pas complètement réussi à contrecarrer. Aujourd’hui encore, il reste compliqué de réparer la plupart des objets, et c’est rarement avantageux économiquement parlant. Par ailleurs, un objet «mal fait», bricolé et réparé reste encore socialement perçu comme négatif.

Par les designers eux-mêmes ?

A mes yeux, le rôle du designer est aussi de travailler à éviter l’ajout d’un objet supplémentaire au monde, d’avancer les arguments pour ne pas produire ou pour produire autrement, c’est-à-dire un objet juste, selon des critères d’efficacité qui dépassent les logiques de profits à court terme et qui participent davantage du bien commun. Mais convaincre de ne pas produire un objet, tout aussi dispensable qu’il soit, va souvent à l’encontre des objectifs de l’entreprise : ça peut être un vrai dilemme.

Est-ce parce que les matériaux sont de plus en plus complexes ?

Ils ne sont pas forcément plus complexes. En fait, ce ne sont que de nouveaux agencements de la matière. Si on colle un bout de mousse sur un bout de tôle, d’un seul coup, elle ne va plus sonner. Certains concepteurs d’objets sont en train de revenir à cette forme d’empirisme et de simplicité dans l’articulation entre matériaux, qui consiste à les prendre pour ce qu’ils sont sans chercher l’illumination dans une prétendue innovation. Dans le design, comme dans la conception d’objets, on a tendance à traquer ce qu’on pense être des «matériaux écologiques», alors que les matériaux écologiques, ça n’existe pas : c’est leur usage qui est écologique ou non… Plus que les matériaux, je dirais que c’est notre milieu que nous avons terriblement complexifié. La Terre est une mine dont nous extrayons toujours plus de substances, substances que nous modifions sans cesse. Nos productions artificielles et nos déchets reconfigurent sans cesse les panels de ressources finies disponibles.

Les matières innovantes ne sont pas si nombreuses…

En effet, en un sens, depuis la classification périodique des éléments établie par Mendeleïev [le tableau qui répertorie tous les éléments chimiques selon leur numéro atomique et leurs propriétés, ndlr] en 1869, on n’a découvert que peu de choses. On a diversifié et précisé des manières d’agencer la matière. Si les recettes semblent se complexifier, finalement les ingrédients restent les mêmes. L’appellation «nouveau matériau» tient plus du marketing que de la révolution…

L’avenir est-il dans la combinaison des matériaux ou leur simplification ?

Ni l’un ni l’autre. Il ne faut pas être trop manichéen. Cela dépend de la situation. On peut aussi bien empiler trois pierres pour faire un siège – ou même deux carcasses d’ordinateur, en attendant de les recycler, ou séparer les différents éléments qui les composent pour en faire autre chose. Bien entendu, il ne s’agit pas de revenir à l’âge de pierre qui était très HQE (label haute qualité environnementale). Une piste est de revenir à une seule matière essentielle, à être mono matériau en quelque sorte, une même matière que l’on va travailler et agencer sous ses différentes formes pour répondre à un problème posé. Il faudrait aussi pouvoir associer et dissocier des matériaux : faire et défaire. Peut-être mettre en place un «indice de réversibilité» [qui serait plus ambitieux qu’un «indice de réparabilité» pour contrer l’obsolescence programmée] ? On peut fabriquer des matériaux ou des objets que l’on pense juste et se rendre compte vingt ans plus tard que ça ne marche pas, que ce n’était pas une bonne idée. Dans les années 80, en macrobiotique [l’ancêtre du bio], on conseillait de cuire ses aliments sur une plaque d’amiante vendue à cet effet…

Pourquoi les matériaux dits «pauvres» sont-ils parfois les plus efficaces ?

Les matériaux pauvres sont intéressants parce qu’ils ne sont pas chers et qu’il faut aller débusquer leurs qualités au-delà de ce pourquoi on les utilise a priori. Et effectivement, on ne parle jamais de matériaux «riches» : on parle de l’ébène, du palladium, de l’or, etc. ; mais finalement comme le dit le designer italien Bruno Munari, «à quoi sert de dessiner des robinets en or si l’eau qui en coule n’est pas potable ?». Ce qui est intéressant dans les matériaux dits «pauvres», c’est le geste qu’on leur applique, sa justesse, et le dialogue qui va naître entre le designer et la matière pour l’utilisateur. On peut penser au contreplaqué, utilisé pour barricader des chantiers ou pour construire des caisses de transport. Peu onéreux, il a été utilisé par de nombreux designers et architectes. On s’est habitué à cette esthétique d’abord perçue comme pauvre. Elle est même devenue terriblement à la mode. Avec les matériaux «pauvres», on ne peut pas se cacher comme on le fait derrière la qualité intrinsèque du marbre ou la brillance de l’or.

Pourquoi le recyclage des matériaux est-il «une forme de gaspillage» ?

C’est un peu de la provocation, mais pour moi, le recyclage c’est ce qu’il y a de pire après le jetable. Prenons les bouteilles de vin en verre. Il n’existe que deux formes de bouteille. Plutôt que de les réemployer, comme on le faisait avec la consigne, on les jette dans un conteneur, elles vont être broyées, puis à nouveau chauffées à 1 400 °C pour refaire exactement la même bouteille : c’est une perte d’énergie absolue. Pour certains objets que l’on a mis en forme, le recyclage est cependant le seul moyen à notre disposition pour revenir en arrière et récupérer la matière dont il existe une quantité finie sur Terre. Lorsqu’on détruit un bâtiment, il est plus compliqué de récupérer l’acier pris dans le béton que de démonter une charpente métallique. Dans le design, on parle d’économie de gestes et de matière quand il s’agit de concevoir un objet. On devrait également penser à sa prochaine vie en veillant à la possibilité de réemployer ses composants sans avoir à les transformer à nouveau.

Comment reprendre la main sur notre environnement matériel ?

En commençant par réaliser qu’on a tous le droit de le faire, que ce n’est finalement pas compliqué. Avec un peu de bon sens, on est tous capables de fabriquer des choses et de les réparer sans être accompagné par des spécialistes ou des techniciens. Même si les ponts avec la vie matérielle ont été coupés par l’industrialisation, que la société de consommation nous enjoint de jeter, on est tous dotés des compétences nécessaires, à commencer par un esprit de déduction. On n’est pas obligé d’être menuisier ou tapissier pour refaire un fauteuil : s’il est cassé, on peut visser sommairement un morceau de bois, décider de coudre autour une bâche plastique ou de le recouvrir d’une peau de mouton plutôt que de s’en séparer. Et si on a besoin de s’asseoir, il suffit de regarder autour de soi : le muret d’à côté fera sans doute l’affaire. Cela peut être suffisant, satisfaisant et très gratifiant. Il y a un véritable plaisir à faire soi-même.

En gros, le design gagnerait à être plus low-tech ?

Dans certaines situations, c’est tout à fait suffisant. Mais ce n’est pas toujours le cas. C’est l’articulation juste, me semble-t-il, qu’il s’agit de trouver entre low tech et high-tech – ce que certains nomment la wild tech. Il faut casser ce manichéisme entre low et high. On a souvent tendance à penser à tort que design est synonyme d’innovation, alors qu’une contre-innovation peut apporter davantage de progrès. On peut résoudre des problèmes simplement avec bon sens. Une jeune génération de designers travaille en ce sens, comme Pablo Bras avec ses microdispositifs de récupération d’énergie à greffer sur les pavillons, ou le duo Canel et Averna, qui propose notamment des enseignes cinétiques plutôt que lumineuses. Malheureusement, l’industrie n’est pas encore très ouverte à ces manières de faire : produire autrement et mieux est rarement compatible avec une exigence d’augmentation des gains.

(1) Editions Premier Parallèle.

Une base de données de matériaux

On peut y toucher, au hasard des étagères, du géotextile de drainage aussi bien qu’une «fibre de beauté» cotonneuse, en polyester lié à de l’Umorfil (matière fabriquée à partir de déchets de poisson). Au showroom MatériO’ (IXe arrondissement de Paris), la matière s’expose dans ses états les plus inventifs, déclinaison physique de la base de données qu’a constituée son fondateur Quentin Hirsinger. «On est là pour ne montrer que de l’exceptionnel, du singulier et de l’innovant», souligne ce chasseur de matériaux. Depuis une vingtaine d’années, cet ancien responsable d’un «embryon de matériauthèque» dans une agence d’architecture, court les salons techniques – sur les polymères par exemple – à la recherche d’innovations dans le domaine. L’ensemble, près de 10 000 matières référencées à ce jour, est à la disposition de son millier d’adhérents : designers, architectes et créateurs de tous poils (mode, horlogerie, cosmétiques, packaging, etc.). «Ainsi, ces gens peuvent imaginer des applications complètement originales», poursuit Quentin Hirsinger. Il peine pourtant à convaincre les industriels, malgré «une opportunité gratuite d’avoir des débouchés». Manque de curiosité ?

Posté par Luc Fricot à 16:17 - Permalien [#]

23 novembre 2021

Pas de «greenwashing» pour sauver le nucléaire !

 

Un nombre croissant d’Etats de l’Union européenne (UE) appellent à inclure le nucléaire dans la taxonomie verte européenne. Huit d’entre eux mènent l’offensive pour obtenir un label vert pour l’atome, le faisant bénéficier de nouveaux financements. Plutôt que d’agir dans l’intérêt général, ils soutiennent une industrie dépassée qui coûtera des milliards aux contribuables européens sans préserver le climat. Nos associations dénoncent fermement cette opération de greenwashing et appellent à mettre fin aux clichés sur le nucléaire.

Le nucléaire, essentiel pour répondre au défi climatique ? Tout d’abord, qui peut croire à la sincérité de cet appel pour le climat venant de gouvernements qui, en parallèle, poussent pour un soutien européen au gaz fossile, transformant la taxonomie verte en outil de greenwashing (1) ?

Le nucléaire européen connaît un déclin inexorable

«Allons-nous faire appel à nos meilleures armes pour décarboner notre économie ?» s’interrogent nos ministres. Pourtant, miser sur la construction de nouveaux réacteurs serait le plus sûr moyen de rater nos objectifs climatiques. L’Union européenne doit réduire ses émissions d’au moins 55 % d’ici à 2030. Or la durée moyenne de construction d’un réacteur est de dix ans, et 2/3 des réacteurs en chantier en Europe sont en cours de construction depuis bien plus longtemps (de quatorze à trente-six ans !). Au regard de l’urgence climatique, tabler sur une technologie si lente et sujette aux retards serait une aberration et une erreur impardonnable, alors que d’autres options offriraient des réductions bien plus rapides. Rénovation énergétique, efficacité énergétique, sobriété, énergies renouvelables : ces leviers sont connus et fiables.

«[L’énergie nucléaire] représente déjà près de la moitié de la production européenne d’électricité décarbonée», plaident les gouvernements pronucléaires, inversant allègrement les faits. En réalité, le nucléaire européen connaît un déclin inexorable : en 2020, pour la première fois, les énergies renouvelables (hors hydraulique) ont produit plus que l’atome, et l’écart devrait s’accroître dans les années à venir.

Le nucléaire, abordable et garant de notre indépendance énergétique ? Sans surprise, nos gouvernements déroulent le cliché d’un nucléaire permettant de réduire la dépendance européenne aux importations. Faut-il rappeler qu’il n’y a plus de mines d’uranium en fonctionnement en Europe ? Prétendre qu’un minerai extrait au Niger ou au Kazakhstan assure notre indépendance est faux et perpétue un raisonnement néocolonial qui ne dit pas son nom.

Le nucléaire, propre, sûr et performant ?

Le nucléaire serait «abordable» et protégerait les consommateurs. Certes, le coût de l’électricité en France, pays surnucléarisé, est plus bas que la moyenne européenne… mais les contribuables ont largement financé le programme atomique. De plus, de fortes dépenses sont à venir : extension de la durée de fonctionnement des réacteurs, gestion des déchets, démantèlement… Surtout, l’électricité produite par de nouveaux réacteurs sera tout sauf abordable. La Cour des comptes chiffre l’électricité que produirait l’EPR de Flamanville (Manche) entre 110 € et 120 €/MWh. Pour les EPR de Hinkley Point, ce serait 105 €/MWh : presque deux fois plus que les montants évoqués dans les derniers appels d’offres pour l’éolien en France ! Et l’écart continue de se creuser. Engloutir des dizaines de milliards d’euros dans le sauvetage du nucléaire sous prétexte de lutter contre le changement climatique est malhonnête et représente un gaspillage d’argent public.

Le nucléaire, propre, sûr et performant ? Présenter le nucléaire comme «propre» relève d’un mensonge inacceptable de la part de représentant·e·s de l’Etat. Même le fonctionnement «normal» des installations nucléaires génère une pollution chimique, thermique et radioactive de l’environnement, dont on retrouve les traces jusque dans l’eau potable de millions de personnes. Ces ministres semblent aussi oublier les stériles et résidus issus de l’extraction de l’uranium, héritage radioactif dont la gestion pose problème même en Europe. Enfin, la question des déchets n’est pas «sous contrôle». Nous n’avons toujours pas de site opérationnel pour accueillir les déchets les plus dangereux. En France, l’Autorité environnementale a mis en évidence les nombreux défauts du projet Cigéo à Bure (Meuse).

L’existence de contrôles réguliers ne suffit pas à faire du nucléaire une industrie intrinsèquement sûre. Ce serait oublier les accidents de Tchernobyl et Fukushima. En Europe, la surveillance des autorités de sûreté n’empêche pas que se produisent régulièrement des incidents, des fuites radioactives, des malfaçons sur les chantiers, ni même des fraudes massives dans les usines, comme en France. Et si le nucléaire est si sûr, pourquoi l’autorité de sûreté française a-t-elle mis en place un programme sur le «post-accidentel» ?

La protection du climat exige des actions fortes et urgentes

Pour nos ministres, le nucléaire est «une industrie leader dans le monde, dotée de technologies de rupture uniques». Voilà qui relève de la méthode Coué. En réalité, cette industrie est en déclin et sans soutien public, elle serait déjà en faillite. Concernant les ruptures technologiques, citons simplement le Giec : «La faisabilité politique, économique, sociale et technique du solaire, de l’éolien et du stockage de l’énergie s’est spectaculairement améliorée ces dernières années, tandis que celle du nucléaire […] n’a pas connu d’amélioration similaire.»

Et d’où sortent ces «près d’un million d’emplois très qualifiés en Europe» ? Même la France et son parc surdéveloppé n’offrent que quelques centaines de milliers d’emplois directs et indirects dans ce secteur. Les millions d’emplois à créer en Europe sont dans les alternatives énergétiques, pas dans le nucléaire.

Dangereux, polluant, produisant des déchets dangereux pour des millénaires, trop lent et coûteux pour relever le défi climatique, le nucléaire ne peut absolument pas prétendre être «traité de la même manière que toutes les autres sources de production d’énergie décarbonée», comme le demandent nos ministres.

Alors que s’approche la décision sur la place accordée au nucléaire dans la taxonomie, nous dénonçons fermement cette alliance contre nature entre des gouvernements, censés protéger les populations, et une industrie dangereuse.

La protection du climat exige des actions fortes et urgentes. Il est révoltant que nos dirigeants en fassent un simple élément de langage pour la promotion du nucléaire, tout en refusant d’agir à la hauteur des enjeux.

(1) Lire l’analyse du Réseau Action climat : «La taxonomie verte européenne devient un outil de greenwashing», du 21 avril 2021.
Liste des signataires : Amis de la Terre Europe, Réseau Sortir du nucléaire (France), Réseau Action climat (France), Women Engage for a Common Future (France), Action des citoyens pour le désarmement nucléaire (France), Focus - Association pour le développement durable (Slovénie), Calla - Association pour la protection de l’environnement (République tchèque), Děti Země (République tchèque), Hnutí Duha - Amis de la Terre (République tchèque), Common Earth (Pologne), Femmes contre l’énergie nucléaire (Finlande), Femmes pour la paix (Finlande), Groupe des scientifiques et techniciens pour un futur sans nucléaire (Catalogne), Folkkampanjen mot kärnkraft-kärnvapen (Suède), Noah – Amis de la Terre (Danemark), Wise (Pays-Bas), Milieudefensie - Amis de la Terre (Pays-Bas), Global 2000 - Amis de la Terre (Autriche), Institut environnemental de Münich (Allemagne).

Les autres organisations signataires sur la page : https://www.sortirdunucleaire.org/Pas-de-greenwashing-pour-sauver-le-nucleaire-en

Posté par Luc Fricot à 22:20 - Permalien [#]

06 novembre 2021

Carlo Rovelli : «Notre perception du monde n’a pas besoin d’une réalité ultime et absolue»

Si la physique quantique est au cœur de la technologie moderne, on ne comprend pas encore ce qu’elle dit de la nature profonde du monde. Dans son dernier essai, le physicien italien décrit l’infiniment petit grâce à l’interprétation relationnelle, un monde où les objets n’ont plus de propriétés intrinsèques et seules compte les interactions. Un cheminement vertigineux et quasi «psychédélique».
par Erwan Cario
publié le 5 novembre 2021 à 20h26

Depuis sa découverte au début du XXe siècle, la physique quantique n’a cessé de faire les preuves de sa validité et de son efficacité. Elle est aujourd’hui au cœur du fonctionnement de toute la technologie moderne, des smartphones aux IRM en passant par Internet lui-même. Pourtant, on ne la comprend pas. Ou plutôt, on ne comprend pas ce qu’elle dit de la nature profonde de notre réalité. C’est le sujet de Helgoland, dernier livre du physicien italien Carlo Rovelli, auteur en 2018 de l’Ordre du temps. Pourquoi un électron n’a-t-il pas de position quand on ne l’observe pas ? Comment une particule peut-elle se trouver dans plusieurs états «superposés» ? Forcément, se dit-on, si tout ceci a un sens, ça ne va pas être simple à accepter. En introduction de son livre, Carlo Rovelli prévient : «Réfléchir aux implications de la mécanique quantique est une expérience quasi psychédélique qui nous force à renoncer, d’une manière ou d’une autre, à quelque chose qui nous semblait solide et inattaquable dans notre compréhension du monde.» C’est donc prévenus que nous avons lancé la visio et qu’il nous a expliqué tout cela depuis le Canada, où il habite aujourd’hui.

Décryptage

Vous commencez le livre par un retour au début du XXe siècle, quand ces jeunes scientifiques ont réussi, en l’espace de quelques années, à lever un voile sur la nature de la réalité grâce à la théorie des quanta… Ça vous fascine toujours, cette période ?

Hier soir, j’étais chez moi avec ma compagne, et je lui racontais les derniers éléments que je venais de trouver sur cette période. J’étais tout excité, à lui expliquer ce discours de Max Born que je venais de découvrir [rires]. Oui, ça me fascine toujours. Ce n’est pas seulement parce que c’est une période cruciale dans l’histoire des idées. C’est aussi que ce n’est pas encore tout à fait clair. Et retourner à cette époque, c’est aussi un désir de regarder dans le passé pour comprendre mieux. Pour voir si certains éléments dans le processus de découverte peuvent nous donner des clés aujourd’hui pour aller plus loin.

Helgoland, le titre de votre livre, c’est le nom de cette île de la mer du Nord sans arbre, balayée par les vents où le physicien Werner Heisenberg, l’un des pères de la mécanique quantique, a passé quelque temps à cause de ses allergies. Qu’a-t-il compris là-bas ?

Il a compris deux choses. La première, technique, c’est d’utiliser des tables de nombres pour décrire la nature. Et c’était finalement assez naturel parce qu’il étudiait la lumière qui vient des atomes, et il savait déjà que cette lumière venait du passage des électrons d’une orbite à l’autre autour du noyau. Et la fréquence de la lumière reçue dépend de l’orbite de départ et de l’orbite d’arrivée. Mettre ces informations dans une table semble alors assez naturel. Ce que Heisenberg a compris, c’est qu’on pouvait travailler directement avec ces tables, en les multipliant entre elles. C’est un coup de génie technique, et ça marche. La seconde chose qu’il a comprise est, elle, très conceptuelle et c’est, je pense, la vraie découverte. Heisenberg explique qu’il va introduire une nouvelle façon de décrire la nature où on ne parle que de ce qu’on observe directement. Dès lors, l’électron n’est plus un objet qui bouge dans l’espace, c’est quelque chose qui, de temps en temps, nous envoie des signaux. C’est l’énorme saut conceptuel. Il en est conscient et il l’écrit à son ami Pauli : «Tout cela est encore très vague et peu clair pour moi, mais il semble que les électrons ne se déplaceront plus sur des orbites.»

Vous expliquez qu’il y a quelque chose de très profond dans ce postulat de recherche…

Effectivement. D’une part, il ne s’agit pas d’un manque de connaissance. Ce n’est pas seulement qu’on ne décrit pas l’orbite de l’électron, c’est qu’il n’y a pas d’orbite de l’électron. Si on pense que l’électron est, malgré tout, quelque part, on fait des erreurs. Donc, c’est un fait, l’électron n’a pas de position. C’est radical et ça ne concerne pas que l’électron, mais tous les objets du monde, car tous les objets sont quantiques. Il y a une indétermination qui est intrinsèque et qui a été dévoilée par ces réflexions. D’autre part, ce n’est pas ce que nous les humains observons qu’on décrit. On décrit des choses qui n’ont pas de propriété propre, mais qui interagissent avec les autres et leurs propriétés sont toujours relationnelles.

Si ce qui compose l’univers, ce sont les relations entre objets, la physique quantique nous dit donc que lorsqu’une particule n’interagit avec rien, elle n’a pas de propriété…

Oui, c’est subtil. Je peux toujours dire qu’il y a une particule, mais celle-ci n’a plus de propriété. Mais c’est quoi, une particule sans propriété ? Elle n’a même pas de position. Elle n’est pas quelque part. Elle n’a pas de vitesse. Si on cherche à penser à ce qu’est une particule sans ses propriétés, ça n’a pas de sens en soi. Les particules ne prennent donc leur sens qu’au moment où elles interagissent avec quelque chose d’autre. La disparition des objets, c’est la disparition des objets avec des propriétés. On continue à parler d’objets. La physique quantique nous parle des systèmes, de l’atome, des électrons, etc. On ne fait pas sans, mais ils deviennent les nœuds de propriétés relationnelles.

Cette interprétation relationnelle prend tout son sens quand vous abordez le phénomène étrange de l’intrication, quand deux particules qui ont interagi par le passé restent corrélées malgré la distance…

Quand on est étonné par l’intrication, c’est qu’on imagine en quelque sorte un observateur qui pourrait tout voir en même temps, et savoir comment les choses sont «vraiment». Dans les faits, nous n’avons que la façon dont les choses se manifestent l’une à l’autre. Si on regarde toutes les interactions, entre les particules, entre les observateurs, entre les observateurs et les particules, tout est cohérent, il n’y a aucun mystère. Ça devient incohérent seulement si on cherche à imaginer des faits objectifs, absolus.

Il y a eu, dans les années 30, un âge d’or de la discussion sur l’interprétation de la physique quantique, pour essayer de comprendre ce qu’elle dit du fonctionnement profond de notre monde. Cette discussion n’est-elle pas un peu passée depuis à un second plan, occultée par les innombrables succès applicatifs issus de la théorie ?

La théorie quantique, c’est la seule théorie générale en physique pour laquelle on n’a jamais trouvé de contradiction. Ce n’est peut-être pas la théorie ultime, mais on n’en voit pas les limites aujourd’hui. Durant toute ma vie, j’ai suivi toutes les découvertes, et il y a eu de grands résultats de mécanique quantique expérimentale et applicative. Il y a eu des prix Nobel, en France notamment. Mais tout ce qui a été découvert et expérimenté était déjà écrit dans les livres. La seule surprise, finalement, c’est que tout correspond à la théorie. Il y a eu effectivement un âge d’or de la discussion sur le sens de cette physique. Qu’est-ce que ça veut dire, d’affirmer qu’il n’y a pas de description de la position de l’électron quand on ne l’observe pas. De Broglie, Einstein, Bohr, Heisenberg ou Schrödinger et beaucoup d’autres ont participé à ce débat, surtout dans les années 30. Et cette discussion s’est ensuite un peu arrêtée. Effectivement, pour toutes les applications, dans un transistor ou un laser, on n’en a pas besoin. On a donc en quelque sorte arrêté de se poser des questions et on est allé de l’avant.

Mais, petit à petit, à partir des années 60, la discussion a repris, et de nos jours, elle est de nouveau très vive. Aujourd’hui, la plupart des scientifiques acceptent le fait qu’il y a ici une grande question ouverte. Et tant mieux, parce que la science, ce n’est pas une question de mesures, d’équations et de résultats. Il faut se faire une idée de ce qui se passe. Au début de la révolution scientifique moderne, quand Copernic a conçu son système en expliquant que la Terre tourne sur elle-même et autour du Soleil, on lui a répondu que ça n’avait aucun sens. Pour les autres, il y avait des calculs qui nous disaient où se trouvaient les planètes dans le ciel, et tout le reste, l’interprétation de ces calculs par Copernic, ce n’était pas de la science. Ils avaient tort. La discussion de savoir si la Terre est ou non au centre de l’univers, c’est une discussion philosophique. Mais si on affirme que oui, on ne comprend rien. A l’époque de Copernic, un autre astronome, Tycho Brahe, avait imaginé un système où le Soleil tournait autour de la Terre, et les autres planètes autour du Soleil. C’était conforme aux équations, mais ça ne tenait pas la route. Changer d’interprétation, ça revient à comprendre. Avec la mécanique quantique, peut-être qu’on n’a pas encore bien compris. Le discours de Max Born que je lisais hier, c’est quand il a eu le prix Nobel en 1954. Il termine en disant qu’on a l’impression que quelque chose nous échappe, qu’on pense peut-être à la mécanique quantique en utilisant une notion qui nous semble évidente, comme la Terre qui ne bouge pas, mais qui n’est pas correcte. Et cette notion trop évidente, c’est peut-être ça, que les objets ont des propriétés propres.

Si on enlève les objets, il nous manque quelque chose à nous, humains. Il nous manque la substance originelle de l’univers tel qu’on le pense. C’est la base de notre interprétation de la réalité. Et vous nous expliquez qu’il n’y en a pas besoin, que l’univers est un immense jeu de miroirs…

J’explique aussi qu’on retrouve ce genre d’idées similaires ailleurs, dans la philosophie occidentale, dans la philosophie orientale… Je parle par exemple dans mon livre de Nagarjuna, ce penseur bouddhiste du IIe siècle, parce qu’on y retrouve des notions, une façon de penser très utile pour effectuer ce saut conceptuel de la perception relationnelle de la nature. Selon ce philosophe, il est possible de penser au monde, non pas comme étant fait d’objets avec une réalité intrinsèque, mais d’objets qui dépendent des autres. Et cette dépendance fondamentale des choses les unes par rapport aux autres peut nous aider dans la démarche intellectuelle nécessaire pour penser la mécanique quantique. Je peux penser à l’électron, mais je peux le voir comme sa manifestation par rapport à d’autres choses, pas comme un objet en soi. Et la pensée de Nagarjuna est très radicale. Pour lui, la réalité n’existe pas, mais pas dans le sens où la réalité usuelle n’existe pas, dans le sens où quand je parle de la réalité, il s’agit toujours d’une réalité relative. Quand je dis qu’une chose est réelle, c’est toujours dans son contexte. Notre perception du monde n’a pas besoin, en fait, d’une réalité ultime et absolue.

L’humanité a mis longtemps à accepter le fait que la Terre tourne autour du Soleil, et nous n’avons pas encore tout à fait intégré dans notre intuition que le temps n’est pas le même partout… Est-ce que vous pensez qu’un jour, on pourra assimiler le fait que le monde n’est pas fait d’objets, mais de relations ?

C’est une question de temps. Si on arrive à ne pas s’autodétruire avant, je pense qu’on y arrivera. Pour le temps, c’est en train de changer. C’est le thème du film Interstellar par exemple et c’est présenté comme un fait réel accepté par le public. On s’y habitue. Et on peut s’habituer à l’étrange vision du monde que nous propose la physique quantique. Pour y arriver, il faut comprendre que, malgré la radicalité de la proposition, ça ne remet pas en question notre perception du monde. Même si on a compris que les objets n’ont pas de propriétés propres, le crayon que je tiens dans la main reste un crayon. Comme quand on regarde une forêt de loin. On ne voit pas tout ce qui s’y passe, mais ça ne veut pas dire que ce que je vois est faux. La forêt existe, elle est là, verte, uniforme, comme une sorte de velours qui recouvre la montagne, même si je ne vois pas tous les arbres, les animaux, les insectes, toute la complexité de l’écosystème.

Il y a aussi un côté politique très fort, je trouve, dans le fait d’interpréter la réalité en termes de relations plutôt qu’en termes d’entités. Si je pense à l’humanité en tant qu’ensemble d’interactions entre les êtres, si je pense à la société en général, au niveau mondial, comme des interactions entre les pays au lieu de voir les pays comme des entités, ça amène de façon naturelle à penser en termes de collaboration plutôt qu’en termes de compétition. Et je pense que c’est une urgence aujourd’hui. Si on cherche d’abord qui sont nos adversaires sur la scène internationale, on perd de vue cet aspect relationnel si fondamental. C’est malheureusement la direction que nous prenons en ce moment.

Helgoland de Carlo Rovelli éd. Flammarion 272 pp., 2

Posté par Luc Fricot à 12:01 - Permalien [#]

29 octobre 2021

42 raccourcis clavier Windows indispensables

Les 10 raccourcis clavier de base sur Windows

Ces raccourcis mythiques fonctionnent sur toutes les versions de Windows. Du fait de leur popularité, ils sont également disponibles sur de nombreux logiciels de bureau.

  • Ctrl+C : copier
  • Ctrl+X : couper
  • Ctrl+V : coller
  • Ctrl+Z : annuler
  • Ctrl+Y : rétablir
  • Ctrl+A : tout sélectionner
  • Ctrl+P : imprimer
  • F1 : afficher l’aide
  • Ctrl+Alt+Suppr : pour ouvrir le gestionnaire de tâche ou verrouiller l’ordinateur
  • Windows ou Ctrl+Echap : ouvrir le menu démarrer/basculer sur le bureau (Windows 8)

Les raccourcis Windows les plus+ utilisés par les professionnels

Pour améliorer votre productivité au travail, vous pouvez utiliser ces raccourcis clavier.

  • Ctrl+Roulette de la souris : pour zoomer/dé-zoomer.
  • Windows+P : pour changer le mode d’affichage (pratique avec un rétroprojecteur) : déconnecter le rétroprojecteur, dupliquer, étendre, ou rétroprojecteur uniquement.
  • Windows+F : pour lancer une recherche rapide sur un ordinateur
  • Windows+Maj+Clic : pour lancer une nouvel instance d’un programme. Exemple : cliquez sur l’icône Microsoft Word de votre barre de tâche pour ouvrir un nouveau document.
  • Windows+L : un raccourci clavier pour verrouiller son ordinateur.
  • Ctrl+Flèche gauche/droite : pour placer le curseur au début du mot ou du prochain mot.
  • Shift+Flèche gauche/droite : pour sélectionner du texte.
  • Ctrl+Shift+Flèche gauche/droite : pour sélectionner un mot entier.
  • Ctrl+Backspace : pour supprimer un mot entier.
  • Ctrl+F4 : pour fermer une fenêtre. Ou un ordinateur, si aucune fenêtre n’est ouverte.
  • Windows+E : un raccourci clavier pour afficher le poste de travail.
  • Maj à l’insertion d’un CD : ce raccourci permet d’empêcher la lecture automatique.
  • Ctrl+Windows+F : pour rechercher un ordinateur sur un réseau.
  • Echap pendant un processus : pour annuler le processus en cours (transfert, copie…).
  • Ctrl+Maj+Clic : pour ouvrir un programme en tant qu’administrateur.

Les raccourcis clavier Windows pour gérer les fenêtres

Windows fonctionne avec des fenêtres… d’où son nom. Il existe de nombreux raccourcis clavier pour passer d’une fenêtre à l’autre où les masquer facilement.

  • Alt+Tab : passer d’une fenêtre à l’autre. Maintenez la touche Alt enfoncée et appuyez une ou plusieurs fois sur la touche Tab pour accéder à la fenêtre de votre choix.
  • Alt+Shift+Tab : passer d’une fenêtre à l’autre (dans l’ordre inverse). Cette fois-ci, vous devez maintenir les touches Alt et Shift, et appuyer sur la touche Tab une ou plusieurs fois.
  • Windows+Tab : même principe qu’Alt+Tab, mais sous une forme plus visuelle. Fonctionne depuis Windows 7 lorsque la fonctionnalité Aero est supportée.
  • Windows+D : masquer toutes les fenêtres. Pratique pour afficher brièvement le bureau. Il suffit d’appuyer à nouveau sur les touches Windows+D pour récupérer les fenêtres.
  • Windows+Flèche vers le bas : si la fenêtre occupe tout l’écran (fenêtre agrandie), elle retrouve une taille classique. Un deuxième clique sur Windows+Flèche vers le bas minimise la fenêtre.
  • Windows+Flèche vers le haut : une raccourci clavier pour agrandir la fenêtre active.
  • Windows+Flèche vers la gauche : pour placer la fenêtre sur la moitié gauche de l’écran.
  • Windows+Flèche vers la droite : pour placer la fenêtre sur la moitié droite de l’écran.
  • Windows+Shift+Flèche droite ou gauche : permet de déplacer une fenêtre d’un écran à l’autre. Ce raccourci clavier ne fonctionne que si vous utilisez plusieurs écrans.

D’autres raccourcis Windows à connaître

  • Ctrl+N : ouvrir une nouvelle fenêtre.
  • F5 ou Ctrl+R : actualiser la fenêtre active.
  • Ctrl+Maj+Echap : affiche le gestionnaire de tâches, qui permet de fermer une application, afficher les processus ou les performances de votre PC en temps-réel.
  • Ctrl+clic : pour sélectionner plusieurs éléments (des fichiers ou des dossiers par exemple).
  • Shift+clic : pour sélectionner tous les éléments compris entre le premier et le second clic. Fonctionne avec du texte, des fichiers et des dossiers, et peut être combiné avec Ctrl+clic.
  • Maj (5 fois) : pour désactiver les touches rémanentes (ou les activer).
  • Alt+Maj : pour repasser le clavier en Français, si par mégarde votre clavier est passé en anglais. Ce raccourci ne fonctionne qu’avec la touche Alt gauche, et si plusieurs langues sont activées.
  • Maj+Suppr : pour supprimer définitivement un fichier ou un dossier. Vous ne passez pas par la corbeille et ne touchez pas 20 000 francs.c

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26 octobre 2021

Moi, le cochon-greffon

par Luc Le Vaillant
publié le 26 octobre 2021 à 5h26

Je suis le cochon-greffon qui vient à la rescousse de l’humaine nature, quand celle-ci dépérit. Je sauve les plus faibles d’entre vous quand vos frères bipèdes renâclent au don d’organe ou vivent trop vieux pour être de la moindre utilité. Je suis le porc-salut qui n’en fait pas un fromage de cet échange de bons procédés, de ce transfert de compétences, de cette alliance des vivants.

Voici quelques jours, j’ai fourni un rein à un patient new-yorkais. Ma machinerie a fait son office, avant que le receveur, déjà en état de mort cérébrale, ne décède. Les perspectives d’avenir sont vertigineuses et il est assez clair que nous n’avons pas fini de profiter les uns des autres. Il y a compatibilité certaine entre nous, et je vous ai déjà fourni des valves aortiques. Cousins germains, nous avons les mêmes petits cœurs tendres, les mêmes foies dodus sans oublier nos rognons mignons et autres rogatons.

Notre interdépendance se boutonne désormais élégamment et revêt la blouse blanche du progrès scientifique quand elle fut longtemps fangeuse comme une souille, égrillarde comme une fin de banquet et sanglante comme une tue-cochon. J’étais le nettoie-tout de vos déchets et je prenais vos épluchures pour de la confiture. J’étais un vidangeur sur pattes, un compost animal, un recycleur à jarrets replets. Je me roulais dans la boue et vous vous pinciez le nez. Je n’étais pour vous que de la chair à saucisse et vous me tailliez le bout de gras, sans souci de mon fors intérieur et de ma sensibilité de fort des Halles. Bientôt, je vais grandir en chambre stérile pour éviter aux végans, que vous êtes en train de devenir, de finir légumes.

Vous et moi, nous sommes cannibales, du moins omnivores. Nous avions en partage une même ardeur de basse-cour, une même dégueulasserie d’arrière-boutique, qui sentait l’ail et le purin, l’oignon et l’étron. Et voilà que je me fais angelot, que je deviens votre bébé-médicament. J’accepte d’être cloné et génétiquement modifié pour vous complaire quand je ne pensais qu’à me goinfrer de vos horreurs. J’étais souillon de bas étage, Thénardière de vos viscères, receleuse de vos colombins. On me reconfigure blanche colombe et infirmière dévouée, donnant d’elle-même jusqu’au sacrifice de ce qu’elle a de plus cher, sa chair.

Fragiles contemporains, dont j’entreprends de sauvegarder l’espèce, je compte sur vous pour redorer mon blason et me rendre justice. Vu mon dévouement à votre cause, il serait bon que les religions qui continuent à me mettre à l’index rendent enfin hommage à mes mérites nourriciers et hospitaliers. Il est temps que les stricts observants musulmans, juifs, adventistes ou autres qui me passent au hachoir de leurs préceptes au lieu de me bichonner dans les saloirs, réhabilitent mes services. S’ils continuent à régenter les estomacs de leurs fidèles, juste pour affermir leur emprise et générer les frustrations qui déclenchent les génuflexions, j’envisage de devenir le chaînon manquant, au lieu du greffon charmant. Je m’interroge également sur la manière de répondre à la philosophie légumière qui prospère et pourrait me débarquer des linéaires. A interdit alimentaire, rétorsion sanitaire…

J’en ai autant après les initiatrices du mouvement «Balance ton porc !». Je ne vois pas pourquoi ce serait moi qui prendrais pour tous les malappris et autres bestiaux de la jungle des villes et des campagnes. Le bouc mal odorant pourrait faire office d’émissaire, c’est sa fonction coutumière, non ? Ou alors le cerf en rut pourrait écoper d’un blâme pour cause de brame ? Et que dire du gorille sans égards pour les commères du canton ? Il se trouve que cela me retombe toujours sur la couenne. Longtemps, je m’en suis contrefoutu, tout occupé à me laisser mener à la braguette par ma queue en tire-bouchon. Mais désormais que j’ai charge d’âmes, j’aimerais qu’on applaudisse ma bienveillance empathique et mon care charcutier. Je suis d’ailleurs candidat à la «légion donneur» que je placerais en rosette sur mon plastron.

Je me réjouis enfin de ne plus être le grand méchant loup de la fable hygiéniste. J’étais rat d’égout et bonne à tout faire. J’étais le cochon dans lequel tout est bon, j’en deviens encore meilleur. Je suis le symbole d’une hybridation réussie quand la chauve-souris de Wuhan en est le répulsif putride. Au panthéon des êtres composites, je copine désormais avec le centaure altier et la licorne ailée. Et tandis que le culte de l’ensauvagement et du séparatisme incite les parlementaires à remettre en liberté dauphins et lions, orques et tigres, j’accomplis le chemin inverse. Tandis qu’on ferme cages et bassins et qu’on renvoie vers le lointain les fauves de proximité, je m’immisce plus encore au cœur de ce voisin hautain qu’a toujours été l’homme. J’ose même ajouter que je me régale à sonder les reins de cette humanité avec laquelle je suis de plus en plus copain comme cochon.

Posté par Luc Fricot à 23:06 - Permalien [#]

08 octobre 2021

Facebook & Co : le Hold-up planétaire

par Olivier Ertzscheid, Enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes

Facebook est en panne. Et avec lui Instagram, Messenger et WhatsApp. Une erreur humaine qui a eu lieu pendant «une opération de maintenance de routine». Une erreur, une panne et pendant sept heures, 2,8 milliards d’utilisateurs Facebook, 2 milliards d’utilisateurs WhatsApp, 1,3 milliard d’utilisateurs de Messenger et 1,2 milliard d’utilisateurs Instagram sont privés… de quoi d’ailleurs ?

Une «infrastructure sociale» est en panne. C’est cela que Zuckerberg, selon ses propres termes, voulait faire de sa firme. Il est compliqué de lui contester ce succès. Lorsque cette infrastructure sociale majeure tombe, une partie tout sauf négligeable du monde tel que nous le connaissons et l’habitons, se fige. Comme lors d’une grève dans un service public majeur. On observe que lorsque les gens viennent ailleurs se plaindre, se moquer ou s’énerver de cette panne (sur Twitter surtout), ou tenter de la contourner (sur Telegram ou Signal), ils en parlent presque comme d’une grève.

Un service est en panne. L’occasion de mesurer ce qu’il nous rendait vraiment comme service. Et de revenir au problème et à la question fondamentale de Facebook et des autres : ils sont une partie aujourd’hui déterminante de notre espace public commun, une place centrale, une centralité exacerbée. Mais ils n’ont rien de public. Ni dans leur gouvernance, ni dans leurs objectifs, ni bien sûr dans leur modèle économique.

«Dark Social»

Les conversations sont en panne. C’est de cette panne qu’il s’agit. Le Web des origines a toujours été celui de ces conversations entre des gens qui ne parlaient, ni ne «se parlaient» pas avant mais qui restèrent longtemps, dans leur nombre, une forme de marge, de périphérie, mais de périphérie reliée. Ces conversations ont grossi en volume, en intensité, en nombre, en dynamique. La conversation publique, ce «café du commerce» hier si méprisé par une éditocratie qui n’envisage plus aujourd’hui de parler d’autre chose que de ce qui s’y dit en bord de zinc, cette conversation publique est tout entière captée, potentialisée, mais modelée et fabriquée aussi, par Facebook. Et l’ensemble des trois autres services tombés (Instagram, Messenger et WhatsApp) sont l’autre conversation : la conversation privée, intime, celle qui rythme nos quotidiens, le covoiturage de nos enfants, l’organisation des prochaines vacances, le groupe où l’on s’envoie les photos de famille. Mais souvent ces espaces de conversations intimes redeviennent politiques ou idéologiques. Ce qui se dit et se trame dans ces ensembles qui forment un «Dark Social» est déterminant. Or toutes les influences et tentatives de désinformation s’y exercent aussi sans que jamais il ne soit possible de les y observer en train de se nouer ou de s’y dénouer. Sauf pour Facebook.

La démocratie est en panne ? On peut au moins se demander ce qu’il reste de la démocratie lorsque la société privée faisant fonction d’infrastructure sociale conversationnelle s’effondre. Il reste une béance pour toutes celles et ceux qui n’auront ni le temps, ni l’envie, ni l’énergie de sortir de cet habitus qui norme nos pratiques et celles de nos enfants depuis déjà tant d’années.

Quelques jours avant la panne, le Wall Street Journal commençait à révéler les documents fournis par Frances Haugen, une ancienne salariée de Facebook devenue lanceuse d’alerte. Frances Haugen témoignait devant le Congrès quelques minutes à peine après le début de la panne. Elle y révélait et documentait ce que beaucoup d’observateurs et d’universitaires expliquaient et dénonçaient depuis longtemps : la réalité d’une firme cynique, dissimulatrice, et désormais fondamentalement toxique.

En pleine panne, Zuckerberg une nouvelle fois apparaît bien en peine de justifier l’injustifiable. L’impact délétère d’Instagram sur la santé mentale des plus jeunes, l’instrumentalisation des discours de haine dès lors qu’ils demeurent rentables économiquement, le réglage des algorithmes qui renforcent les effets de polarisation, la modération arbitraire et discrétionnaire des comptes «influents» dispensés des règles s’appliquant à la plèbe… A chaque fois, Facebook savait, à chaque fois, Zuckerberg mentait. Facebook est en panne. Zuckerberg est en peine.

Il nous reste le Web

La panne réparée, il nous faut encore écouter le dépanneur en chef. Face aux révélations accablantes de Frances Haugen, Mark Zuckerberg est venu tenter de se défendre. De manière presque pathétiquement scolaire, il a commencé par nier l’évidence, puis a tenté de discréditer la lanceuse d’alerte en laissant entendre qu’elle était manipulée, et enfin il a réclamé… de la régulation. «Dites-nous à partir de quel âge il faut autoriser les enfants à accéder à nos services, contraignez-nous à vérifier leur âge, ordonnez-nous d’arbitrer entre la préservation de leur vie privée et la possibilité pour leurs parents de surveiller leurs activités.» On aurait dit un adepte des pratiques SM mandiant la bastonnade.

Oui, Facebook est en panne. Mais la panne dont il s’agit n’est cette fois pas réparable. Panne de confiance, panne de crédibilité. Cela ne suffira probablement pas à faire tomber Facebook mais il est tout à fait certain que cela continue d’abîmer durablement nos démocraties et les conversations dont elles sont faites.

La démocratie numérique n’est pourtant pas une chose si compliquée. Elle nécessite que chacun puisse s’exprimer s’il le souhaite. Que cette expression et sa visibilisation puissent se faire en toute transparence. Que des collectifs plutôt que des singularités organisent l’éditorialisation de ces expressions publiques. Et que l’espace public où s’expriment des opinions comme des faits soit exempt de toute forme de publicité garantissant sa possibilité même d’existence. Quatre conditions que revêt, par exemple, l’encyclopédie Wikipédia.

Facebook est en panne mais il nous reste le Web. Il nous faut investir et inventer d’autres espaces, d’autres conversations, d’autres expressions qui soient sincèrement publiques. La régulation demeure un vrai sujet et s’il est un point sur lequel Zuckerberg à raison d’appuyer, c’est sur l’hypocrisie fondamentale des Etats qui rivalisent de cynisme dilatoire en la matière, l’auditionnant d’une oreille, mais gardant l’autre à l’écoute du lobbying constant de la firme qui les infiltre.

La privatisation totale, par une firme monopolistique, des infrastructures conversationnelles permettant quotidiennement à presque 3 milliards d’individus de se parler, de s’informer et d’en parler, est au mieux une aporie et plus vraisemblablement une menace pour toute forme de démocratie ou d’aspiration à fabriquer du commun. Il nous faut parler d’autre part. Il nous faut habiter ailleurs. Retourner sur le Web. Car pendant que Facebook était en panne, il nous restait le Web.

Olivier Ertzscheid est l’auteur de : le Monde selon Zuckerberg. Portraits et préjudices, chez C & F Editions, 2020.

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07 octobre 2021

Travailler. La grande affaire de l’humanité,


Pourquoi sommes-nous des fous de boulot ?
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Notre obsession pour la productivité nous fait bosser toujours plus. Au point que le travail perd peu à peu de son sens, estime l'anthropologue James Suzman dans son dernier livre.

Avec la quatrième révolution industrielle, celle des nouvelles technologies numériques, biologiques et physiques, on est loin de moins travailler. (Westend61/Getty Images)

par Lucas Sarafian
publié le 6 octobre 2021 à 5h10

En 2013, Miwa Sado, journaliste japonaise, est morte subitement à 31 ans dans l'exercice de ses fonctions, téléphone encore en main. Une enquête du ministère du Travail a conclu que cette tragédie devait être classée en tant que «mort par surmenage». En effet, le mois précédent son décès, ses relevés informatiques et téléphoniques ont révélé qu'elle avait effectué au moins 209 heures supplémentaires. Comment en est-on arrivé là ? Dans Travailler. La grande affaire de l'humanité (Flammarion, 2021), l'anthropologue James Suzman remonte aux origines du travail et de nos vies et arrive à ce constat : aujourd'hui, nous travaillons trop.

Cet épuisement lié au travail, la tribu des Bushmen Ju/'hoansi, que l'auteur a étudiée pendant de nombreuses années, ne peut pas le connaître. Eux qui mènent une vie de chasseurs-cueilleurs, dans le désert de Kalahari en Namibie, travaillent exclusivement dans un seul but : répondre à leurs besoins matériels immédiats. Pour Suzman, le mode de vie de cette communauté nomade prouve bien qu'il n'est pas dans notre nature d'être obsédé par le travail. Se pose alors une question : pourquoi dédions-nous toute notre journée au travail alors que quelques heures seraient suffisantes comme le faisaient les chasseurs-cueilleurs ?

Sa réponse est de dire que le travail a été détourné de sa fonction initiale. Alors que son temps s'allonge sans cesse, il ne cherche plus à répondre à nos besoins essentiels. Aujourd'hui, dans les sociétés occidentales, le travail a effectué un mitage insidieux dans nos quotidiens. Les personnes que l'on fréquente et qui nous influencent le plus sont celles que l'on côtoie au boulot. «Ce que nous accomplissons définit aussi ce que nous sommes», souligne Suzman.
L'obsession de produire toujours plus

Une tendance, qui s'est accentuée au tournant du XXIe siècle, mais qui est née de l'obsession des sociétés pour la croissance et la productivité, et de l'héritage de deux évolutions essentielles que sont l'adoption de l'agriculture comme mode majoritaire de production et le rassemblement des hommes dans les villes. Résultat ? Le travail n'est plus consacré «directement à l'acquisition des ressources énergétiques dont [la population] avait besoin pour survivre». Une pensée qui sèmera ses graines au point de donner naissance à la peur de ne plus produire assez et l'envie d'accumuler toujours plus de richesses. Un cercle vicieux s'installe et il devient impossible de s'arrêter de travailler.

Aujourd'hui, l'heure est à la quatrième révolution industrielle : celle des nouvelles technologies numériques, biologiques et physiques. Si des inquiétudes émergent quant à l'arrivée des robots ou des machines nées de l'intelligence artificielle sur le marché du travail, James Suzman regrette que ces progrès techniques n'allègent pas «le poids de notre obsession pour la croissance économique» et ne nous permettent pas de moins travailler. Ce recul du travail, d'autres en avaient rêvé : Adam Smith imaginait au XVIIIe siècle que des «machines ingénieuses» allaient abréger et faciliter le travail. John Maynard Keynes y croyait fermement, jusqu'à imaginer une semaine de quinze heures. Une chose est sûre : tous se sont trompés. Pour l'instant ?
Travailler. La grande affaire de l'humanité, James Suzman, Flammarion, 480 pp., 23,90 €.

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05 octobre 2021

Emilie Aubry, au-dessus des cartes

La journaliste-télé et animatrice d’émissions sur Arte se passionne pour la géographie et les relations internationales.

par Thibaut Sardier

«Arrêtez de sourire !» Lorsqu’elle a entendu ces mots dans l’oreillette – ceux de Jean-Pierre Elkabbach – elle a craint d’avoir «l’air d’une cruche» en direct. C’était en 2006, lors du premier débat de primaires jamais diffusé à la télévision française, celui du PS. Propulsée à la présentation peu après être devenue mère, Emilie Aubry était un peu déboussolée et en garde peu de souvenirs. La suite est plus claire : un succès inattendu installe dans le PAF ce visage toujours souriant mais plus décontracté. Le genre de tête discrète dont on se souvient sans toujours savoir où on l’a vue. Entrée chez Arte en 2008 après sept ans de journalisme politique sur la Chaîne parlementaire (LCP), elle présente désormais les soirées reportage Thema du mardi, et le Dessous des cartes, emblématique rendez-vous qui anime les mappemondes pour décrypter les relations internationales. Contrairement à de nombreux animateurs, elle n’a ni boîte de prod ni contrat renouvelé chaque saison, mais un CDI de rédactrice en chef de l’émission qui lui vaut d’être directement salariée d’Arte. Belle-fille du producteur Pierre-André Boutang, qui anima sur la même chaîne l’émission culturelle Metropolis, elle ne lui doit pas sa place. «Il m’avait même dissuadée d’y venir !» dit-elle. Elle lui doit en revanche son goût pour la télévision. «Nous l’avons beaucoup regardée ensemble. Le meilleur et le pire : Palace et les Nuls comme MetropolisAujourd’hui, elle oscille entre Columbo sur TMC et les JT de 20 heures qu’elle continue de regarder, attentive à l’inhabituelle multiplication des sujets internationaux du fait de la situation en Afghanistan.

L’animatrice «incarne» donc (comme on dit à la télé) la géopolitique. La fonction suscite généralement peu de vocations chez les journalistes télé, qui préfèrent l’info pure et dure. Mais elle assume. En juin, elle a même choisi d’arrêter la présentation de l’Esprit public sur France Culture, rendez-vous emblématique (et un peu ronronnant) du dimanche matin 11 heures consacré au débat d’actualité. Tant pis pour l’année électorale. Elle souhaite avoir du temps pour souffler avec sa fille collégienne et ses deux beaux-fils vingtenaires. Mais elle veut aussi se consacrer à fond au Dessous des cartes, ce qui lui vaut de courir de festival de géopolitique en Fête de l’Huma pour promouvoir l’atlas papier très réussi tiré de l’émission, cosigné avec le géographe Frank Tétart.

«Depuis juin, on me demande si c’était vraiment mon choix d’arrêter.» Interrogée même à la piscine, elle répète qu’elle n’a pas été évincée par son successeur Patrick Cohen, rescapé d’une Europe 1 en pleine «bollorisation». «C’est fou comme dans ce milieu, les gens ne comprennent pas qu’on puisse ne pas vouloir toujours plus», commente-t-elle. La directrice de France Culture, Sandrine Treiner, voulait qu’elle continue. Elle se veut aujourd’hui magnanime : «Il n’y a que les hommes pour considérer qu’on est définitivement propriétaire de ce que l’on fait. […] Mieux vaut s’arrêter lorsqu’on a encore une envie plutôt que quand on n’en peut plus.» Aubry a souvent fonctionné comme ça : «A LCP, je regardais les journalistes seniors, qui en étaient à leur énième remaniement. Je les enviais un peu, mais j’ai eu très vite l’impression de redoubler.» En 2006, après le succès des primaires PS, les propositions pleuvent pour faire de l’actu en plateau, de LCI à M6. Voulant s’enraciner dans le métier sans devenir femme-tronc, elle n’y va pas.

Ses rentrées n’ont pas toujours été tranquilles. En 2017, elle reprend en même temps le Dessous des cartes et l’Esprit public. «Elle a dû remplacer à la fois un mort et une statue vivante», commente Sandrine Treiner. Le premier, c’est Jean-Christophe Victor, disparu fin 2016, ethnologue, enseignant-chercheur et spécialiste de géopolitique, à la tête de l’émission depuis 1990. N’ayant pas le même cursus, elle assume : «J’ai mis 200 000 pancartes en disant : “Je ne suis ni universitaire, ni chercheuse.”» Elle mise sur un rôle de «passeuse» qu’elle destine à une jeunesse en perte de repères géopolitiques. «Je me retrouve à expliquer à mes enfants la différence entre un Etat de droit et un Etat autoritaire, à leur dire en quoi la Chine est une dictature !» s’anime-t-elle. S’offusquant quand on lui demande pour qui elle vote – une journaliste n’aurait pas à le dire – elle fait une exception à la neutralité pour se dire engagée pour les valeurs démocratiques et pour l’Europe.

La statue vivante, c’était Philippe Meyer. Le fondateur de l’Esprit public a été pourtant déboulonné par Radio France. Il est parti fâché fonder un Nouvel Esprit public sur Internet. Le soutien d’auditeurs fidèles a valu à Aubry un petit déluge de commentaires sur les réseaux sociaux. «Une fois passées les remarques misogynes d’usage, tout s’est bien passé», résume Sandrine Treiner. Même avis du côté d’Aubry, dans son élément avec cette émission policée, qualifiée de «terrain d-émilie-tarisé» par le chroniqueur Thierry Pech. Elle clame sa «détestation de la culture du clash» et son attachement à «produire du consensus». Sa façon à elle de pratiquer le soft power.

Elevée dans les livres, Emilie Aubry est la fille de l’éditrice de littérature Martine Boutang. Elle a pour sœur et demi-sœur deux normaliennes et universitaires. «J’ai fait des études de lettres par tradition familiale, dit-elle. Mais après la prépa, j’ai fait de mon mieux pour rater Normale sup !» Traçant sa propre voie à Sciences-Po, elle n’a pas les diplômes du géographe. Mais elle en a les brevets symboliques : une collection de mappemondes et de guides du routard, des leçons inculquées par son grand-père maternel sur «la Loire qui prend sa source au mont Gerbier de Jonc»… et une capacité d’observation qu’elle exerce dans la baie de Somme où elle a un pied-à-terre avec son compagnon amoureux des Hauts-de-France. «Les baies, c’est intéressant car ce sont des mondes en soi que l’on saisit d’un regard» :vraie phrase de géographe. Il faut ajouter un goût pour le voyage. «Je n’ai pas été d’emblée une grande voyageuse. Mon enfance ayant été un peu compliquée, j’ai d’abord eu envie d’ancrage», dit-elle après avoir évoqué son père François-Xavier, juriste touché par une psychose maniaco-dépressive auquel sa sœur Gwenaëlle a consacré un livre remarqué, Personne. Le déclic est venu il y a quelques années, à Oman. «Elle me racontait son plaisir de découvrir ce mélange entre Moyen-Orient et Asie. Cela lui a fait pousser les murs, y compris dans sa tête», se souvient Sophie Des Déserts, journaliste et amie proche. Cet hiver, elle ira en vacances en Ethiopie, voir «ce pays d’Afrique qui s’en sort, sa capitale sous dépendance chinoise, un territoire riche en mythologies, de Lucy à la reine de Saba». Logiquement, elle rêve désormais d’une émission de reportage. En bonne géographe, elle sait que le dessous des cartes, ce sont les réalités du terrain.

1975 Naissance à Paris

2006 Anime le débat des primaires PS sur LCP

2017 Reprend le Dessous des cartes sur Arte et l’Esprit public sur France Culture

2021 Publie l’atlas du Dessous des cartes



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26 septembre 2021

Pour les Français, être handicapé, c’est d’abord souffrir

Cindy Lebat, sociologue : « L’accent mis sur la déficience et la souffrance qu’elle induit entraîne une vision parcellaire de la personne en situation de handicap. » © DR

 

Une enquête, aussi intéressante que rare, montre à quel point les Français associent le handicap au malheur et à la souffrance. Ils perçoivent les personnes handicapées comme moins capables d’être membres à part entière de la société. 36 % estiment même qu’il est juste de leur restreindre l’accès à certains droits.

Une grande campagne nationale de sensibilisation. Emmanuel Macron l’avait promise, lors de la conférence nationale du handicap de février 2020. Elle arrivera sur les écrans à la mi-octobre pour contribuer à « changer le regard » de la société sur le handicap.

Il y a du boulot, à en croire les résultats d’une étude commandée par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sur les représentations et les préjugés. Le Gouvernement a, en effet, confié à cette autorité indépendante la mission de l’éclairer sur la préparation de la campagne.

Un échantillon de 2 000 répondants

La sociologue Cindy Lebat a réalisé cette étude pour le compte de la CNCDH. ©DR

En avril 2021, plus de 2 000 femmes et hommes ont répondu à un questionnaire en ligne. « Globalement, les jugements exprimés sont peu souvent radicaux », analyse la sociologue du handicap Cindy Lebat, consultante auprès de la CNCDH. Ce qui n’a rien d’étonnant, les personnes interrogées ont tendance à exprimer des avis jugés socialement acceptables.

Exemple : 89 % déclarent se sentir prêts à travailler avec une personne en situation de handicap (ce qui signifie quand même qu’un sur dix ne le souhaite pas).

Le handicap, un obstacle au bonheur

Mais passées les déclarations de bonnes intentions, les questions plus ciblées dévoilent l’image négative associée au handicap. Un tiers des Français estiment qu’un collègue devenant handicapé risque de « troubler les clients ».

Plus généralement, 64 % des personnes interrogées pensent que le handicap est un obstacle au bonheur et à une vie épanouie. Et près d’une personne sur deux déclare qu’elle serait inquiète si son enfant se mariait avec un conjoint handicapé.

« Conscience du manque d’adaptation de la société »

« Ces réponses peuvent être le reflet d’une conscience du manque d’adaptation de la société face aux situations induites par les différentes déficiences », précise Cindy Lebat.

Lire aussi

« Toutefois il semble difficile d’imaginer, pour une grande partie de la population, que le handicap puisse être lié à une identité positive, poursuit-elle. Il est d’abord ramené à la déficience fonctionnelle et aux difficultés que cette déficience engendre. »

Un mouvement de rejet du handicap

Plus inquiétant, certains chiffres témoignent même d’un phénomène de rejet. 31 % des Français pensent, en effet, qu’il « vaut mieux éviter que les personnes en situation de handicap aient des enfants ». Et si elles en ont, 19 % jugent préférable de les confier à une autre personne ou à une institution.

« Et si un de vos enfants se retrouvait handicapé sévèrement suite à un accident ou à une maladie ? » 23 % avouent alors qu’ils auraient des difficultés à être fiers de lui.

Le handicap, un incident à vite réparer ou une tragédie pour la vie

« Le handicap n’est globalement pas perçu comme une étape marquant une transition dans un parcours de vie, et pouvant potentiellement ouvrir à la construction d’une identité positive, analyse Cindy Lebat. Il apparaît davantage soit comme un incident, qu’il importe de vite réparer pour revenir à une vie normale, soit comme une tragédie marquant le début d’une vie de souffrance et de tristesse. »

Cette perception laisse peu de place à la possibilité de voir la personne en situation de handicap comme capable de trouver une place dans la société, avec son handicap. 36 % des Français estiment ainsi qu’il est justifié de restreindre l’accès à certains droits du fait de certains handicaps.

Le regard, aussi une affaire de droits

« On ne peut pas demander aux Français de changer de regard sur le handicap sans, dans le même temps, rendre la société plus accessible aux personnes handicapées, pointe Cindy Lebat. Les deux vont de pair. » Communiquer, oui, mais pas sans agir pour les droits.

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20 septembre 2021

Velléitaire ou volontaire?

 

Cinq mots que nous confondons presque systématiquement

● Velléitaire ou volontaire?

Le mot décrit les paresseux; ceux qui ont de grands projets dont on ne voit pas le jour; «celui qui se voit déjà gardien de but mais qui ne s’inscrit pas à un club de foot». L’adjectif «velléitaire» s’emploie pour qualifier celui «qui n’a que des intentions fugitives, qui est incapable de prendre des décisions et de passer aux actes». Ces indécis qui, plutôt que d’affronter un éventuel échec, préfèrent ne pas agir. Le «volontaire», lui, est une personne «qui fait preuve d’une volonté ferme, d’obstination».

Posté par Luc Fricot à 16:40 - Permalien [#]

06 septembre 2021

Nouvelle édition (2021) de référentiel de logiciels libres (SILL)


Source : SILL 2021

Dans le cadre d’un usage plus général l’État recommande les logiciels libres suivants :

  • authentification : KeePass comme gestionnaire de mots de passe et VeraCrypt (en observation) pour le chiffrement de disques ;
  • suites bureautiques : LibreOffice ;
  • éditeur de texte : Notepad++ ;
  • lecteur multimédia : VLC ;
  • courrielleur : Thunderbird ;
  • client de messagerie : Roundcube ;
  • client de messagerie instantanée : Jitsi ;
  • client FTP : Filezilla ;
  • navigateur : Firefox ESR ;
  • logiciel de compression : 7zip ;
  • systèmes d'exploitation serveur : les distributions GNU/Linux CentOS, Ubuntu (écoles) et Debian ;
  • etc.

 

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10 juillet 2021

Seoir

SEOIR (ou soir)/ est un verbe. défectif, donc qui n'a que quelque conjugaisons.:

  • séant, seyaient, seyait, seyant, sied, siée, siéent, siéra, siéraient, siérait, siéront

 

Convenir.

3 courts extraits du WikWik.org

  • seoir  v. (Soutenu) Aller bien, pour un vêtement ; être convenable.
  • seoir  v. Être assis, bien établi.
  • seoir  v. Être installé ou établi.

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07 juin 2021

Delphi 7, Winhlp32 sous Windows 10

Solutions ?

Enabling Winhlp in Windows 10

 

To enable Winhlp to work in Windows 10, follow these simple instructions.

 

  1. Download the updated Winhlp32 installation files, which are compressed into a zip file (winhlp32-windows-7-10-x86-64.zip) from the following link:  https://drive.google.com/open?id=0B_tSrOg4FLp1T0dyTEppaW9SYm8 
  2. Extract the contents of of the file you just downloaded (winhlp32-windows-7-10-x86-64.zip)
  3. Run the Install.cmd as Administrator by right-clicking on Install.cmd, then select Run as Administrator.
  4. Acknowledge any privilege warnings and allow Install.cmd to proceed.

 

That is all there is to it.  You now you have Winhlp working in windows 10!

Everything worked fine except the "Search" function. Is there a way to activate that?

 

FAQ Delphi, le club des développeurs et IT Pro

Les nouveaux Windows ne gèrent plus, par défaut, le format hlp, considéré par la société comme obsolète.

Citation Envoyé par Microsoft Corporation
Cependant, le programme d'aide de Windows n'a pas été mis à jour depuis un certain temps et ne répond plus aux normes de Microsoft. À compter de la publication de Windows Vista et de Windows 7, ce programme d'aide de Windows ne fera dès lors plus partie des fonctions de Windows.

S'il est encore possible d'installer le programme permettant de lire ce format (compatibilité descendante oblige) ce dernier n'est pas encore proposé (à la rédaction de cette FAQ) pour Windows 10.
Ainsi qu'il l'est expliqué Le programme d'aide de Windows (WinHlp32.exe) ne fait plus partie de Windows
Déjà, toutefois, l'installation (d'expérience) ne fonctionne pas toujours  !
(?? Pour utiliser le système d’aide, vous devez installer WinHlp32.exe. Microsoft ne vous fournit pas de package d’installation, mais vous pouvez le télécharger ici)

/
Voici une méthode qui s'est avérée efficace sur sur Windows 10 64 bits  :
Téléchargez le package proposé à cette adresse

Modifiez le fichier Install.bat en rajoutant les deux lignes suivantes (mise en rouge) :

Code batch : Sélectionner tout
1
2
3
4
5
6
7
8
9
@echo off
:: ---------------------------------------------------------------------------
:: Settings
set MuiFileName=winhlp32.exe.mui
set ExeFileName=winhlp32.exe
set WindowsVersion=7
goto :BypassVersionError


Exécutez ensuite le fichier en tant qu'administrateur.

Une fois ces trois étapes faites, vous pourrez profiter pleinement des fichiers d'aide de vos anciennes versions de Delphi.

Charly190 propose une mise à jour des fichiers utilisables pour Windows 10 (testé sous Windows 64) : ici

Il suffit d'exécuter le cmd en mode administrateur.

Pour installer Delphi 7 sur les OS récents (Windows 8 et 10) :

- lancer l'installation en mode administrateur (clic droit sur le programme d'installation puis "exécuter en tant qu'administrateur"
- installer D7 dans un répertoire non protégé par Windows. Par exemple C:\Borland\Delphi7. Ne pas utiliser Program Files ni Program Files x86.

Avant de lancer Delphi 7, faire le clic droit sur son raccourci et ensuite clic sur propriété puis onglet compatibilité :

- Cocher "Exécuter ce programme en mode de comptabilité sur" : Windows XP (Service pack 3)
- Cocher "Exécuter ce programme en tant qu'administrateur

Delphi7 peut alors être lancé sans problème, même si un message d'avertissement apparaît.

La première fois et à chaque mise à jour de Windows : installer ou réinstaller l'aide au format Hlp (Voir la FAQ : "Comment utiliser les fichiers d'aide au format hlp sous les nouveaux OS Windows (7 et plus) ?". La touche F1 sera alors active.

Pour le développement d'applications :

Si l'installation de l'application se fait dans Program Files (x86) ne pas mettre de fichier ini (ni aucun fichier de données) dans ce répertoire (il faut utiliser les répertoires spéciaux de Windows).

Posté par Luc Fricot à 12:36 - Permalien [#]

01 juin 2021

Pour les diabétiques de type 1, le cauchemar d’une vie sans pompe

Sophie GUIRAUD

L’arrêt de la fabrication du dispositif bouleverse le quotidien des malades au diabète instable, que les pompes régulent depuis 30 ans. Le collectif de patients, né dans l’Aude, témoigne de leur détresse.

Sur le site du Collectif des diabétiques implantés, les témoignages affluent depuis quelques jours. Le 1er mai, Frédéric, diabétique de type 1 qui vit avec une pompe à insuline implantée depuis dix ans, a "du mal à envisager un retour en arrière". "Que ferions-nous sans ce traitement ?", s’interroge encore Véronique. Sylvie, implantée en 2019, se sent "condamnée à des complications catastrophiques".

"J’ai des retours de malades qui me disent que le jour où leur pompe s’arrêtera, ils arrêteront de se soigner", témoigne Sabine Guérin. Il y a deux ans, alors que la menace d’un arrêt de fabrication des pompes se précise, l’Audoise crée le collectif pour tenter de changer le cours des choses.

J’ai des retours de malades qui me disent que le jour où leur pompe s’arrêtera, ils arrêteront de se soigner

Depuis, l’unique fabricant, le géant irlando-américain Medtronic, a stoppé la production. Le stock s’amenuise, et la quinzaine de dispositifs encore disponibles est déjà réservée. Les deux jeunes sociétés susceptibles de relancer la fabrication sont loin du compte, a confirmé la dernière réunion organisée le 30 avril au ministère de la Santé.

Pour 250 Français au diabète de type 1 instable équipés depuis parfois trente ans du dispositif, il va falloir apprendre à vivre autrement.

Il y a deux choses : la survie de ces patients, et on va trouver des solutions, et leur quotidien. Il est clair que les systèmes alternatifs qui existent aujourd’hui ne leur offriront pas la même qualité de vie. Il faudra faire avec

"Il y a deux choses : la survie de ces patients, et on va trouver des solutions, et leur quotidien. Il est clair que les systèmes alternatifs qui existent aujourd’hui ne leur offriront pas la même qualité de vie. Il faudra faire avec", admet le professeur Éric Renard, endocrinologue au CHU de Montpellier, qui a mené le combat pour Evadiac, l’association qui réunit les médecins spécialistes de pompes implantées.

Au pied du mur

En distribuant directement de l’insuline à l’intérieur du corps, ces pompes ont changé la vie de malades au diabète instable qui enchaînaient hypo et hyperglycémies, ainsi que ceux qui sont résistants aux injections d’insuline par voie externe, sous-cutanée.

"On est au pied du mur", dit laconiquement Sabine Guérin, sortie dépitée de la dernière réunion avec les autorités de santé : "On a eu la confirmation qu’il n’y aurait pas de nouvelle pompe avant 2024", au mieux, explique-t-elle.

"Les premiers essais n’auront pas lieu avant début 2024", confirme Éric Renard. Dans une interview au Quotidien du médecin, le 23 avril dernier. Le diabétologue indique aussi qu’une centaine de patients (sur 250 implantés) devraient avoir des problèmes de pompe en 2023. Avec quelle alternative immédiate ? La greffe d’îlots de Langherans, les cellules du pancréas qui sécrètent l’insuline. "On prend des traitements immunosupresseurs à vie, c’est lourd et ce n’est pas sans risque", insiste Sabine Guérin.

Avenir incertain

Autre option : un système existant permettant une perfusion continue d’insuline dans la cavité péritonéale. "On régule le risque, mais on a déjà vécu avec un cathéter intrapéritonéal qui sort du ventre, c’est invivable et il y a un risque infectieux", rappelle Sabine Guérin. Le professeur Renard confirme : "Il y a des risques infectieux."

Il n’y aura pourtant pas d’autre choix que de s’adapter pour des malades doublement meurtris. "Les autorités de santé "comprennent" mais ne font rien", regrette Sabine Guérin.

Les diabétiques se sentent aussi "abandonnés" par un industriel puissant à l’insolente santé financière qui a choisi de ne plus parier sur une solution à l’audience confidentielle, un marché de niche pour quelques centaines de malades.

Le 29 avril, Danièle, une Lilloise membre du collectif, ne voulait toujours pas se projeter : "La fin des pompes implantées serait désastreuse, des complications irréversibles en suivraient. " L’avenir est incertain.

Un géant solide, des petits fragiles

Medtronic, leader mondial des technologies, solutions et services médicaux, a annoncé en juin 2017 qu’il cesserait en 2019 la fabrication de la pompe Minimed, posée en 1990 chez un premier patient au CHU de Montpellier. La société, présente dans 150 pays, avec 90 000 employés et 2,3 milliards d’investissements annuels en recherche et le développement, justifie sa décision par "des problèmes de qualité", des "difficultés d’approvisionnement". L’échéance est repoussée d’un an, en juin 2020. Mais les repreneurs potentiels, auxquels Medtronic cède l’accès au mécanisme de la pompe, sont fragiles : on ne parle plus aujourd’hui du Hollandais Ipadic et on évoque à peine une autre société des Pays-Bas candidate, Baat Medical, en grande difficulté. Reste l’Américain PhysioLogic Devices.

Posté par Luc Fricot à 19:04 - Permalien [#]

13 avril 2021

Education : en finir avec la théorie des intelligences multiples

Certains sont doués pour les maths, d’autres pour la plomberie ou le dessin, c’est comme ça. Derrière cet apparent bon sens se cache la «théorie des intelligences multiples», développée dans les années 80 par Howard Gardner. Mais malgré son succès mondial, elle n’a pas de fondement scientifique.

publié le 12 avril 2021 à 20h07

«Ce que vous faites s’apparente à de l’acharnement thérapeutique», m’a expliqué un homme d’une soixantaine d’années assis au premier rang. Il a fait le chemin depuis le village voisin jusqu’à cette librairie avignonnaise pour assister à la présentation de mon premier livre, les Incasables, dans lequel j’évoque mon expérience d’enseignant auprès de jeunes élèves en grande difficulté scolaire. Ses grimaces et ses gesticulations persistantes contrastaient avec la bienveillance affichée du reste de mon auditoire, et après une dizaine de minutes, c’en était trop pour ce contrôleur de gestion fraîchement converti en sophrologue : «Ces jeunes-là dont vous parlez, ils ont vraiment besoin d’apprendre à conjuguer et à poser des divisions ? Peut-être qu’ils sont bons ailleurs, dans la plomberie, le hip-hop ou le dessin… Ne seraient-ils pas mieux dehors ?» Selon mon interlocuteur, l’école se trompe lourdement en tentant de faire acquérir les mêmes savoirs à tout le monde. Certains ne sont tout simplement pas faits pour l’étude des éléments constitutifs de la langue dans laquelle ils s’expriment. C’est comme ça, c’est la science qui le dit. «Chacun son intelligence», conclut-il.

Des bases scientifiques absentes

J’aurais pu parier dix années de prime informatique que le spectre d’Howard Gardner allait s’inviter parmi nous. C’est lui qui, en 1983, a développé la théorie selon laquelle chaque être humain est doté d’un ensemble d’intelligences indépendantes les unes des autres. Dans Frames of Mind (1), il en détaille sept : linguistique, musicale, corporelle, visuelle, logique, interpersonnelle et intrapersonnelle. Il y ajoute, en 1993, l’intelligence naturaliste qui consiste à reconnaître et à classer les espèces naturelles. L’être humain les posséderait toutes, mais il y aurait, en chacun de nous, une ou plusieurs intelligences prédominantes qu’il conviendrait de stimuler pour favoriser les apprentissages.

Tout au long de Frames of Mind, Howard Gardner prend de manière claire et affirmée ses distances avec la dimension scientifique, ne cherchant pas de validation ou de vérification pour ses hypothèses. Cela mène l’enseignant belge Didier Goudeseune à ranger la théorie des intelligences multiples plutôt du côté du développement personnel. De ce fait, explique-t-il, «elle souffre des maux habituels et propres à ces théories : manque de bases, absence régulière de validation scientifique, caractère pseudoscientifique, absence de prise en compte de l’expertise des enseignants et de leur professionnalisme, ou absence de régulation».

Un «s», et Howard devint une icône

La théorie des intelligences multiples n’a jamais été clairement réfutée et pour cause, le flou qui l’entoure la rend irréfutable. Paradoxalement, c’est là sa principale faiblesse car, comme l’explique l’épistémologue autrichien Karl Popper (2), «une théorie qui n’est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique». Et on peut difficilement reprocher à Howard Gardner d’avoir menti à ce sujet : dès la vingtième page de Frames of Mind, il concédait que «la notion d’intelligences multiples n’est pas une donnée scientifique prouvée».

Mais validée ou pas, la théorie a rencontré un succès monstrueux, inspirant des dizaines de livres, des articles de revues et autres conférences TED. Il existe même une «Howard-Gardner Escuela» à Quito, la capitale de l’Equateur, et à 77 ans, le professeur à l’université Harvard continue de donner des conférences partout dans le monde pour expliquer comment il a eu l’idée de mettre un «s» à intelligence.

Aux élèves en difficulté sur qui on collait une étiquette d’invariables cancres, la théorie des intelligences multiples a distribué des permis de rêver.

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Pour comprendre l’origine d’un tel succès, il faut s’intéresser au contexte. Le livre de Gardner a débarqué dans les librairies au moment où les éducateurs américains étaient critiqués pour n’avoir pas enseigné correctement la lecture, l’écriture et les mathématiques. Les scores aux évaluations nationales chutaient et les théoriciens de l’éducation traditionnelle demandaient des jours d’école plus longs, plus de devoirs et plus de tests. Face à Gardner se trouvait une flopée de psychanalystes boursouflés de certitudes ennuyeuses parmi lesquels Richard Herrnstein. On s’amuse bien avec lui, il estime que le quotient Intellectuel régit chaque aspect de l’existence des individus, et qu’il est en grande partie hérité en plus d’être immuable.

L’enseignant Bruno Hourst, le premier en France à avoir présenté la théorie des intelligences multiples et ses applications, s’en défend vingt ans plus tard dans son blog en arguant qu’on juge un arbre à ses fruits. Et il a raison. La théorie des intelligences multiples de Howard Gardner a percé la grisaille ambiante avec l’effet d’un pet au milieu d’une réunion de travail trop sérieuse sur Zoom. Aux élèves en difficulté sur qui on collait une étiquette d’invariables cancres, elle a distribué des permis de rêver. Et elle a redonné une dignité aux incasables, aux paresseux, aux vaincus qui s’emmerdent à l’école et même aux maîtres zen et aux gourous de tout acabit qui cassent des briques à mains nues ou marchent sur des braises, ne devant leurs prouesses, selon Gardner, qu’à une intelligence kinesthésique prédominante. Le réconfort face à l’humiliation, même au prix des libertés prises avec la démarche scientifique, est toujours bon à prendre.

La «start-up nation» en robe de hippie

Au fond, la théorie des intelligences multiples a rencontré le succès pour la même raison que l’Alchimiste de Paulo Coelho s’est écoulé à 150 millions d’exemplaires : les deux laissent croire à une «légende personnelle» innée qu’il s’agirait de découvrir, puis de chérir et cultiver. Howard Gardner raconte à qui veut bien le croire l’idée lénifiante selon laquelle l’échec n’est dû ni à un manque de travail ni au fait que l’école est un immense centre de tri régi par les lois de la naissance et du sang. C’est juste une question de connaissance de soi. La «start-up nation» en robe de hippie.

Effectivement, si l’on suit ces préceptes vagues et réconfortants, ce que je fais avec mes élèves relève bien de l’acharnement. Mais l’idée selon laquelle certains seraient «faits» pour comprendre la grammaire et d’autres non a beau être réconfortante, elle est néfaste. Elle enferme, et pour se détourner de l’obstination, elle incite au renoncement et à la lâcheté. Ses implications politiques sont évidentes : il devient parfaitement inutile de s’efforcer de réduire les inégalités scolaires. Du côté de l’éducateur, elle pousse, comme l’explique si bien Philippe Meirieu, à «rechercher ce que l’enfant serait “en amont de toute activité éducative” pour pouvoir, en quelque sorte, se mettre au service de sa réalisation. […] Or, cette naturalisation, en plus d’être arbitraire, est dangereuse : elle enferme le sujet dans un mode de fonctionnement quand il faudrait, au contraire, lui permettre de s’appuyer sur celui-ci pour en explorer et découvrir d’autres».

Alors ces jeunes-là dont je parle, est-ce qu’ils ont vraiment besoin d’apprendre à conjuguer et à poser des divisions ? Oui.

(1) Frames of Mind : The Theory of Multiple Intelligences, Basic Books, 1983.

(2) Conjectures et réfutations : la croissance du savoir scientifique, Payot, 1994.

Posté par Luc Fricot à 16:30 - Permalien [#]

11 avril 2021

Désinformation médicale : l’autre pandémie

par Anaïs Moran

Noémie Zucman, réanimatrice à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes (Hauts-de-Seine), aurait bien du mal à les hiérarchiser. Dans cette crise sanitaire, les fake news médicales n’ont fait que pulluler. Par où commencer ? «Je pense que l’affaire de l’hydroxychloroquine est le point de départ de tout. Cela a aussitôt créé une scission dans la médicale, entre ceux qui voulaient tempérer et ceux qui ont plongé la tête dedans, retrace-t-elle. Toutes les autres désinformations ont reposé sur ce principe. Je ne sais pas laquelle est la plus nuisible. Mais ce dont je suis sûre, c’est que je me demande tous les jours comment on a pu en arriver là.»

Remèdes miraculeux, dangerosité des masques, bénignité de la maladie, relativité des saturations hospitalières, négation des flambées épidémiques… En un an, le Covid-19 a fait apparaître une multitude de discours et de théories infondées qui ont «totalement stupéfait» la médecin de 32 ans. «Les désaccords et les fausses informations ont toujours existé dans notre milieu. Malheureusement, 2020 nous a fait basculer dans une toute nouvelle dimension», dit-elle. Ou comment les dérives médicales, incarnées sur la scène médiatique par une minorité de confrères, ont ébranlé, l’espace d’une année, toute une profession. Entre malaise et exaspération.

De toutes les épreuves endurées depuis l’apparition du Sars-CoV-2, le professeur Romain Sonneville, médecin réanimateur à l’hôpital Bichat, à Paris, reconnaît que les «monologues d’inepties médicales» ont probablement été «les plus déstabilisants» et difficiles à vivre. «Dans cette crise, on a quand même vu beaucoup de confrères qui se sont révélés être de grandes épidémiologistes, de grands virologues, de grands médecins de catastrophe, alors qu’on ne les avait jamais vus dans ces rôles-là, grince-t-il. Jamais je n’aurais pu penser que des gens de science puissent avoir le culot de s’exprimer sur des sujets dont ils ne sont pas experts. Ces déclarations chocs, pour faire le buzz, sont des autoroutes de malhonnêteté qui ont tout brouillé.»

«Atterré, navré et honteux»

Des notions de spécialité, d’humilité, de prudence, de rationalité, totalement malmenées en direct sur les plateaux télé, sur les réseaux sociaux, dans des vidéos ou à travers des sites alternatifs de «ré-information» : l’an 1 du Covid a tout secoué. «Il y a eu une perte de sang-froid inédite de certains collègues, concède Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins. La France est confrontée à un péril individuel et collectif extraordinaire. Dans ce cadre, toute la communauté médicale devrait redoubler d’efforts pour garder la tête sur les épaules et ne dire que des choses fiables et stabilisées. Au lieu de ça, des gens sont sortis du champ scientifique pour dérouler leurs convictions personnelles… Des médecins se sont métamorphosés en débatteurs. Je le déplore.» Pierre-Louis Druais, médecin généraliste dans les Yvelines et membre du Conseil scientifique, 72 ans dont 43 d’expérience professionnelle, cingle : «Je suis atterré, navré et honteux de voir ma médecine dans cet état. Je trouve que c’est une injure à la science.»

Onze médecins font actuellement l’objet de plaintes du Conseil national de l’ordre (Cnom) pour manquements au code de déontologie – certains étant poursuivis pour «charlatanisme» (article 39), «déconsidération de la profession» (article 31) et prescription au détriment des «données acquises de la science» (article 8). Les plus connus s’appellent Didier Raoult, Christian Perronne, Patrick Bellier. Mis en cause mais pas encore jugés, ils devraient voir les chambres disciplinaires de leur région d’exercice statuer sur leur cas dans les prochains mois. L’avocat du médiatique microbiologiste marseillais a balayé une «procédure [qui] n’apporte absolument rien».

Les intéressés risquent un simple avertissement jusqu’à la radiation, en passant par l’interdiction d’exercer durant trois années. S’y ajoutent «une quinzaine de dossiers à l’étude au niveau de la section santé publique du Cnom, en plus du dossier Hold-up (film documentaire à succès aux multiples contre-vérités, ndlr) dans lequel intervenaient un certain nombre de médecins» et qui pourrait également aboutir à de potentielles sanctions,fait connaître le Conseil national à Libération. A l’échelle locale, les premières audiences ont déjà commencé, la chambre disciplinaire de grande instance du Grand Est ayant radié, le 15 janvier dernier, la généraliste anti-masque Eve Engerer, connue pour avoir délivré des certificats permettant de s’exonérer de cette protection.

«On leur a aussi tendu le micro»

Peu nombreuses mais très bruyantes, plusieurs figures contestées par la communauté ont su profiter d’une importante tribune médiatique durant cette première année de crise. Au grand regret du professeur rennais Pierre Tattevin, président de la Société de pathologie infectieuse de langue française. «La Spilf compte plus de 700 membres, pour la plupart très impliqués dans la crise. Les débats ont laissé peu d’espace à ces collègues de terrain. Certains médias ont choisi de mettre au premier plan les figures de proue des quelques rares professionnels totalement hors sol, et ça a fait beaucoup de dégâts», déplore-t-il.

«Ils ont eu de l’influence car on leur a aussi tendu le micro, soupire Elise Jammet, médecin urgentiste à l’hôpital Edouard-Herriot, à Lyon (Rhône). Certains racontent des âneries sous le feu des projecteurs et décrédibilisent toute une prise en charge. Pendant que sur le terrain, les autres triment.» Julie Oudet, consœur de la même spécialité au Samu de Toulouse, renchérit : «Ils incarnent une figure messianique qui ne sert qu’eux et pourtant, cela pollue toute la profession. Finalement, on est dans le même bateau. Alors, quand un médecin donne un grand coup de barre dans un sens complètement délirant, derrière il y en a 200 qui rament à contre-courant.»

Car la désinformation médicale n’a pas seulement remué le socle éthique de la communauté. Elle s’est aussi invitée dans les cabinets et les services hospitaliers. Jesabelle (1), généraliste installée dans le XIe arrondissement de Paris, confie par exemple que le sujet de l’hydroxychloroquine a pourri ses jours et ses nuits lors de la première vague. «Des patients me demandaient pourquoi je ne voulais pas en prescrire, c’était très tendu avec certains d’entre eux. Un jour, un homme m’a même traitée de criminelle. Vous imaginez, pour une soignante, d’entendre ça pour la première fois de sa vie ?»

Jusqu’au 27 mai 2020 et le coup d’arrêt officiel à la molécule, prononcé par décret gouvernemental, la médecin n’a fait que ruminer, et beaucoup culpabiliser. «J’essayais de garder en tête que la raison était de mon côté. C’était rude, parce qu’il y avait la pression de tous ces médecins qui clamaient qu’on ne voulait rien faire pour nos patients, qu’on préférait les laisser se dégrader et donc les laisser mourir. Cela a créé de la confusion et du doute, insupportables dans ma tête», développe-t-elle. Jesabelle, 50 ans, parle de cet épisode comme du «plus douloureux» de sa carrière.

«Les gens sont perdus, à juste titre»

A Toulouse (Haute-Garonne), Julie Oudet prend aujourd’hui encore en «pleine figure» les effets concrets de ces fake news. «Quand vous emmenez directement un grand-père en réanimation, et que la famille brisée vous dit : “Ah bon, carrément une intubation ? Mais le Dr X à la télé disait que le virus n’était plus dangereux.” Ça fait très mal, raconte l’urgentiste. La parole médiatique des médecins n’est pas anodine. Derrière, ce sont de vrais gens qui sont malades pour de vrai, hospitalisés pour de vrai et morts pour de vrai.» Elise Jammet, la Lyonnaise : «Oui, ça nous arrive de voir des familles complètement déboussolées par la gravité de la situation de l’un de leurs proches. Qui nous disent des choses comme : “On ne comprend pas, la cousine du médecin de quartier nous avait pourtant dit que le masque ne servait à rien.” Je suis écœurée devant l’irresponsabilité de ces collègues.» L’urgentiste précise que ces cas ne sont pas devenus la norme. Néanmoins, jamais auparavant elle n’avait assisté à une telle défiance, voire agressivité envers les blouses blanches. «Je n’en voudrai jamais à ces patients, assure-t-elle. Les gens sont perdus, à juste titre.»

Les médecins interrogés sont sur ce point unanimes : dans le circuit de diffusion d’informations mensongères, les responsabilités sont multiples, mais aucune n’est citoyenne. «Dans une société en souffrance, vulnérable, c’est tout à fait normal que les gens aient besoin d’avoir très vite des réponses, des vérités gravées dans le marbre, pour tenter de combler le vide de l’irrationalité. C’était justement à la communauté médicale de ne pas tomber dans ce piège et de tenir bon, ensemble», analyse le président du conseil de l’Ordre, Patrick Bouet. «Les médecins gourous ont surfé sur la peur des gens, en se précipitant pour asséner des discours qui redonnent espoir, qui relativisent. C’est bien la population qui a été trahie par certains professionnels», tacle Pierre-Louis Druais, le généraliste du Conseil scientifique.

Dans son cabinet au Port-Marly (Yvelines), ce médecin de famille a passé «des heures entières» à rétablir le lien de confiance avec des patients passés en «mode défensif». Un travail harassant, mais bienfaisant. Même constat du côté de la réanimation de Bichat : «Dans notre service, corriger les désinformations sur le triage et les médicaments nous prend un temps de dingue auprès des patients. Fort heureusement, les gens ne restent pas bloqués, décrit le médecin Romain Sonneville. En revanche, cet effort supplémentaire est extrêmement délétère pour des équipes déjà à bout…»

Des réponses suffisantes ?

L’émergence médiatique d’électrons en roue libre aurait-elle pu être évitée ? Avec un an de recul, le professeur Sonneville s’interroge, forcément. «On ne fait peut-être pas assez de bruit collectivement pour les contrer», avance-t-il. Sa consœur Noémie Zucman, membre de la commission jeune de Société de réanimation de langue française (SRLF), trouve «sain» de se poser la question. «A chaque débordement, on en parle entre nous, mais la prise de position est hyper difficile à ajuster, explique-t-elle. Dénoncer une fausse information, c’est quelque part donner de l’intérêt aux propos de cette personne. A la SRLF, notre position est plutôt de relayer des études et recommandations validées par les sociétés savantes, et non à l’inverse, de condamner certains propos. Je peux entendre que certains ne trouvent pas cela suffisant.»

Dans la boîte mail de la Spilf aussi, les mails abondent de messages du type «vous devriez réagir, vous devriez répondre, vous devriez communiquer», raconte Pierre Tattevin, son président. Pour répondre à la spirale d’intox du début de crise, le bureau s’est organisé à l’été pour monter une cellule communication dédiée. Mais «chaque nouvelle intox reste encore source de longues réflexions», complète l’infectiologue: «On ne peut pas réagir à chaque connerie qui circule. Cela décrédibiliserait nos interventions. On essaie de monter au créneau quand on voit un risque que la chose soit dite et répétée.»

Terreau populiste

Julie Oudet estime que les instances qui représentent son métier font au mieux. Selon elle, s’insurger contre chaque «théorie fumeuse» servirait dangereusement la cause des émetteurs. «Ces médecins jouent totalement la carte du subversif, du style : “Vous voyez bien, ils veulent me faire taire, c’est la preuve que j’ai raison.”» Ce qu’elle craint, au fond, c’est que sa science se transforme en terreau populiste. Elle n’est pas la seule. «Le gros danger se cristallise vraiment sur cette idéologisation, cette politisation autour des questions de santé. On se sent tous concernés par cette problématique», exprime Noémie Zucman.

La réanimatrice veut croire que la force collective du corps médical sortira gagnante de cette crise. Les parallèles inquiétants ne sont néanmoins jamais loin : «Vous avez vu la saison 3 de Baron noir ? Moi, je l’ai regardée il n’y a pas longtemps, et je peux vous dire que ça m’a fait froid dans le dos. Un prof de bio, devenu star des réseaux grâce aux fausses infos, qui joue les trouble-fête pour la présidentielle… Sur le coup je me suis dit : “Oh mon dieu, est-ce qu’on va finir dans ce scénario, nous aussi ?”»

(1) Le prénom a été modifié.

Posté par Luc Fricot à 11:44 - Permalien [#]